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Au-delà de la mort, l’amour (12/01/2026)

Récit, autobiographie, Grèce, Nikos Kokàntzis, Michel Volkovitch, Anne Defréville, éditions de l’Aube, Jean-Pierre LongreNikos Kokàntzis, Gioconda, traduit du grec par Michel Volkovitch, illustré par Anne Defréville, éditions de l’Aube, 2025

« Ceci est une histoire vraie. » Telle est la première phrase du livre, et l’on peut croire son auteur, tant son récit respire la sincérité, et s’ancre dans l’Histoire de son pays. Nous sommes en Grèce, à Thessalonique, pendant l’occupation allemande. Deux familles voisines vivent en bonne entente, les enfants et les adolescents se retrouvent et s’amusent sur le terrain en friche qui sépare leurs deux maisons. C’est là que Nikos s’éprend de Gioconda, et que se manifeste un amour réciproque et irrépressible. Plaisir des jeux partagés, première crise de jalousie, premier baiser. « Je me souviens encore de ses lèvres contre les miennes, de ce frisson de bonheur. L’amour débordait par mes yeux, mes oreilles, ma bouche, le bout de mes doigts. Ma peau était amoureuse, mon cœur, ma gorge, tout mon corps. Et son amour à elle venait vers moi, j’étais traversé par cette vague chaude, lisse, affolante. Nous ne dîmes pas un mot. Nous étions si proches l’un de l’autre qu’il n’y avait pas de place pour des mots. »

« Amour des âmes, amour des corps », écrit le traducteur Michel Volkovitch dans sa postface. C’est exactement cela, et cet amour aurait pu durer, s’il n’y avait eu le contexte terribe : la présence de l’occupant (contre lequel Nikos s’engage en participant, à la mesure de son âge (15 ans), à la Résistance) ; et l’antisémitisme galopant. Car Gioconda est juive. Une fin d’après-midi, toute la famille est emmenée dans un camion militaire ; Nikos et Gioconda se disent un adieu déchirant : « Elle se mit à trembler tout entière, elle n’en pouvait plus, des sanglots silencieux montèrent à sa gorge, ses larmes débordèrent et s’unirent aux miennes sur nos visages collés l’un à l’autre – ultime contact, promesse, adieu ».

Pour Nikos Kokàntzis, qui rédige ce récit plus de trente ans après la disparition de Gioconda à Auschwitz, celle-ci « n’est plus qu’un rêve. » Mais un rêve qui reprend réalité dans son écriture, en des scènes à la fois réalistes et poétiques, à la saveur érotique et sentimentale, des scènes parfois même fantastiques, telle l’évocation des splendides incendies provoqués par les bombardements alliés sur les entrepôts investis par les Allemands. Les belles illustrations d’Anne Defréville, colorées ou sombres, évocatrices et suggestives, soulignent esthétiquement les épisodes importants d’une narration émouvante, pleine de sensibilité et d’intensité.

Jean-Pierre Longre

https://editionsdelaube.fr

http://volkovitch.com

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