30/09/2026
La certitude de l’amour
Lire, relire... Violaine Bérot, Nuits de Noces, (Editions) La Contre Allée, 2023, collection de poche La Sente, 2026
C’est un livre hors normes, hors des normes sociales et hors des normes habituelles de la littérature. Un long poème (ou, si l’on veut, une suite de 32 brefs poèmes encadrés par la mort), combinant dans son harmonie profonde le lyrisme et la biographie (en l’occurrence celle de la mère de l’autrice, narrée à la première personne), les vers et le récit, l’elliptique et l’explicite, l’émotion et le réalisme… Un petit livre par ses dimensions matérielles, mais qui mène le lecteur vers l’infini de l’amour, un amour qui a attendu longtemps avant d’enfin trouver réalité : « Au bout de tout ce temps / au bout de ces six ans plus un / arriva donc / ce jour. / Ce jour / au bout de tant de temps / de tant d’attente / au bout de si peu s’être vus / si peu connus / ce jour où / se marier. »
Car il est prêtre, un prêtre hors-normes lui aussi, cet homme dont la jeune fille est amoureuse, d’un amour exclusif, d’autant plus obstiné qu’elle n’aspire qu’à fuir les coups de son père, « Du père / des mâles de ma famille / de leur folie furieuse / de comment tout tremblait autour d’eux / des femmes terrorisées, soumises, atterrées, muettes ». C’est au bout de six ans que celui qu’elle attendait aura répondu à cette attente, six ans pendant lesquels il aura douté, flanché, écrit, six ans pendant lesquels il était retenu par « la Très Sainte Église / et tous ses bien-pensants, ses culs-bénis, ses grenouilles en tous genres ». Sa réponse finalement se fait au grand jour, non dans le secret réclamé par la hiérarchie qui aurait voulu, comme d’habitude, qu’elle devienne « femme cachée du curé / sa secrète maîtresse en l’Église / pouah. » Au grand jour, mariage à la mairie, malgré ceux qui « promettaient l’enfer. » Et ce fut non « pas une simple nuit », mais « une kyrielle / de nuits de noces / et se moquer / que ce soit la nuit ou le jour / et bien loin de la date des noces. », à rattraper tout ce temps perdu.
Et la vie. Il y eut l’arrivée des enfants, des « années vacillantes », des « coups du sort », la vieillesse, la maladie, mais toujours l’amour. « Pouvais-je l’imaginer / ce temps de la fin des temps / quand les corps se sont calmés / desséchés / et quand pourtant / il suffit de sa main / de ses doigts sur ma joue / pour que je frémisse / comme à la toute première / de toutes les nuits de noces. » Et pour finir la mort, le vide, les « lettres à relire », l’espoir insensé de revivre « la même histoire » – et c’est bien cela que réalise ce livre : la fille qui fait revivre, tout en poésie et en tendresse, l’amour de ses parents, l’amour exceptionnel de deux êtres qui ne pouvaient faire autrement que s’aimer.
Jean-Pierre Longre
16:50 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : poésie, biographie, récit, francophone, violaine bérot, (editions) la contre allée, jean-pierre longre |
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20/09/2026
Un parcours louvoyant et pluriel
Lire, relire... Rachel Cusk, Parade, traduit de l’anglais par Blandine Longre, « Du monde entier », Gallimard, 2024, Folio, 2026
Tous sont désignés par l’initiale G, et tous ont un rapport étroit avec l’art. En quatre chapitres (« La cascadeuse », « La sage-femme », « Le plongeur », « L’espion »), à la première ou à la troisième personne, sont abordés à leur propos ou par leur propre voix de grands sujets, toujours en rapport avec l’art et toujours problématiques, tels que l’amour, les relations dans le couple et dans la famille, les enfants, la violence, la mort (voulue ou subie)… Si les lieux ne sont jamais nommés, sinon par leur statut (musée, voie publique, logement, atelier, restaurant…), ils sont déterminés par la présence des personnages, par leurs mouvements, par les rapports qu’ils entretiennent entre eux et par les incidents ou accidents qu’ils subissent ou provoquent.
