12/05/2026
« Mais le chant demeure »
Jean Miniac, Quelque chose que nous ne saurons jamais, Les éditions de la Vence, 2006
Ouvrons le coffret de carton orné d’une belle gravure, et nous trouvons un ensemble de mini cahiers contenant trois poèmes chacun. Il s’agit donc d’abord de découvrir matériellement l’objet fabriqué avec un soin d’artisan habile et scrupuleux par le poète (« celui qui fait ») pour chacun de ses lecteurs. Oui, chacun, parce que chaque exemplaire est unique, différent de tous les autres.
Nous voilà donc plongés personnellement et intimement dans les vagues de papier qui en quelque sorte matérialisent celles de la mer, maintes fois présente au gré des feuillets : « Le poème de sel et de brume, de houle et de ressac, de tempêtes et d’amis perdus. » La mer, l’eau, le temps, la vie, la mort – les grands motifs sont soutenus par des vers d’où émane, à travers sensations et impressions, une sorte de sérénité : « En mer, on est en paix avec soi-même / L’engloutissement n’est pas un déchirement : c’est un pacte /Avec une force sans mesure, qui sollicite la confiance, l’abandon, / Et l’obtient… » Il faut simplement se laisser aller à lire et écouter les vers, les « voix roulant aux pieds des falaises », à entendre « une rumeur monter, sourdement », à suivre « les heures de notre voyage », à contempler les visages de toutes sortes qui se présentent à nous, « visages-chaumières. Visages-ombres, visages-nuits. » Complexité, multiplicité, profondeur des évocations, mais cela paraît facile, cela coule comme une rivière ; c’est la magie opérée par les mots de Jean Miniac.
Il y a certes des épisodes dramatiques au fil des textes, des disparitions, des morts, des chagrins, et il faut être « prêt à s’embarquer, à écrire sa route à la surface de l’eau / Jusqu’au liseré bleu de l’horizon / À vivre une autre vie dans l’étreinte du vent / À aimer comme un enfant lit ses lettres, le front penché sur la page qui ondule doucement / Pour un voyage qui n’aura pas de fin », pour « quelque chose que nous ne saurons jamais », pour « voir un horizon s’ouvrir. » Et au-delà du vertige il semble bien, pour l’auteur et pour son lecteur, que sous cet horizon se décèle une présence mystérieuse et « vagabonde », celle de la poésie – la poésie qui porte l’espoir et redonne vie. « Le chant demeure. » C’est l’essentiel.
Jean-Pierre Longre
19:25 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : poésie, francophone, jean miniac, les éditions de la vence, jean-pierre longre |
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