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02/11/2016

« D’ombre et de fantaisie »

Roman, francophone, Suisse, Jacques-Pierre Amée, Infolio, Jean-Pierre LongreJacques-Pierre Amée, Comme homme, Infolio, 2016  

Jacques-Pierre Amée est un artiste. Son site Internet le prouve, qui donne à voir ses « Lipographies », inspirées par le « Nuage ôté » (le « Blur » du lac d’Yverdon que les riverains ont décidé de supprimer après l’exposition de 2002) et par les « Palafittes », ces constructions sur pilotis dans lesquelles vivaient jadis des pêcheurs. Jacques-Pierre Amée est un artiste. Son dernier roman le prouve, qui donne à lire de brefs tableaux colorés ou sombres, qui comme un peintre hollandais s’attache aux petits détails dont l’addition suggère une vision d’ensemble tantôt floue tantôt évidente, en jeux d’ombres et de lumières, et qui laisse entendre qu’une pièce de théâtre intitulée Comme homme se prépare, où les chansons, la danse, les numéros de clown seront de la partie.

Comme homme, pièce en préparation donc, est d’abord un roman racontant en un va-et-vient de séquences diverses l’histoire de Zo et Zach, qui se retrouvent chaque fin de semaine dans le chalet (ou cabane) de celui-ci, situé sur la pente d’une montagne, vraisemblablement en Suisse. Dans leurs esprits et leurs discussions, il y a le passé : Jeff, mort maintenant, qui a laissé son chalet à Zach ; Haïti, où Zo vivait lorsqu’elle était enfant et où elle a perdu sa main droite, Haïti où est morte la petite Fanette, peu après le grand tremblement de terre. Et il y a le présent : l’amour mutuel de deux êtres à la fois ancrés dans la pérennité et implantés dans la modernité; Noémie qui, ailleurs, au bord du Saint-Laurent, monte sa « pièce d’ombre et de poésie »… Bref. On ne va pas résumer ce qui est suggéré par bribes poétiques, sonores, entrecoupées de digressions ouvertes sur des horizons inattendus, éparpillés.

Ce roman, tout compte fait, est une sorte de long poème en sept chants dont l’unité est assurée par des éléments de la nature : plumes, racines, fruits, feuilles, fleurs, lune, cendres, pierre, sable… Un long poème ponctué par des chansons (Zach en a composé d’innombrables) ou des expressions aux harmoniques pleines d’écho (du genre « Poisson d’audace », « Les voix des titans déchirent l’univers », « Ensemble, joyeux et ivres, au-delà du vrai et du faux »). Un long poème dans lequel, comme il se doit, le langage est primordial, avec des jeux verbaux dont s’amuse Zach, évoquant par exemple pour Zo les Langues O (« Langues Zo ») où il a failli s’inscrire et qui sont maintenant situées dans une « ZAC »… Un long poème dans le « désordre soigneux » duquel ce qui passe par les mots est, au-delà de l’ombre et de la fantaisie et par-dessus tout, l’universelle chaleur humaine.

Jean-Pierre Longre

www.infolio.ch  

www.comme-homme.com