Dans le troisième chapitre, sans doute le plus dense et le plus représentatif de l’ensemble, les discussions vont bon train autour de la directrice du musée qui a assisté, du haut du dernier étage où se tenait une rétrospective de la célèbre G, au mystérieux suicide d’un inconnu (d’où le titre du chapitre, « Le plongeur »). À cette occasion, sont disséqués tous les thèmes énumérés plus haut, en particulier celui du statut des femmes artistes, de la possibilité ou non pour les artistes d’avoir des enfants, des rapports entre l’art, la souffrance et la mort, et de son assimilation au sacré ou à la profanation, comme l’exprime la directrice : « À certaines heures de la journée, […] quand le musée n’est pas bondé, son atmosphère est semblable à celle d’une église. On voit bien que les gens attribuent un caractère sacré à ces œuvres d’art et des pouvoirs divins aux artistes qui les ont créées. À d’autres moments, le musée est comble et l’atmosphère change complètement. Les visiteurs se poussent et se bousculent pour essayer de voir, comme des badauds qui tentent d’apercevoir la scène d’un accident de voiture ou un spectacle tout aussi macabre. Ils prennent des photos avec leurs téléphones, à la manière de voyeurs et, à dire vrai, je crois parfois qu’ils ne savent même pas ce qu’ils photographient. »
On le constate, plus qu’un roman, le livre de Rachel Cusk est un ensemble d’essais ou d’ébauches d’essais semés de pensées développées ou d’aphorismes (par exemple : « L’art est le pacte que concluent des individus refusant que la société ait le dernier mot. »), cet ensemble tenant, au choix, du puzzle, du patchwork, de la « parade » louvoyante et plurielle, du parcours esthétique et philosophique, psychologique et sociétal. Il laisse ainsi une empreinte indélébile sur l’esprit du lecteur, qui n’a pas fini de prolonger la réflexion. D’autant que, si la première phrase évoque l’artiste G qui « entreprit de peindre à l’envers », comme pour trouver « l’avènement d’une réalité nouvelle », dans les dernières lignes les membres de la famille réunis autour de la dépouille de leur mère entrevoient la « vérité », la « réalité grise » et avouent : « tel était notre commencement. » À Chacun de continuer…
Jean-Pierre Longre
11:56 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : roman, essai, anglophone, rachel cusk, blandine longre, gallimard, folio, jean-pierre longre |
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13/09/2026
Une montée vers les sources
Jean Rouaud, La maison imaginaire, Gallimard, 2026
Ce livre est une vaste somme de réflexions et d’illustrations sur ce qui, aux yeux de l’auteur, fonde le mode de vie et de pensée de nombre d’entre nous, ce qu’on appelle la culture judéo-chrétienne, qui se manifeste notamment dans la philosophie, la théologie, les pratiques coutumières et l’art. Jean Rouaud montre comment les Évangiles relatant la vie, les gestes, les paroles de Jésus sont indissociables de l’Ancien Testament, comme si cette vie, ces gestes, ces paroles se voulaient une reprise des faits relatés dans la Bible ; d’Abraham au Christ, de Moïse au Messie, il y aurait continuité : « De cette souche sortiront le rejeton David, puis Salomon, puis Ménélik Ier que le roi sage eut avec la reine de Saba, et en remontant dans l’arborescence de Jessé on tombe sur une Marie, fille de Judée, et son rejeton Jésus dont on dira qu’il est celui-là annoncé par le prophète. »
Tout est lié, donc, et en trois grandes parties (« Le lieu-source », « La représentation », « L’héritage et la dette »), les méditations s’enchaînent, tant sur la charge symbolique de certains mots – par exemple la « crèche », qui viendrait du mot francique « krippia », la « mangeoire », annonçant le repas-communion (le « corps du Christ ») – que sur certains phénomènes sociaux, par exemple « La Vie catholique illustrée » devenant simplement « La Vie » – reniement comparable à celui de Saint Pierre ? –, ou sur des portraits de personnages tel celui de Saint François d’Assise, ou encore sur l’histoire du peuple juif, sa diversité et les persécutions qu’il a subies au cours des siècle, comme si la mort du Christ lui était éternellement imputable.
« L’imaginaire est notre boîte noire. Ce qu’elle contient de reliques, d’enseignements, de larmes, de récits, de pépites, à chacun d’en faire l’inventaire. L’imaginaire nous nourrit, nous habite, nous accompagne. Il est notre intérieur aux papiers peints de motifs qui nous sont propres pour certains et communs pour d’autres, et quand même il se décolle par endroits il constitue notre esthétique, ce qui lui donne ce côté vieillot qu’on lui reproche. L’imaginaire se moque d’être moderne puisqu’il est nécessairement daté, qu’il se situe en amont. Il nous fournit les éléments, les pierres d’angle avec quoi nous nous élevons. » Bel aveu, qui justifie le titre. C’est cette nourriture intérieure que nous fait partager Jean Rouaud, l’éducation qu’il a reçue, les livres qu’il a lus, les œuvres d’art qu’il a contemplées, les questions qu’il s’est posées, les vérités qu’il s’est forgées, les peurs et les joies qu’il a ressenties. En 600 pages, une montée vers les sources, un journal personnel érudit et émouvant.
