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19/05/2026

Ne pas s’arrêter en chemin

Roman, francophone, Christian Cogé, L’Harmattan, Jean-Pierre LongreChristian Cogné, C’est la vague qui nous sépare, L’Harmattan, 2026

Ils sont neuf garçons et filles nouvellement arrivés dans un lycée professionnel de la banlieue parisienne, et tous les neuf, venus d’Afrique ou du Moyen-Orient, ont échappé aux naufrages dans lesquels tant de migrants sont morts. C’est à Myrto, professeure d’origine grecque au prénom chargé de références, que revient la tâche de leur prodiguer un enseignement adapté – ce qui lui vaut l’hostilité de certains de ses collègues, qui voient d’un mauvais œil l’arrivée de ces migrants dans leur établissement. Parmi ceux-ci, Lounis, un jeune Syrien, a failli perdre la vie en mer Égée, où ont péri sa mère et sa petite sœur, histoire tragique qui semble susciter son désir de vengeance contre celui qui ne leur est pas venu en aide.

Il se trouve que Myrto connaît l’histoire de Lounis par son frère Kostas, qui s’est lui-même mis au service des rescapés de naufrages en Méditerranée, et qui comme sa sœur, plus qu’elle encore, est hanté par le souvenir de leur frère Padelis, disparu au large au cours d’une baignade. Bref, la mer est partout, la « vague » submerge et sépare les protagonistes qui tentent, chacun à sa manière, de surnager. Comment les neuf élèves de Myrto vont-ils s’en sortir, émerger de leur situation précaire ? En montant, sous la houlette de leur professeure, une pièce de théâtre inspirée de leurs destinées communes et particulières. Avec elle, ils surmonteront les difficultés personnelles, communes, institutionnelles pour monter et montrer cette pièce si bien préparée mais laissant place aussi aux interventions à la fois surprenantes et bienvenues de dernier moment.

Dans ce roman au souffle généreux et à la construction subtile, Christian Cogné ne démontre pas, il dévoile. À travers ses personnages, les obstacles, les réussites, les phases d’espoir et de désespoir, à travers les mystères auxquels est confrontée la réalité humaine (le fantôme de son frère vu par Stella, l’une des jeunes élèves, celui de Padelis, qui revient périodiquement…), à travers les heurts entre la cruauté et la bonté, l’égoïsme et l’altruisme, le sarcasme et la sincérité, il montre que la vie est à la fois fragile et complexe, qu’elle ne doit pas se laisser submerger, et qu’elle vaut le prix qu’on lui accorde : « Je suis syrien, soudanais, érythréen…/ Au péril de ma vie, je m’éloigne / Loin de là d’où je viens / M’arrêter en chemin / Ne sert à rien ».

Jean-Pierre Longre

www.editions-harmattan.fr

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