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02/09/2020

Brutal désespoir

Théâtre, Macédoine du Nord, Dejan Dukovski, Frosa Pejovska, éditions L’espace d’un instant, Jean-Pierre LongreDejan Dukovski, Baril de poudre, traduit du macédonien par Frosa Pejovska, éditions L’espace d’un instant, 2020

Né à Skopje en 1969, Dejan Dukovski, figure notoire du jeune théâtre macédonien, est l’auteur d’une bonne vingtaine de pièces, dont les principales sont traduites dans de nombreuses langues, y compris le français. Baril de poudre (1993), représenté pour la première fois en 1994 à Skopje, a fait l’objet, avec succès, d’un film de Goran Paskaljevic en 1999.

La pièce est composée de onze scènes autonomes mais reliées subtilement entre elles, à chaque changement, par un personnage différent formant chaînon. Ainsi défilent des dialogues entre des personnages dont on ne perçoit que quelques caractéristiques et qui s’affrontent dans différents lieux : un bistrot, un train, un autobus, une rue, un parc, et même un hôtel miteux en Amérique… Les coups et les menaces y sont monnaie courante, la rancune ou la jalousie, la faiblesse et la brutalité traduisent un désespoir qui n’est pas seulement circonstanciel, mais qui semble être le fondement même de la destinée des êtres se défendant comme ils peuvent. « Quand je mords, je lâche difficilement. Comme un piranha. » Ou exprimant une nostalgie faite d’émotion et de violence : « J’ai envie d’une soupe de tripes. J’ai envie de fermer deux bars. J’ai envie d’en démolir un et d’aller ensuite me taper une soupe de tripes. J’ai envie d’un chou farci maigre du vendredi et d’un gras, avec de la viande, du samedi. J’ai envie de rester assis pendant des heures sur un tabouret, dans mon quartier, à regarder le coucher du soleil. De ne pas bouger le petit doigt, de leur niquer à tous la cervelle. »

Mais la mémoire est impuissante à redonner la vie et l’espoir. À la scène 1, intitulée « Longue vie ! », répond la scène 11 où reviennent les deux personnages qui s’affrontaient initialement, et qui ferme hermétiquement et pour ainsi dire définitivement la chaîne de la vie. « Qu’y avait-il au commencement ? La bêtise ? La fin ? La vieillesse ? » Mais si les personnages semblent à bout, l’écriture de Dejan Dukovski nous laisse entrevoir leur « épaisseur fascinante », comme l’écrit Stuart Seide dans son introduction. « Ses personnages sont mus par des courants souterrains qui les dépassent, et, peut-être, nous dépassent. », écrit-il encore. C’est à cela, entre autres, que l’on reconnaît le théâtre intemporel.

Jean-Pierre Longre

http://www.sildav.org  

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