Dans les replis du monde (02/06/2026)
Luminitza C. Tigirlas, Nible, L’oubli en deuil de son écorce, éditions du Cygne, 2026
En Baronnies, dans la Drôme du sud, la nature est à la fois apaisante et tourmente, rocheuse et foisonnante. La « Nible », roche surgissant de la végétation, en est un bel exemple, « lien dans l’infini », « don de liberté », comme le signale la quatrième de couverture.
C’est un fait : le recueil de Luminitza C. Tigirlas établit un lien étroit entre les mots et la nature : « Il y a eu une promesse d’eau / pour la racine des mots déviés » ; la soif concerne la langue dans ses deux acceptions, la pluie « aguicheuse » fait bon ménage avec les ombres, « le bouleau résonne par entailles » et « s’épand / en blanc érotique / en lambeaux de sa peau ». « Les pas de la biche » sont eux-mêmes porteurs de langage, et « l’herbe frivole s’est enlacée à nos doigts ».
La nature, les mots, et aussi le corps et les sensations. La vue et le toucher, on l’aura saisi à ce qui précède, jouent un rôle important. Les couleurs de la végétation, mais aussi le blanc et le rouge qui rappellent la terreur stalinienne, le KGB et le Kremlin dont le maître actuel fait « exploser » l’Ukraine, et les mots, en négatif, peuvent devenir « abîmes sonores ».
Les poèmes de Luminitza C. Tigirlas offrent un parcours secret et inédit à travers le temps et l’espace : « Il y a des espaces non parcourus, / les contourner devient impossible […] / Le temps immémorial me pousse / dans le dos. » Un parcours d’où émerge, par moments et par allusions verbales, le pays d’origine. Les « sillons de paroles », en un langage complexe fait de mots, de musique, de rythmes, laisse deviner ce qui se cache dans les replis du monde. Les vers de Nible sont à lire lentement, à méditer longuement: ce qu'ils contiennent de mystérieux s'y révèle peu à peu.
Jean-Pierre Longre
15:53 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : poésie, francophone, luminitza c. tigirlas, éditions du cygne, jean-pierre longre |
Facebook | |
Imprimer |