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11/01/2013

Un conte modernisé

Théâtre, francophone, Gilles Granouillet, Lansman éditeur, Jean-Pierre LongreGilles Granouillet, Poucet, pour les grands, Lansman éditeur, 2012

« Tu vois, on peut tromper les histoires. Si on le veut vraiment, si on est très intelligent ! ». Visiblement, Poucet, qui s’adresse ici à une des filles de l’ogre, l’est, très intelligent, et volontaire, puisque par la magie du théâtre (et du dramaturge), le conte traditionnel va, un beau moment, changer de cap.

Grâce à deux jeunes gens qui se rencontrent au bord d’une mare, les caractères peuvent se transformer, la laideur devenir beauté, la méchanceté bonté, la cruauté douceur, la haine amour. Rien à voir, pourtant, avec un spectacle à l’eau de rose. Il ne s’agit pas d’une pièce moralisante, ni même simplement bien intentionnée. C’est du théâtre, mêlant la peur et le courage, le rire et les larmes, le poids de la tragédie et la légèreté de la comédie. Et s’il fallait en tirer une leçon, ce serait celle-ci : l’esprit de liberté a toutes les chances de l’emporter sur la résignation.

Jean-Pierre Longre

 

Outre Poucet, pour les grands, Lansman éditeur a récemment mis trois pièces à la disposition des lecteurs et des gens de théâtre :

Vipérine de Pascal Brullemans, « comédie fantastique sur la difficulté de traverser un deuil ».

Monstres du même Pascal Brullemans, « l’histoire d’une minute », « monologue polyphonique » d’une adolescente attendant le résultat de son test de grossesse.

Vivarium S01E02 de Thierry Simon, « polar scénique » dans lequel trois enquêteurs cherchent à « percer le mystère » d’une quadruple meurtrière.

 

À lire aussi, chez le même éditeur : Rêves d’air et de lumière ou comment créer le désir de théâtre, de Roger Deldime, et Humour et identité, La matière et l’esprit n° 24, novembre 2012.

www.lansman.org

24/07/2012

« Pas de cris »

Théâtre, francophone, Xavier Carar, Lansman éditeur, Jean-Pierre LongreXavier Carrar, La bande, Lansman éditeur, 2012. Prix de l’inédiThéâtre, prix lycéen des pièces inédites.

C’est l’histoire de Tom, un jeune homme mal dans sa peau et dans sa chair, de sa rencontre avec Lilas et la bande de JB, de ce qu’il advient de leurs relations. Dans les journaux, cela donne un fait divers ; au théâtre, un drame. Dans tous les cas, c’est la tragédie d’une humanité qui n’arrive pas à maîtriser sa violence.

Car c’est aussi l’histoire d’une jeune fille vouée au « bonheur-à-venir dans un monde de merde », d’une mère trop inquiète, de personnages qui, poussés dans leurs retranchements par « l’interrogateur », pivot de la pièce, révèlent peu à peu leurs douleurs enfouies et leur personnalité cachée.

L’art du dramaturge est de faire entrevoir sans les montrer à nu les secrets des êtres dont il s’est emparé ; il y parvient en laissant s’entrechoquer le présent et le passé, l’ici et le là-bas, en laissant surgir par la fiction dialoguée les vérités qui font mal et la complexité des sentiments, entre amour et haine. « Pas de cris. Pas de souvenirs de cris. Pourtant, il était costaud, Tommy. Il aurait pu les mettre ko, tous, avec un seul bras…  Mais non. Il fait rien. Il dit rien. Ça met les mecs en rage. Encore plus. Pas possible de se laisser faire à ce point ». Chez Tom, tout est dans le regard, mystérieusement, comme chez d’autres tout est dans la rage. Rien de tel que le théâtre pour mettre en évidence les contradictions humaines.

Jean-Pierre Longre

www.lansman.org

N.B. : Les éditions Lansman, toujours aussi productives, ont publié en mai et juin 2012, outre La bande : L’enfant, Drame rural de Carole Thibault, Et des poussières… de Michel Bellier, Oubliés de Jean-Rock Gaudreault, SStockholm et Humains de Solenn Denis, Le sable dans les yeux de Bénédicte Couka (Prix Annick Lansman). Une mine de bons et vrais textes pour la scène. Avis aux gens de théâtre !

07/02/2012

« Le plus triste et le plus heureux des hommes »

ÉThéâtre, Belgique, francophone, Eric Durnez, Éditions Lansman, Jean-Pierre Longreric Durnez, Le voyage intraordinaire, Lansman, 2011

Un homme seul, dans la vie et sur la scène, raconte. Il se raconte, il raconte le voyage de sa vie, son « épreuve de force intérieure », sorte d’odyssée à la fois mentale et physique, aux étapes tour à tour vécues et rêvées.

« C’est arrivé comme ça et ça n’a plus fait l’ombre d’un pli ». Il décide d’un coup de quitter sa famille, ses camarades, et d’entamer ce qui se révélera comme un voyage initiatique. Ses souvenirs, présentés dans le désordre de la mémoire, évoquent des rencontres inopinées : « Le doyen de l’humanité, la fille la plus bête du monde, le pilote de la Grande Ourse, la jeune femme à l’orange, l’aubergiste des jours heureux, le véritable Monsieur Moyen, le manieur de paradoxes, le garçon aux trois yeux » (efficaces pour la mémoire, ces récapitulations périodiques…). Chacune de ces rencontres est une étape révélatrice, entre autres, de la relativité du temps et de la vie.

Le récit se referme sur lui-même, semble-t-il (avant de nouvelles aventures ?). Retour à la case départ, comme Ulysse à Ithaque, avec les changements inhérents au défilement du temps… Cette pièce narrative fait aussi réfléchir sur le statut même du genre théâtral : qu’est-ce que la scène, sinon une production de l’esprit, de l’imaginaire et du langage ?

Jean-Pierre Longre

www.lansman.org