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13/03/2026

Le roman d’un « éternel oublié »

Roman, biographie, musique, francophone, Alain Gerber, Frémeaux & associés, Jean-Pierre LongreAlain Gerber, Ne laissez pas le soleil se lever sur vos larmes, « Mémoires imaginaires de Sonny Criss. Le génie oublié de la West Coast », Frémeaux & associés, 2026

On connaît les monographies qu’Alain Gerber a consacrées à des musiciens aussi divers que notoires, tels Miles Davis, Jelly Roll Morton, Martial Solal, Louis Armstrong, Franck Sinatra, Django Reinhardt, Billie Holyday, Paul Desmond, Chet Baker, Charlie Parker, et aussi à un introuvable Emmet Ray – ce dernier exemple laissant penser que la plume de notre auteur, qui a maintes fois fait ses preuves, ô combien, dans la fiction romanesque, peut volontiers l’emmener vers la fiction musicale. Et c’est à mi-chemin de la biographie minutieuse et de la narration romanesque que se situe son dernier opus, puisque – le sous-titre l’indique sans faux-fuyant – il se révèle comme les « Mémoires imaginaires de Sonny Criss » : un document érudit sous forme d’autobiographie fictive sur cet « éternel oublié des distributions de prix » dans la grande histoire du jazz. Rendre justice sous forme romanesque est sans doute le meilleur moyen d’aller au plus profond d’un être et de ce qui l’entoure, à condition que cette justice soit rendue par une prose magistrale – et comment en douter ici ?

Sonny est ici raconté comme un saxophoniste de grand talent qui se dirige « vers la lumière en pressant le pas », mais à l’ombre du blues et toujours inspiré par Lucy Criss, sa mère, qui avait une « foi farouche » en lui. L’autre figure tutélaire est celle de Bird, Charlie Parker : « Ayant rencontré Bird sur mon chemin, j’avais la conviction que, si je n’essayais pas de le suivre, je n’aurais plus aucun endroit où aller. C’était sa trace, ou bien l’ornière, déjà profonde comme un tombeau – et je n’avais pas vingt ans. » Et il y a eu les autres, tous les autres, dont Alain Gerber a pris soin de dresser la liste en tête du volume, parmi lesquels Chet Baker et Teddy Edwards, dont il dit : « Nous avons partagé bien des choses : la peur du lendemain, le désarroi, la débine, l’humiliation et la rage impuissante, le froid de l’indifférence et la brûlure permanente de l’ostracisme. »

On n’en finirait pas de citer, de reproduire des anecdotes, d’évoquer des noms, des épisodes qui font de cette autobiographie imaginaire déroulée d’un seul souffle, comme un immense solo de saxo, le roman vrai et beau d’un homme, de la musique, d’une époque, servi par un art consommé du récit. Voyez par exemple le mystère qui plane sur ce début de paragraphe, digne de Stendhal : « Le 4 mars 1956, un musicien blanc célèbre, mais qui n’entretenait aucun rapport avec le cool californien, se rendit dans un studio de Hollywood, celui de la compagnie Capitol, afin d’y effectuer l’ultime enregistrement qui serait publié sous son nom, car il allait mourir l’année suivante. » On saura qu’il s’agit « du baryton Serge Chaloff », mais seulement au bout de longues lignes de suspense. Le tout à l’avenant, ponctué de ces formules dont Alain Gerber a le secret. Jugez plutôt : « Pas plus que le grand art ne fait les grandes stars, les grands thèmes ne font les grands tubes. » Ou encore : « Il n’y a pas de mystère. Pas plus dans l’art que dans la dentisterie ou la pêche à la mouche. Il n’y a que du travail et de l’application. » On sait ainsi comment se crée le « grand art », tant en musique qu’en littérature. Ce livre en est une nouvelle démonstration.

