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15/10/2021

Au-delà du surréalisme

Poésie, tchèque, Jindŗich Štyrský, Petr Král, Ab irato éditions, Jean-Pierre LongreJindŗich Štyrský, Poésie, édition bilingue, traduction du tchèque par Petr Král, Ab irato éditions, 2021.

Jindŗich Štyrský (1899-1942) fut une figure marquante du surréalisme tchèque. Inventeur avec son amie Toyen de l’« artificialisme », il était un artiste multiple (peintre, collagiste, photographe, poète) et un théoricien reconnu. Il faut donc saluer la parution de cet ouvrage bilingue, traduit par Petr Král (1941-2020), écrivain tchèque installé à Paris en 1968, lauréat du grand prix de la Francophonie de l’Académie française en 2019. Poésie est la première édition en français du recueil publié sous le même titre en 1946.

Les textes de Jindŗich Štyrský se situent pour une part dans la lignée du surréalisme défini par André Breton dans ses manifestes. Images insolites (« Cette montagne de sentiments / Couchait sur elle-même comme des crêpes / Paresseuse immobile / Jusqu’à accoucher »), associations aléatoires (« Terre / Ceinture / Galbe » ou « Les feuilles tombaient dans les paniers / De pipes / De lacs / Et de chapeaux »), traces d’écriture automatique et souvenirs de rêves mêlant par exemple des éléphants, de la neige, un trio royal et des chameaux – tous ces signes, d’autres encore, marquent une appartenance, d’ailleurs assumée, puisque l’auteur fut l’un des cofondateurs en 1934 du groupe surréaliste de Prague.

Mais la poésie, la vraie, ne naît pas d’une appartenance, et celle de Jindŗich Štyrský dépasse le surréalisme. Il y a chez lui des marques personnelles qui situent son art dans un territoire inclassable, entre logique et déraison, entre réalisme et onirisme, entre deux eaux : voir par exemple « Dans les marécages », où se cherche « le bonheur tête noire », ou bien « Il s’endort et parle », entre veille et sommeil : « Il vit et on ne saurait le suivre / […] Autour de la vie réglée / Tournent des pensées de vinaigre / Logiques claires ». Dans un autre ordre d’idées, pas tellement éloigné, la poésie et l’énigme résident aussi dans les titres des textes, annonçant à eux seuls un programme qui n’est pas forcément respecté ; qu’attend-on après « Étrange mort de la femme d’un boucher dans le département X », « Entends-tu les clochettes de l’arrivée ? » ou « Jusqu’à ce qu’il ne reste qu’un cube de margarine douteuse » ? Voilà qui annonce les « Fragments » finaux, sous la fulgurance desquels le lecteur peut se laisser aller à vagabonder, prendre peur, sourire… Avant cela, un long texte au titre paradoxal (« Le monde devient de plus en plus petit ») plante son décor mémoriel (« Quelques fleurs séchées, insérées par une main frêle parmi les feuilles d’un livre et des photos pâlissantes, voici les seuls souvenirs qui me restent. »), et rappelle une double thématique éternelle qui, renouvelée, parcourt tout le recueil : l’amour (l’érotisme) et la mort (la disparition), commencement et fin de tout.

Jean-Pierre Longre

https://abiratoeditions.wordpress.com  

En complément, voir: http://jplongre.hautetfort.com/archive/2017/07/27/les-par...

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