17/04/2026
La vieille dame et le petit garçon
Christopher Bollen, Chaos, traduit de l’anglais (États-Unis) par Blandine Longre, Calmann Lévy, 2026
Maggie Burkhardt pourrait faire penser à Miss Marple. En tout cas au début du roman. Car on s’aperçoit vite que la vieille dame n’en a que l’apparence, et que le contexte (bien que l’intrigue se situe dans un hôtel des bords du Nil) n’est pas celui des romans d’Agatha Christie. Nous sommes au début des années 2020, en pleine épidémie de COVID, à Louxor, sous une chaleur accablante, et les meilleurs compagnons de Maggie, outre Ahmed, le gérant d’un « Royal Karnak Palace Hôtel » passablement défraîchi, sont Ben et Zachary, un couple d’hommes avec lesquels elle partage volontiers des verres et des collations.
Dans cet environnement, Maggie passe beaucoup de temps à observer les clients qui, comme elle, se sont réfugiés ici pour fuir l’épidémie de COVID, et, si elle en décèle le besoin, à intervenir au milieu des couples et des familles, avec la généreuse intention de calmer les conflits, de résoudre les problèmes. Veuve éplorée de son mari Peter, mère inconsolable de Julia, sa fille récemment décédée, l’octogénaire semble vouloir exorciser le passé en faisant le bien – un bien qui, on s’en apercevra, attire aussi le mal… Elle a repéré une jeune femme, Tess, et son fils de huit ans, Otto, et se prend d’affection pour eux. Mais Otto, dont les réactions étranges révèlent chez lui un côté résolument pervers, le transformant en petit monstre, devient pour Maggie un ennemi obsessionnel, empoisonneur au sens figuré comme au sens propre, au point qu’elle craint pour sa vie et prend d’énormes risques pour se protéger. « Je finis par choisir un couteau de boucher dont la lame mesure près de dix-huit centimètres et qui entre tout juste dans la poche avant de mon caftan. Je n’ai pas l’intention de poignarder Otto à mort (même si c’est un rêve extrêmement agréable). Non, j’ai besoin d’une arme pour me protéger, au cas où cet enfant déciderait de ne pas s’arrêter au poison. »
Christopher Bollen maîtrise avec brio l’art du suspense, tant psychologique que physique, mâtiné de mystère : le passé de Maggie est loin d’être clair, et les allusions à ses tribulations d’hôtel en hôtel dans différents pays jettent un voile étrange sur sa vie et sur ses actions. Voilà qui vient peu à peu à l’appui d’une progression de plus en plus prenante, voire de plus en plus cauchemardesque, violence et cruauté menant le bal, jusqu’à la folie. Si l’on ajoute à cela le poids du climat torride, de l’âge et de la maladie, d’un environnement humain suspicieux et agité, on obtient un roman captivant jusqu’à la dernière ligne.
Jean-Pierre Longre
19:22 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : roman, anglophone, christopher bollen, blandine longre, calmann lévy, jean-pierre longre |
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23/09/2024
Mort suspecte en Égypte
Christopher Bollen, Le disparu du Caire, traduit de l’anglais (États-Unis) par Blandine Longre, Calmann Lévy, 2024
Employé comme technicien spécialisé dans une firme américaine de vente d’armes, Éric, en poste au Caire, est retrouvé mort en bas de sa chambre d’hôtel, après une chute depuis le troisième étage. On sent que cette mort recèle des mystères, d'autant que les patrons d’Éric, ainsi que les autorités égyptiennes et américaines, la qualifient très vite, trop vite, de suicide. Cate, sa sœur, décide d’aller enquêter sur place et s’envole du Massachussetts à destination du Caire. Dès son arrivée, elle est victime d’une tentative d’enlèvement, ce qui confirme ses soupçons. « Les hommes qui avaient essayé de l’enlever avaient su qu’elle arriverait ce jour-là. On avait attendu sa venue et décidé de s’emparer d’elle au moment où elle quitterait l’aéroport. Éric avait travaillé pour l’industrie mondiale de l’armement, et c’étaient peut-être ses meurtriers qui étaient maintenant à la poursuite de Cate. »
On le voit, ça commence fort, et la suite est à l’avenant. Heureusement, elle va être prise en charge par Omar, un jeune homme qui a fait ses études en Angleterre et qui en même temps sait ce que sont les contraintes morales et politiques de la vie dans une Égypte gouvernée d’une poigne dictatoriale par Al-Sissi. Outre les considérations sur le régime du pays et sur le rôle des marchands d’armes dans les conflits qui gangrènent le monde, c’est l’occasion pour l’auteur de décrire la vie de la capitale égyptienne, grouillante jusqu’à l’étouffement, bruyante jusqu’au vacarme, sur un fond de crainte et de méfiance. Au milieu de tout cela, Cate se débat, avec l’ardeur du désespoir, pour faire la lumière sur la mort de son frère.
Entre New-York, où la jeune femme vit habituellement, les Berkshires (ouest du Massachussetts), où vit sa famille, le Caire et ses différents quartiers, ses hôtels de luxe et ses logements miséreux, mais aussi Siouah, dans le désert égyptien, où se déroulent les essais de lance-missiles, nous suivons l’histoire des protagonistes dans un récit dramatique où les rebondissements, le suspense et les surprises ne manquent pas. Cate, avec l’aide d’Omar et de quelques autres, sera allée sans répit au bout de ses possibilités pour percer les secrets et réhabiliter la mémoire de son frère, laissant aux lecteurs le soin de découvrir les véritables tenants et aboutissants de sa mort. Haletant jusqu’à la fin.
Jean-Pierre Longre
18:31 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : roman, anglophone, christopher bollen, blandine longre, calmann lévy, jean-pierre longre |
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