Jean-Pierre Longre

 

Roman, biographie, musique, francophone, Alain Gerber, Frémeaux & associés, Jean-Pierre Longre"Sonny Criss est un unsung hero de l’histoire du jazz. Saxophoniste alto brillant de l’ère bebop, son talent inégalable est pourtant resté dans l’ombre de Charlie Parker. Publiée en même temps que le livre « Ne laissez pas le soleil se lever sur vos larmes », le roman biographique d’Alain Gerber, cette anthologie met en évidence la virtuosité et l’expressivité hors du commun du musicien. Un hommage inespéré à l’un des plus grands maîtres oubliés du jazz du XXe siècle."

 Patrick FRÉMEAUX

CD1 - 1947-1955 : WARDELL GRAY SEXTET : HOT HOUSE. AL KILLIAN SEXTET : SONNY’S BOP • OUT OF NOWHERE. FLIP PHILLIPS & HIS ORCHESTRA : FLIP’S IDEA • PUT THAT BACK. SONNY CRISS QUARTET : THE FIRST ONE • CALIDAD • BLUES FOR BOPPERS • TORNADO. HARRY BABASIN ALL STARS : IRRESISTIBLE YOU • THE SQUIRREL. BUDDY RICH QUINTET : BROADWAY • A SMOOTH ONE.

CD2 - 1955-1958 : BUDDY RICH QUINTET : THE TWO MOTHERS • SONNY AND SWEETS. SONNY CRISS : ALABAMY BOUND • WEST COAST BLUES • SWEET GEORGIA BROWN • THE MAN I LOVE • AFTER YOU’VE GONE • HOW HIGH THE MOON • NIGHT AND DAY • WHAT IS THIS THING CALLED LOVE • IN THE STILL OF THE NIGHT. SONNY CRISS QUARTET : EASY LIVING • WILLOW WEEP FOR ME • WAILIN’ FOR JOE. SONNY CRISS : I GOT IT BAD • SYLVIA • BUTTS DELIGHT.

SÉLECTION D’ALAIN GERBER ASSISTÉ PAR JEAN BUZELIN ET JEAN-PAUL RICARD

Autres publications récentes de Frémeaux & associés:

roman,biographie,musique,francophone,alain gerber,frémeaux & associés,jean-pierre longrePascal Anquetil, Pourquoi j'aime le jazz? "Ecrits sur le jazz et autres exercices d'admiration". 

Présentation:

« Un jour de 1957 ou 1958, je ne sais plus, un disque orange arriva par la poste à la maison. Il était édité par la Guilde du jazz. (...) Ce mystérieux 25cm inonda la même année des milliers de foyers français et contamina, sans s’en douter, toute une génération d’adolescents au virus du swing. Demandez à Didier Levallet, Jean-Paul Boutellier (fondateur de jazz à Vienne), Alain Pailler, Francis Marmande et beaucoup d’autres encore si cela ne fut pas le cas pour eux. Ce disque qui s’intitulait avec pertinence “Horizons du jazz” fut pour moi et mon frère jumeau Gilles la révélation éblouie d’un nouveau monde. À l’affiche de cette première anthologie jamais publiée en France, des noms qui m’étaient, à l’exception de Sidney Bechet, tous encore inconnus : Art Tatum, Charlie Parker, Coleman Hawkins, Dizzy Gillespie, Erroll Garner, Woody Herman, etc. Dans le texte de pochette, on présentait le jazz comme “l’expression vivante de la musique du peuple afro-américain”. Il n’avait pas tort. Je ne cesse depuis d’essayer avec passion et détermination d’élargir les horizons. »
Pascal ANQUETIL

Pourquoi aimons-nous le jazz ? Pascal Anquetil, plume essentielle et témoin infatigable des scènes françaises, y répond par une collection de chroniques où l’émotion guide la pensée. De Billie Holiday à Ella Fitzgerald, de Monk à Miles, de Django à Petrucciani, il célèbre celles et ceux qui ont façonné cette musique de fièvre, de combat et de beauté. Son écriture, à la fois sensible et précise, saisit l’instant : une voix, un souffle, un éclat de lumière sur une scène de club. Ces textes sont autant d’exercices d’admiration que de déclarations d’amour au jazz. Une invitation à écouter autrement.
PATRICK FRÉMEAUX

