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21/06/2010

Écris, Matthias. Écris !

 

Carrese.gifPhilippe Carrese, Enclave, Plon, 2009

Rien de tel qu’un bon roman pour explorer les mystérieuses réalités humaines. Enclave en est une nouvelle preuve, qui démonte par la fiction les mécanismes de l’accession au pouvoir, à ses excès et à ses aberrations.

Le camp de Medved’, dans les montagnes de Slovaquie, pour imaginaire qu’il soit, est l’archétype des camps de travail créés par les nazis conquérants. Après y avoir exercé leur autorité par la terreur et la cruauté (et, comble de l’humour macabre, y avoir fait se côtoyer un « Lebensborn » - lieu de reproduction de la prétendue pure race aryenne – et une fabrique de cercueils), les bourreaux se sauvent brusquement devant l’avancée de l’armée soviétique, début 1945. Ils abandonnent leurs victimes à un sort d’autant plus incertain que, piégeant les accès derrière eux, ils leur interdisent toute fuite. Il faut donc cohabiter dans l’hiver glacial de la forêt, s’organiser pour survivre, et c’est dans ces tentatives de reconstruction par des individus et des communautés retrouvant un semblant de liberté que se mettent à nu les tempéraments. Parmi eux, celui de Dankso, fruste et analphabète, mais jouissant d’une autorité, d’une habileté et d’un cynisme quasiment naturels ; il prendra en un temps record le pas sur les autres, dans cette « république démocratique de Medved’ » fermée sur elle-même et dont le régime dictatorial n’aura rien à envier à celui des tyrans précédents. Nazisme, stalinisme… Les analogies sont terriblement frappantes.

Ce n’est pourtant pas une démonstration, mais bien un roman, dont l’intrigue se construit en trois temps (les trois premiers jours, le dernier, et un nécessaire « beaucoup plus tard » permettant de boucler l’histoire) ; l’écriture alerte, vigoureuse, résonne de celle du jeune Matthias, qui tient à la fois la chronique officielle de la « république » et son journal personnel, ce qui permet au lecteur d’entrer non seulement à l’intérieur du camp, mais aussi dans l’intimité du narrateur. « Littérature générale » (comme l’indique la quatrième de couverture) par un auteur connu pour ses « polars » ? Cela dépasse les catégories et les clivages. C’est de la littérature « tout court », de la solide, qui a du corps, et qui ne peut pas laisser indifférent.

Jean-Pierre Longre

www.plon.fr

www.philippecarrese.com