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08/11/2026

Dans « l’outre-monde de la littérature »

Essai, francophone, Maxime Decout, Georges Perec, éditions Corti, Jean-Pierre LongreMaxime Decout, Lire les fantômes, Perec contre-enquête, éditions Corti, 2026

Maxime Decout, professeur de littérature à la Sorbonne, a l’art d’écrire des essais qui ne laissent pas indifférent, et qui se lisent quasiment comme des romans, ou comme des journaux personnels. C’est le cas avec son dernier livre, qui se présente comme le journal d’une recherche menée au jour le jour, d’une quête personnelle impliquant, donc, l’auteur dans sa vie réelle et fantasmée, un auteur qui ne rechigne ni devant les aveux, ni devant l’humour, ni devant l’érudition.

Le titre et le sous-titre l’annoncent : il est question ici de fantômes (mais pas seulement, et sous différentes formes) et de Georges Perec (mais pas seulement, et sous différents prétextes). Tout part de l’idée que Perec serait l’auteur d’une « œuvre disparue », une sorte de chef-d’œuvre qui engloberait ses écrits passés et ses écrits à venir. Et nous voilà partis dans l’exploration d’« œuvres fantômes », de « livres-dans-les-livres », à propos de l’auteur de La Disparition et de La Vie mode d’emploi, mais aussi, entre autres, de Borges et de sa Bibliothèque de Babel, de Rabelais et des livres qu’il invente dans Pantagruel, des œuvres de Sebastian Knight, personnage de Nabokov, des « revenants textuels » chez Balzac, etc. Une véritable anthologie, ou « hanthologie », qui donne aussi l’occasion de quelques digressions, par exemple sur Victor Hugo et le spiritisme, ou de quelques éléments autobiographiques, dont on ne sait plus, à vrai dire, s’ils relèvent du réel ou de l’imaginaire, pour nous comme pour l’auteur, tant il « avance masqué » : « Bien qu’il y ait de la méthode dans ma folie, je commence à me poser sérieusement des questions sur ce que signifie devenir un fantôme. Est-ce seulement une question de disparition physique ? Ou cela relève-t-il plutôt de l’oubli ? Mais je dois bien le confesser, l’idée de me vaporiser sous forme de buée dans la mémoire des autres me séduit plus que tout. Sauf que dans les rares témoignages dont nous disposons à ce sujet, le devenir-fantôme est le plus souvent vécu comme un drame ; ce ne sera pas mon cas, je peux d’ores et déjà l’assurer. Toujours est-il que devenir un fantôme, ce n’est ni disparaître ni mourir. C’est encore autre chose. Reste à savoir quoi. »

Passion perecquienne, érudition, humour, confidences littéraires, rêveries de bibliomane – Lire les fantômes, en 180 pages, en dit autant et plus que toute une bibliothèque, ou autant qu’une « spectrothèque » … Surtout, ce livre « nous invite à repenser » les « trois entités indispensables » : « l’auteur, le lecteur et l’œuvre. » L’auteur est tributaire des « écrivains fantômes » qui le hantent, les œuvres ne sont jamais « achevées et closes », et « les lecteurs et lectrices prolongent ce qu’ils lisent à leur manière », faisant eux-mêmes naître des « fantômes ». Dans le style personnel, alerte et malicieux qui est le sien, Maxime Decout donne à sérieusement se pencher sur les passionnants et insondables abîmes de la littérature, voire à y plonger.

Jean-Pierre Longre

https://editions-corti.fr

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