Billie Holiday, Ella Fitzgerald, Sarah Vaughan, Shirley Horn, Abbey Lincoln, Diana Krall, Nat King Cole, Frank Sinatra, Scream Jay Hawkins, Al Green, Louis Armstrong, Sidney Bechet, Duke Ellington, Thelonious Monk, Miles Davis, John Coltrane, Art Blakey, Chet Baker, Stan Getz, Keith Jarrett, Brad Mehldau, Django Reinhardt, Stéphane Grappelli, Martial Solal, Trio HUM, Michel Petrucciani, Didier Lockwood Pascal Anquetil est journaliste français spécialisé dans le jazz, notamment à Jazz Magazine. Il a également dirigé le Centre d’Information du Jazz, contribuant à la diffusion et à la structuration de la connaissance sur cette musique et sa professionnalisation. Son travail s’inscrit dans une approche critique et documentaire de l’histoire du jazz.

 

roman,biographie,musique,francophone,alain gerber,frémeaux & associés,jean-pierre longreCharles Trenet, Les rois fainéants. Note de présentation et biographie par Vincent Lisita.

Présentation :

« Ses dons merveilleux, son labeur inapparent mais incessant lui feront bientôt toute la place à laquelle il a droit. »
Max Jacob

« Tout bégayait. Tout traînait. Plus rien ne traîne et tout parle... C’est grâce aux chansons de Charles Trenet. »
Jean Cocteau

En 1930, Charles Trenet, dix-sept ans, « monte » à Paris avec l’ambition de devenir journaliste, peintre en atelier, acteur de cinéma… bref, Parisien. Dans sa valise, il emporte son premier roman, Les Rois fainéants, deux cents feuillets que les éditeurs refuseront, mais qui le conduiront vers Max Jacob puis Jean Cocteau, scellant ainsi son destin d’artiste.

Avant ce départ, à Perpignan, il s’était déjà illustré dans Le Coq catalan d’Albert Bausil comme chroniqueur, conteur et poète. Ce manuscrit marque sa première entreprise d’envergure : on y retrouve sa sensibilité à fleur de peau et sa joie de vivre, l’ironie, la nostalgie, l’humour, mais aussi la culture littéraire et historique qui nourriront plus tard ses chansons. Considéré comme perdu par Trenet lui-même, Les Rois fainéants fut longtemps l’« arlésienne » de son oeuvre. Retrouvé par Vincent Lisita, historien d’art et spécialiste du Fou chantant, déjà auteur de deux ouvrages et directeur de l’intégrale chronologique chez Frémeaux, ce roman historique est publié ici pour la première fois.

L’édition est accompagnée d’une présentation et d’une biographie de Charles Trenet rédigées par Vincent Lisita. Ce roman de jeunesse n’est pas seulement l’essai d’un apprenti écrivain : il constitue l’acte de naissance littéraire de celui qui allait révolutionner la chanson française.
Patrick Frémeaux

Historien d’art, Vincent Lisita travaille depuis plus de trente ans sur la biographie et l’oeuvre de Charles Trenet. Il lui a consacré deux ouvrages : Trenet méconnu (Les Échappés, 2013) puis Trenet-Cabu : La Vie qui va (Robert Laffont, 2018). Au décès de Daniel Nevers, il a repris la direction artistique de son intégrale discographique, en compagnie de Pascal Halbeher, chez Frémeaux & Associés.

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13/09/2025

Une élégante venue de Rio

Essai, francophone, musique, Alain Gerber, Patrick Frémeaux, Alain Lesage, Frémeaux & Associés, Jean-Pierre LongreAlain Gerber, Naissance de la bossa nova, note de Patrick Frémeaux, postface d’Alain Lesage, Frémeaux & Associés, 2025

Une fois n’est pas coutume, l’auteur de cette chronique avoue n’avoir pratiquement rien connu de la bossa nova avant d’avoir lu le livre d’Alain Gerber. Ou alors ce n’est qu’une impression, tant ce livre lui a ouvert les yeux et les oreilles sur des rythmes et des harmonies qu’il avait en tête sans les identifier formellement. Tout cela pour dire que Naissance de la bossa nova est un titre bien modeste pour un ouvrage d’une érudition qui, certes, ne surprend pas de la part de l’auteur, mais se déploie d’un air si naturel qu’on ne se doute pas de la somme de travail qu’a sûrement nécessité la quantité de références précises qu’il propose.

