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28/07/2010

Le labeur du lexicographe

Émile Littré, Comment j’ai fait mon dictionnaire, Les Éditions du Sonneur, 2010

 

220_____Littre_62.jpgÉmile Littré avait un « vaste appétit ». Non des nourritures du corps, mais de celles de l’esprit, produits naturels du savoir universel. C’est ainsi que ce médecin positiviste, disciple d’Auguste Comte, auteur de divers essais, tout en travaillant sur l’œuvre d’Hippocrate, conclut en 1841 avec son ami l’éditeur Hachette un « traité » concernant un Nouveau dictionnaire étymologique de la langue française dont l’impression complète sera achevée en 1872, sous le titre de Dictionnaire de la langue française.

 

Il ne pensait pas s’engager pour trente ans de labeur acharné, à « donner de la copie » à l’imprimerie. Le livre raconte comment, avec ses quelques collaborateurs, parmi lesquels sa femme et sa fille (« auxiliaires d’un genre nouveau […] constamment à côté de moi ») ce bourreau de travail composa peu à peu les volumes du fameux « Littré », avec ses définitions et, surtout, les citations qui les illustrent. Que ce soit dans son petit appartement parisien ou, de préférence, dans sa maison de campagne de Mesnil-le-Roi, l’horaire est immuable : lever à huit heures, travail jusqu’au déjeuner ; d’une heure à trois heures, rédactions pour le Journal des savants, puis reprise du dictionnaire jusqu’à trois heures du matin, voire jusqu’à l’aube… Avec cela, d’autres travaux comme un livre sur Auguste Comte, et les aléas de l’Histoire : une révolution en 1848, une guerre franco-prussienne en 1870, une révolte populaire en 1871 (la Commune contre laquelle se range le « légaliste » Littré), une élection à l’Assemblée Nationale… Sans compter le souci matériel de la fabrication et de la sauvegarde des manuscrits, dont l’avènement de l’ordinateur a fait oublier les difficultés.

 

L’exhumation de ce bref récit est une bonne idée. Pour tout un chacun, la consultation des dictionnaires est utile ; celle du « Littré » l’est davantage : elle est d’un intérêt linguistique, historique, littéraire incontestable. Et savoir comment s’est construit ce monument est passionnant. Qui plus est, l’auteur cultive ce que l’on peut appeler « le beau style » : propos clairement énoncés, phrases conduites dans la tradition de l’esthétique classique. Émile Littré est un savant, mais aussi un écrivain.

 

Jean-Pierre Longre

www.editionsdusonneur.com