Jean-Pierre Longre
11:25 Publié dans Essai, Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : : essai, francophone, jean rouaud, gallimard, jean-pierre longre |
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04/09/2026
L’exil et l’émotion
Lavinia Branişte, Camping, traduit du roumain par Sylvain Audet-Găinar, Éditions des Syrtes, 2026
Comme beaucoup de ses compatriotes, Sofia a quitté la Roumanie pour un pays d’Europe occidentale, en l’occurrence l’Espagne, espérant y trouver une vie meilleure pour elle, mais aussi et surtout pour son père Moşneguţu et son fils Robert, restés au pays. Elle y trouve d’abord de petits boulots non déclarés, au gré des occasions et malgré les difficultés pour s’exprimer dans la langue du pays. Mais « en 2007, après l’adhésion [de la Roumanie à l’Union Européenne], l’État espagnol lui avait enfin délivré un document par lequel son existence était enfin reconnue. » Elle trouve un emploi stable dans un camping – logement précaire dans une caravane, travail fatiguant à la réception, mais aussi relations de sympathie, voire d’amitié, avec des résidents passagers ou permanents.
Une existence officielle qui ne lui épargne ni les tracasseries administratives, ni la fatigue physique et mentale, ni les problèmes pécuniaires, aggravés par tout ce qu’elle envoie à son père et à son fils, par les visites de celui-ci en Espagne, et par les aller-retours qu’elle-même fait entre les deux pays. Sans compter que Sofia a le cœur sur la main, et qu’elle n’hésite pas à aider des voisins et connaissances dans le besoin. Son rêve ? Grâce à son travail acharné, acheter un appartement à son fils ; elle y parviendra, mais ses efforts se révéleront vains, Robert, en jeune homme inconséquent, n’ayant pas conscience de tout ce que sa mère a sacrifié pour lui. Déception et inquiétude, voilà le lot de celle qui connaît le sort de nombre de ses compatriotes partis chercher à l’étranger ce qu’ils ne trouvent pas dans leur pays, où, quoi qu’il en soit, ils comptent comme elle revenir prendre leur retraite. D’ailleurs « au pays, entre-temps, migration et remigration étaient devenues des disciplines universitaires, et les enfants comme Robert, des statistiques, des objets d’étude. »
Même si le sort de Sofia est loin d’être exceptionnel, l’écriture de Lavinia Branişte fait d’elle un personnage à part entière, attachant et unique, pris entre l’univers clos de sa caravane et de son camping et l’horizon lointain de sa Roumanie natale où l’attendent son père et son fils, entre les obligations d’un travail épuisant mais nécessaire et l’aspiration au repos auprès de sa famille. Et les messages des « Roumains en Espagne » qui marquent les transitions entre les chapitres témoignent de cet entre-deux. Roman de « l’exil ordinaire » et d’une vie remarquable, Camping se lit non seulement avec un intérêt soutenu pour les péripéties qui marquent le destin de Sofia, mais aussi avec une émotion constante, et nous fait sentir où se trouve la véritable humanité.
Jean-Pierre Longre
11:14 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : roman, roumanie, lavinia branişte, sylvain audet-găinar, Éditions des syrtes, jean-pierre longre |
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03/09/2026
Les révélations du roman épistolaire
Virginia Evans, La Correspondante, traduit de l’anglais (États-Unis) par Leïla Colombier, La Table Ronde, 2026
Sybil Van Antwerp, septuagénaire alerte mais à la vue vacillante, ancienne greffière de justice, divorcée, mère et grand-mère, a une particularité qui pourrait paraître saugrenue à l’époque des e-mails et des SMS : elle écrit des lettres (manuscrites) et reçoit volontiers celles de ses correspondants. Cela depuis l’enfance : « J’étais sérieuse, voire grave. Observatrice, méfiante. J’étais une sceptique. J’avais peu d’amis. Je lisais beaucoup de livres. Tout le temps. Ça, je m’en souviens. Et j’ai écrit plein de lettres quand j’étais enfant. Je trouvais ça plus facile que de parler : ce qui est toujours le cas. » Qui plus est, ses lettres se lisent aussi avec grand plaisir, car la plume vive, précise et même poétique de leur autrice donne une coloration particulière aux détails biographiques qu’elles révèlent.