Il y a la « genèse à Rio de Janeiro », avec les « pères fondateurs » (Vinicius de Moraes, Antônio Carlos « Tom » Jobim, Joấo Gilbert), un certain nombre de chanteurs et chanteuses comme Chico Buarque ou Nara Leấo, et il y a la « jeunesse à New York et ailleurs dans le monde », dont Dizzy Gillespie et Stan Getz sont des figures dominantes, mais non uniques. La première phrase de l’histoire résume un état des lieux implacable : « Grâce à Dizzy Gillespie surtout, le jazz s’est afrocubanisé dans les années 40. Grâce à Stan Getz entre autres, le jazz s’est brésilianisé au début des années 60. » On s’attend donc à apprendre beaucoup de choses au fil des pages, et cette attente n’est pas déçue ! On apprend, par exemple, que l’expression bossa-nova a été utilisée pour la première fois dans une chanson de Mendonça, et d’ailleurs qu’à l’origine les bossas-novas sont essentiellement des chansons avec des paroles qui « leur collent à la peau » ; que la « nonchalance » apparente du genre est loin d’être un « relâchement rythmique », que « des sanitaires ont servi de maternité à la bossa-nova », que la chanson Tu verras chantée par Nicole Croisille et Claude Nougaro est de Chico Buarque (O Que Sera), que Stan Getz a inventé le « Brésil universel », « un pays de nulle part, plein d’ombres et de reflets, de mirages et de réminiscences. »

On le voit, ce n’est pas parce qu’Alain Gerber nous fait partager ses connaissances qu’il abandonne son costume d’écrivain. Même dans un livre historique abondamment documenté, il s’adonne à des considérations bien pensées sur les mystères de « l’invention mélodique », sur la musique codifiée, sur « la science harmonique » qui n’explique pourtant pas « ce qui fait qu’un certain agencement de notes trouvera un écho sur la sensibilité universelle. » Et il ne se prive pas, pour notre plus grand plaisir, de laisser se développer son style ô combien séduisant. Au hasard, un exemple à propos du « L.A. Four » : « Prolifique, professionnel en diable, prodigue en performances instrumentales, délicieux sans conteste, mais aussi, comment dire ?... facultatif, essentiellement distractif. Sans faiblesses et sans reproche. Sans folie et sans nécessité non plus. […] La démagogie n’a pas cours chez les Quatre de Los Angeles. Et la mièvrerie ne pouvait compter sur eux pour s’épanouir : montrer leurs muscles ne fut pas leur préoccupation majeure ; en revanche leur musique en quête de raffinement restait en toute circonstance remarquablement articulée. » Ce ne sont là que quelques lignes parmi de nombreuses non moins prenantes, à la manière de la bossa nova elle-même que, pour changer un peu de plume, Patrick Frémeaux définit en quelques mots dans sa note liminaire : « La bossa nova incarne cette élégance nonchalante qui nous charme immédiatement et qui a vite su conquérir bien au-delà des frontières brésiliennes. » Laissons-nous prendre par cette musique comme par la prose élégante d’Alain Gerber.

