Les poussières du passé (14/04/2020)

Roman, anglophone (États-Unis), Robert Goolrick, Marie de Prémonville, Éditions Anne Carrière, Jean-Pierre LongreRobert Goolrick, Ainsi passe la gloire du monde, traduit de l’anglais (États-Unis) par Marie de Prémonville, Éditions Anne Carrière, 2019

« Le fauteuil de Morphée », confortable cabriolet brun, est le refuge favori de Rooney qui, maintenant âgé de 70 ans, atteint de douleurs aiguës à la jambe et d’un désespoir irrémédiable, ne sort plus de son « cabanon » que pour promener son fidèle compagnon, le vieux chien Judge. Il a pourtant connu la gloire et la richesse, l’amour véritable et les succès éphémères, féminins et masculins. « Il y avait les fêtes, le théâtre, le shopping, les rendez-vous chez le tailleur, la salle de sport avec coach personnel à l’aube pour amener son corps à cette perfection que sa propre tante trouvait vulgaire ».

Ce bonheur factice, cette recherche du plaisir et de la fortune se situaient cependant du côté du mensonge et de la honte, dont le souvenir hante la mémoire du reclus. Il y eut d’abord le viol du petit garçon qu’il était par son père, sous les yeux mêmes de sa mère. Mais « passé l’âge de vingt ans, plus personne ne se soucie de ce qui vous est arrivé dans l’enfance ». Et il y eut la fréquentation, parmi les plus riches, les plus malhonnêtes, de Donald Trump, âme damnée qui, une nuit de débauche particulièrement malsaine, lui offrit un « rencard à quatre » avec deux toutes jeunes prostituées, que Rooney refusa, honteux de la fréquentation d’un homme aussi repoussant. Trump, la bête noire, le monstre de vulgarité, devient l’obsessionnel refrain du livre, sous des formes et des appellations diverses (« TrumpetantrompeurTrump, ToxiTrump, UsurpaTrump »…). « Être le PDG véreux d’une compagnie qui pique dans le tronc des pauvres sous le regard lascif des prêtres, ou président des États-Unis d’Amérique, ça revient au même, pas vrai ? Les hommes politiques jacassent sans fin, et personne ne prononce le seul mot que le peuple veuille entendre : trahison. Le pays est à vendre au plus offrant, et CulbutoTrump est croupier à la table de craps, à rafler les jetons et à plumer la banque pour se remplir les poches ».

Un virulent pamphlet contre Trump, certes, mais en partie seulement. Le livre est aussi le testament d’un homme qui, en un ultime épisode, se voit assister aux funérailles d’un ancien ami immensément riche, et revenir « à la cité d’or ». Mais tout s’est effondré, illustrant le « Tu retourneras à la poussière » qui donne son titre à l’un des chapitres. « À sa grande honte, son ultime fantasme n’a pas été le salut ou la grâce, mais la possession, et à présent il s’est totalement dissipé. Au lieu de s’émerveiller du miracle de la foi, il a trop longtemps vénéré Mammon ». À la fois violent et émouvant, résonnant d’une émotion non contenue, ce roman à caractère en partie autobiographique, dédié à la France (et non à l’Amérique, on aurait pu s’en douter) dévoile un aspect inédit et inoubliable de l’écriture de Robert Goolrick.

Jean-Pierre Longre

www.anne-carriere.fr

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