À mesure de la lecture, une personnalité plus qu’attachante se dévoile, au rythme en général serein, parfois fougueux, de l’écriture. Le mariage, les trois enfants, la terrible perte accidentelle d’un fils, le métier passionnant (qui lui vaut quelques inimitiés plus ou moins anonymes), les amitiés, les sentiments aux confins de l’amour, les découvertes faites à l’occasion d’un test ADN… et le soin quasiment littéraire de l’écriture : « J’écris lentement. Une lettre peut me prendre une heure ou plus. Je ne me précipite pas. Je réfléchis à chaque phrase. Ma main ne se fatigue pas. Il ne faut pas se précipiter. Autrement, on écrit des choses qu’on ne pensait pas et l’on s’épuise. Il faut être patient pour formuler exactement ce que l’on pense, pour trouver le bon mot. » Par précaution, elle n’hésite pas à faire des brouillons, car « les mots, surtout écrits, sont immortels. »
Immortels, oui, mais pas irrémédiables. Les difficultés de communication avec sa fille, notamment, sont pour Sybil l’occasion de s’examiner elle-même plus sincèrement : « Quand je regarde ma vie en tant que mère j’ai un profond sentiment d’échec, et pourtant regarde-toi. Tu as une vie remplie et épanouie, tout comme ton frère. Fiona, je suis désolée de t’avoir tenue à distance de moi, de t’avoir appris à ne pas avoir besoin de moi. […] Je suis désolée de ne pas avoir fait mieux que ça. Je sais que tu ne me perçois que comme ta mère, mais je t’en prie, souviens-toi qu’à l’intérieur je suis aussi une fille comme une autre. » Et il y a, outre les lettres identifiées, des pages qui s’adressent à celui dont on saura le nom à la fin, des pages qui nous attachent encore plus profondément à cette « correspondante » d’une grande humanité. Incontestablement, le roman épistolaire est un magnifique moyen de percer les secrets de la vie, de ses forces et de ses faiblesses, de ses générosités et de ses âpretés, de ses doutes et de ses certitudes, avec autant de hardiesse que de délicatesse, de sincérité que d’émotion. Nous en avons ici une preuve remarquable.
Jean-Pierre Longre
15:51 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : roman, épistolaire, anglophone, leïla colombier, la table ronde, jean-pierre longre, virginia evans |
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01/09/2026
Le pouvoir de l’innocence
Lire, relire... Florina Ilis, La croisade des enfants. Traduit du roumain par Marily Le Nir, Éditions des Syrtes, 2010, Syrtes poche, 2026.
Une chaude journée d’été, en gare de Cluj ; prêts au départ, l’express pour Bucarest, et le « train spécial » pour la Mer Noire, emmenant une troupe d’enfants en colonie de vacances, sous la houlette de leurs professeurs. Cela commence bien, chacun joue son rôle. Une série de portraits montre les voyageurs et autres protagonistes en action, chacun représentant un type de personnage que l’on s’attache à suivre successivement et périodiquement.
Le grain de sable, c’est Calman, enfant des rues et des égouts de Bucarest, dont l’esprit de révolte et de liberté va se mêler à l’imaginaire des écoliers nourri de cinéma, de télévision et d’Internet. Mélange explosif, transformant les enfants en « croisés » du train, dont ils s’emparent et qu’ils arrêtent en pleine campagne, après avoir eu soin d’enfermer les professeurs dans leur compartiment. À partir de là, tout bascule dans l’épopée. Les enfants sans famille convergent de tout le pays vers le train forteresse, les revendications de toutes sortes fusent, la police, l’armée, la mafia, les médias, le gouvernement sont de plus en plus impliqués dans l’affaire, violence et tentatives de négociations alternent dans la plus grande confusion.
Roman collectif, odyssée devenant iliade, La croisade des enfants est aussi une série de romans individuels dont le point de ralliement est un coin de forêt dans la vallée de la Prahova. Enfants-héros, enfants-victimes, parents inquiets ou affolés, professeurs indignés ou compréhensifs, journalistes critiques ou démagogues, trafiquants de drogue et d’êtres humains, religieux thaumaturge, Tzigane cartomancienne, députés et ministres experts en langue de bois, on en passe… La galerie est immense, colorée, exubérante, savoureuse… Chacun, poussé dans ses retranchements, semble redécouvrir le monde et la vie, le monde et la vie mêmes semblent se métamorphoser. Jusqu’où ? Chaque lecteur se donnera ses limites.
Inséparable du récit, se coulant en lui (et inversement), le style de Florina Ilis triture les mots, les phrases, la ponctuation, et l’auteure manie avec grande dextérité l’art du second degré (saluons au passage le beau travail de la traductrice). Les séquences se suivent avec naturel tout en se superposant, en un souffle ininterrompu auquel on ne peut se soustraire.
Jean-Pierre Longre
18:06 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : roman, roumanie, florina ilis, marily le nir, éditions des syrtes, jean-pierre longre |
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