Jean-Pierre Longre

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Essai, francophone, musique, Alain Gerber, Patrick Frémeaux, Alain Lesage, Frémeaux & Associés, Jean-Pierre Longre« La bossa nova est l’une des plus emblématiques des musiques populaires du XXe siècle. En plus d’avoir offert au grand répertoire quelques-uns de ses plus beaux fleurons elle a placé la musique brésilienne sur le devant de la scène internationale. En parallèle à son ouvrage, Alain Gerber sélectionne 45 des œuvres les plus emblématiques des débuts de la bossa nova entre Brésil et États-Unis. Antônio Carlos Jobim, João Gilberto, Johnny Alf, Luiz Bonfá, Carlos Lyra et Baden Powell font échos à Stan Getz, Dizzy Gillespie, Dave Brubeck et Sonny Rollins. »

Patrick Frémeaux

  • CD 1 - RIO DE JANEIRO : HEITOR VILLA-LOBOS : BACHIANA BRASILEIRA N° 5 • DICK FARNEY & LUCIO ALVES : TEREZA DA PRAIA • JOHNNY ALF : RAPAZ DE BEM • ANTÔNIO CARLOS JOBIM & VINÍCIUS DE MORAES : SE TÔDOS FÔSSEM IGUAIS A VOCÊ • LUIZ BONFA : LUZES DO RIO • JOÃO GILBERTO : UM ABRAÇO NO BONFÁ • ELIZETE CARDOSO : OUTRA VEZ • JOÃO GILBERTO : CHEGA DE SAUDADE • DORIVAL CAYMMI : SAMBA DA MINHA TERRA • JOÃO GILBERTO : SAMBA DA MINHA TERRA • TRIO CAMARA : MUITO A VONTADE • JOÃO GILBERTO : HO-BÁ-LÁ-LÁ • ELIZETE CARDOSO : SERENATA DE ADEUS • BADEN POWELL : SAMBA NOVO, PT. 2 • BADEN POWELL : PARA NÂO SOFRER • MAYSA (MATTARAZZO) : O BARQUINHO • SYLVIA TELLES : SE É TARDE ME PERDOA • JOÃO GILBERTO : LOBO BOBO • SYLVIA TELLES : DISCUSSÃO • JOÃO GILBERTO : SAMBA DE UMA NOTA SO • JOÃO GILBERTO : DESAFINADO • SYLVIA TELLES : CORCOVADO • CARLOS LYRA : COISA MAIS LINDA • CARLOS LYRA : MARIA NINGUÉM • OS CARIOCAS : TUDO É BOSSA • SÉRGIO RICARDO : MAXIMA CULPA • ANIBAL SARDINHA “GAROTO” : ALMA BRASILEIRA • OSCAR CASTRO-NEVES : AULA DE MATEMATICA.

    CD 2 - (QUELQUE CHOSE SUR L’AMÉRIQUE DU NORD) : CURTIS FULLER : ONE NOTE SAMBA • DAVE BRUBECK : VENTO FRESCO • STAN GETZ & CHARLIE BYRD : É LUXO SÓ • CAL TJADER : SE É TARDE ME PERDOA • SONNY ROLLINS : THE NIGHT HAS A THOUSAND EYES • DIZZY GILLESPIE : DESAFINADO • BOB BROOKMEYER : CHORA TUA TRISTEZA • STAN GETZ : BIM BOM • ZOOT SIMS : MARIA NINGUEM • QUINCY JONES : BLACK ORPHEUS • DAVE PIKE : PHILUMBA • COLEMAN HAWKINS : UM ABRAÇO NO BONFÁ • IKE QUEBEC : FAVELA • LALO SCHIFRIN : RAPAZ DE BEM • CHARLIE ROUSE : VELHOS TEMPOS • GEORGE SHEARING : MANHA DE CARNAVAL • BUD SHANK : PENSATIVA.

    DIRECTION ARTISTIQUE : ALAIN GERBER

20/02/2025

De l’art du balayage en musique

Essai, francophone, musique, jazz, Alain Gerber, Frémeaux & associés, Jean-Pierre LongreAlain Gerber, Le destin inattendu de la tapette à mouches, Frémeaux & associés, 2025

Il y a un an (janvier 2024), Alain Gerber nous gratifiait d’une belle et indispensable « autobiographie de la batterie de jazz » (voir ici) en nous racontant l’histoire de Deux petits bouts de bois, de l’art desquels il est à la fois expert et pratiquant éclairé. Maintenant, il célèbre les « balayeurs célestes du jazz avec Shelly Manne en point de comparaison », ce grand « Sheldon Manne [qui] fut un des batteurs les plus « littéraires » de l’histoire de l’instrument : un homme recherchant en permanence l’équilibre instable, mais jamais perdu, entre les différentes valeurs des éléments mis en jeu, entre les nuances dynamiques, entre les couleurs sonores, entre les couleurs du temps , entre la distension et la contraction du temps qui passe, l’instinct de vie et son contraire. »

Affirmons-le sans réserve, nul mieux qu’Alain Gerber ne sait lier l’expérience personnelle et le savoir encyclopédique. Ici comme ailleurs, il commence par évoquer un souvenir, celui de l’acquisition de sa première batterie : caisse claire, baguettes, mailloches et… balais. « Depuis cette époque, je porte un amour fou à l’art des balais, ainsi qu’à ceux qui l’ont inventé de toutes pièces et fait évoluer de manière spectaculaire depuis la fin des années vingt ; si dévorante est cette passion qu’elle s’étend aux instruments eux-mêmes. » Et depuis la même époque, il a tout appris des « brosses », de leur pratique et de leurs virtuoses, et il nous en fait tout connaître.

N'oublions pas qu’Alain Gerber est un écrivain, l’un de ceux qui, sans jamais se hausser du col, font partie de l’élite des stylistes, et son érudition musicale ne l’empêche pas de nous faire profiter de sa pratique littéraire, en nous livrant par exemple « une réflexion au passage : en littérature, j’ai toujours penché en faveur des écrivains soucieux d’entretenir une pulsation dans leurs périodes, leurs paragraphes, leurs chapitres. Et d’abord dans chacune de leurs phrases. » Pour lui « c’est affaire de métrique », de « ponctuation » et, « métaphoriquement cette fois, d’accentuation et de nuances dynamiques. » Ou encore de considérations à la fois larges et acérées : « L’un des signes très sûrs de décivilisation est le renoncement massif à l’ironie au profit de la croyance. Il s’agit ici de l’ironie à usage interne et de la croyance sans condition, telle la capitulation du même nom. Je n’ai jamais eu l’âme d’un inconditionnel, et cela ne s’est pas arrangé avec le temps. Le statut de groupie n’aura exercé sur moi qu’une timide attirance. » Un dernier extrait, en guise d’encouragements : « Quels que soient votre âge, votre sexe, votre expérience et votre culture, votre morphologie, vos capacités physiques, votre bagage technique, votre projet esthétique, soyez assuré qu’il existe, ou qu’il existera, la paire de balais la mieux adaptée à votre personnalité. Celle qui va répondre à vos besoins comme si elle avait parié sur vous pour justifier son existence. » Voilà qui donne vie à une paire d’objets apparemment bien anodins mais ô combien précieux. Martine Palmé, agent des plus grands, l’a écrit : ce livre est un « véritable trésor. »

Jean-Pierre Longre

Une autre parution récente chez Frémeaux & associés: Stéphane Carini, Les alchimies discrètes d'Henri Crolla. Accompagné de deux CD.

essai,francophone,musique,jazz,alain gerber,frémeaux & associés,jean-pierre longreGuitariste virtuose et figure emblématique du jazz français, Henri Crolla (1920-1960) a laissé une empreinte indélébile sur la musique de son époque. Fils d’immigrés napolitains, il s’impose comme l’un des guitaristes les plus talentueux de sa génération. Malheureusement, sa carrière fulgurante a été interrompue par sa mort prématurée en 1960. L’anthologie de Stéphane Carini rend justice à l’oeuvre d’un artiste injustement oublié et nous invite à redécouvrir la richesse inouïe et la diversité de son répertoire : du jazz à la chanson, de la poésie aux musiques de film.
Patrick FRÉMEAUX 

« APRÈS LUI, IL N’Y A PLUS DE GUITARISTES »
NAGUINE REINHARDT (ÉPOUSE DE DJANGO REINHARDT)

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15/09/2024

Pour le jazz

Essai, musique, Alain Gerber, Martial Solal, Guillaume Nouaux, Frémeaux & Associés, Jean-Pierre LongreAlain Gerber, L’histoire du Be-bop, Miles Davis ; Un Noël de Jelly Roll Morton, Frémeaux & Associés, 2024

Martial Solal, Mon siècle de jazz, Frémeaux & Associés, 2024

Guillaume Nouaux, La naissance de la batterie, Frémeaux & Associés, 2024

L’éditeur producteur Frémeaux & Associés est un vecteur incontournable de la connaissance du jazz. En témoignent tous les ouvrages qu’il fait paraître sur le sujet. Parmi les plus récents, deux sont signés Alain Gerber : L’histoire du Be-bop, Miles Davis, qui reprend les livrets et notices discographiques que l’écrivain a rédigés, avec Daniel Nevers et Alain Tercinet, pour l’histoire du jazz appelée « The Quintessence ». « En un style cadencé, l’auteur examine à la loupe les parcours biographiques et musicaux de Miles Davis, Charlie Parker, Dizzy Gillespie, Essai, musique, Alain Gerber, Martial Solal, Guillaume Nouaux, Frémeaux & Associés, Jean-Pierre LongreThelonious Monk, Jay Jay Johnson, Bud Powell, Kenny Clarke, Max Roach, Roy Haynes et Sarah Vaughan, dont les destins, les accents virtuoses et les inventions formelles feront la postérité du mouvement Be-bop. » (Patrick Frémeaux). Second ouvrage : Un Noël de Jelly Roll Morton, « Une aventure de l’inventeur autoproclamé du jazz », à propos duquel Patrick Frémeaux, toujours lui, écrit : « Délectable à souhait, Un Noël de Jelly Roll Morton donne la parole à celui qui n’hésitait pas à écrire « inventeur du jazz » sur ses cartes de visite, un certain Ferdinand Joseph Lamothe dont les multiples compositions ont durablement imprimé l’histoire de la musique américaine. » Inlassable historien du jazz, Alain Gerber l’est assurément, et plein d’érudition, mais pas seulement : en toutes circonstances, dans tous les contextes, il reste un virtuose des mots.

Essai, musique, Alain Gerber, Martial Solal, Guillaume Nouaux, Frémeaux & Associés, Jean-Pierre LongreAutres parutions récentes chez Frémeaux & Associés : Mon siècle de jazz, autobiographie du fameux Martial Solal, préfacée par… Alain Gerber, qui annonce avec brio ce qu’on s’apprête à lire : « Dans son écriture comme dans sa musique, Martial ne donne pas son temps au temps. Le tempo est sa seule affaire. » et un peu plus loin : « Cet écrivain-là ne veut pas se contenter d’exposer ses souvenirs : il veut les vivre, ici et maintenant. » Puis, de Guillaume Nouaux, La naissance de la batterie. « Les origines de la batterie et les premiers batteurs à La Nouvelle-Orléans », fort volume écrit par « l’un des plus grands batteurs de jazz de sa génération », qui, nous disent Augustin Bondoux et Patrick Frémeaux, « établit ici une typologie claire et précise des éléments historiques, culturels, techniques et contextuels qui ont permis l’émergence de cet instrument » et « revient Essai, musique, Alain Gerber, Martial Solal, Guillaume Nouaux, Frémeaux & Associés, Jean-Pierre Longreégalement sur les pionniers, les premiers grands maîtres et les figures incontournables qui ont façonné et stylisé la batterie. »

Avis aux amateurs comme aux spécialistes, aux pratiquants comme aux auditeurs, « Frémeaux & Associés est depuis 30 ans l’éditeur-producteur de référence – en CD audio, téléchargement, et désormais livre et livre numérique – pour les collections de musiques du XXe siècle », sans oublier « le patrimoine parlé phonographique et radiophonique, et les cours de sciences humaines, d’histoire et de philosophie. »

Jean-Pierre Longre

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21/02/2024

« La passion des baguettes »

Essai, francophone, autobiographie, musique, jazz, Alain Gerber, Frémeaux & Associés, Jean-Pierre LongreAlain Gerber, Deux petits bouts de bois, une autobiographie de la batterie de jazz, Frémeaux & Associés, 2024

On connaît l’érudition jazzistique d’Alain Gerber. On savait moins, jusqu’à maintenant, qu’il pratique depuis longtemps un instrument complexe et majeur de la musique de jazz : la batterie ; en amateur, avoue-t-il modestement, mais tout de même… Une pratique à laquelle il s’adonne encore au moins une heure par jour dans un sien cabanon isolé, ce qui lui évite les récriminations du voisinage telles qu’il les a connues lorsqu’il habitait en appartement (on pouvait s'y attendre, l’humour et la malice de sont pas absents de certaines anecdotes jalonnant cette « autobiographie de la batterie de jazz ». Voir aussi, par exemple, un furtif portrait d’André Malraux, qui dans un prestigieux restaurant lui servant de cantine « semblait tenir son propre rôle », un autre d’une Catherine Deneuve « piétinant devant un mur » chaussée de « pataugas à talons » durant le tournage d’un film…).

Difficile de mesurer toutes les dimensions de ce livre foisonnant, conduit effectivement par l’histoire des paires de baguettes pour lesquelles l’auteur avoue une véritable passion, ce qui ne l’empêche pas d’utiliser sans vergogne un vocabulaire quasiment amoureux pour décrire ses relations avec les cymbales. La science exhaustive du jazz n’est pas venue toute seule, et la dimension autobiographique laisse le champ libre non seulement à l’apprentissage de la batterie, mais aussi à l’acquisition de la connaissance des jazzmen, de leurs prestations dans les caves et surtout de leurs disques, avec des références précises aux grands batteurs concédées à qui veut y prêter l’oreille ; ils sont tous là, de Kenny Clarke à Ringo Starr (oui), en passant par Jo Jones, André Ceccarelli, Max Roach, Georges Paczynski, Buddy Rich, Elvin Jones, Art Blakey, Baby Dodds, Gene Krupa, Connie Kay ou Daniel Humair.

Mais la science musicale n’occulte pas le reste, car Alain Gerber le reconnaît, il « cultive l’art (l’art ou la marotte ?) de la digression. » L’autobiographie n’est pas seulement celle de la batterie, mais aussi celle de l’auteur en personne : la rencontre décisive de l’amour, les « petits boulots » de jeunesse pour survivre, les voyages et, bien sûr, parallèlement à la musique, la littérature. Écoutons-le, dans son inimitable style nourri de paradoxes : « Quel état des lieux suis-je en mesure de dresser ce matin, si je compare mon itinéraire d’instrumentiste à celui d’homme de plume ? D’un côté, je sais de mieux en mieux ce que je devrais faire avec mes tambours et mes cymbales, mais j’en reste largement incapable ; de l’autre, je vois très bien ce qu’il ne faut pas faire et, sauf exception, ne parviens toujours pas à m’en empêcher. » Un parallèle dont il s’étonne lui-même, mais qui est d’un riche enseignement sur la puissance de ces petits instruments que sont les baguettes et le stylo, utilisés au départ sans ambition démesurée par quelqu’un qui doute de ses capacités, ne se sent pas à sa place, comme lors de ses débuts à France Culture (on le lui a fait sentir plus tard lorsqu’il en fut brusquement exclu), et qui dit avoir « fait des pieds et des mains pour entrer dans le rang. Le rang des non-alignés ».

Sans doute. Mais ce « non-aligné » nous en apprend toujours plus, sur le jazz, sur le style littéraire (cultiver la « simplicité » – pas si simple), sur la vie culturelle, sur la vie tout court. Sans parler du plaisir toujours recommencé, jamais le même, de la lecture. Et si l’auteur de ces lignes perdait un jour la mémoire, il ne se pardonnerait pas de ne pas retenir malgré tout cette formule : « C’est toute l’énigme de la musique : avec elle, ou l’on touche au sacré, ou l’on ne touche à rien du tout. »

Jean-Pierre Longre

 

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