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06/05/2016

Le poids du génie

Récit, biographie, Musique, Nicolas Cavaillès, Les éditions du Sonneur, Jean-Pierre LongreNicolas Cavaillès, Les huit enfants Schumann, Les éditions du Sonneur, 2016  

Tout commence avec « la mort du père », compositeur de génie et « malheureux musicien », passionné, exalté, mort fou dans un asile, écarté des siens – après avoir aimé, avoir rêvé, aussi, d’un calme bonheur familial. Puis le livre égrène les morts successives, dans un ordre rigoureusement chronologique. Celles des « huit enfants », dont certains furent vite effacés, d’autres vécurent assez longtemps pour conserver la mémoire familiale et artistique : Émile, Julie, Félix (jeune poète disparu trop tôt), Ferdinand, Ludwig, Élise (elle-même pianiste de talent), Marie (qui « se dévoua tout entière » à sa mère), Eugénie (qui contribua à la pérennité de la mémoire familiale et paternelle par les livres qu’elle écrivit).

Au centre des huit chapitres consacrés aux enfants, il y a « La mort de la mère », Clara la fameuse pianiste, elle-même compositrice, qui poursuivit sa carrière tout en enchaînant les grossesses et les accouchements et en supportant durant un certain nombre d’années le génie exalté de son mari tant aimé. « Mère exigeante et défaitiste à la fois, peu généreuse mais énergique et tenace, mettant la sourdine à la sensibilité brillante dont elle fit montre sur scène, tendancieusement autoritaire mais avant tout soucieuse d’inculquer à ses garçons comme à ses filles le devoir d’indépendance morale et matérielle, Clara sembla, consciemment ou non, classer sa progéniture en deux catégories, la forte et la faible ». Et il y a Brahms, arrivé jeune homme dans le foyer, à qui Schumann avait « symboliquement » légué « sa très haute mission artistique – et avec elle, sans le dire explicitement, son épouse et ses enfants. », et qui fut pour la famille un ami, un conseiller, un frère, un oncle, un père de substitution…

De ce récit familial, de ces « drames redondants » parmi lesquels les petits bonheurs s’insinuent malgré tout, de ces « anecdotes », de ces « visages figés » par le temps, Nicolas Cavaillès tire, avec une tranquille économie de moyens rhétoriques, avec une justesse définitive et dans une prose nourrie de poésie, des réflexions sur la mort, la « reproduction » et l’aspiration au néant, sur la filiation et l’enfance, sur la « musique spirituelle » et les « angoisses latentes » qu’elle exprimait chez Schumann (comme chez d’autres), par opposition à celle « qui beugle aujourd’hui […] ses mélodies débiles au service du système consumériste » (oh la belle page de colère !). Sous les apparences d’une composition claire et sans ambiguïtés, Les huit enfants Schumann met en relief les mystères de l’enfance, de la vie et de la mort, ainsi que les exigences et les impératifs du génie musical, qui a investi l’existence entière de la famille Schumann. Dans ce beau livre, dont le thème principal et grave est la mort, le protagoniste est la musique, qui donne (d'une manière souvent sous-jacente, en tout cas discrète) à chaque chapitre/mouvement une tonalité différente. 

Jean-Pierre Longre

www.editionsdusonneur.com

16/02/2016

« Une histoire d’amour à l’aube de la grande guerre », en musique

Olivier Longre, Lettre à Jeanne, CD - Digipak 11 titres + livret 20 pages couleur et - pour les 50 premiers - une carte dédicacée par l'auteur 

 

Musique, Histoire, Olivier Longre, Néômme

01. Tête d'Or 
02. Jeanne 
03. Songe 
04. Par le Sentier 
05. Eden Bar 
06. Vers le Nord 
07. Des Plaines 
08. Brûle-novembre 
09. Terre Muette 
10. Ce qui Reste 
11. Lettre à Francis (Amélie les Crayons)

Lettre à Jeanne est le deuxième album d'Olivier Longre. Il est entièrement inspiré par la découverte d'un carton chez ses grand-parents. À l'intérieur, plus d'une centaine de cartes postales et lettres: la correspondance de son arrière-grand-mère (Jeanne) et de son arrière-grand-père (Francis) du temps de leur rencontre, jusqu'au moment où Francis est envoyé au front en 1914 et ensuite…

Site d'Olivier Longre: ICI

Tout le matériel graphique (cartes, lettres) est consultable sur le blog: http://jeanneetfrancis.tumblr.com

et sur la page facebook: www.facebook.com/jeanneetfrancis

Pour commander : http://shop.neomme.com/product/lettre-a-jeanne

© 2016 neômme/olivier longre

03/12/2015

Images d’une passion musicale

 

Bande dessinée, biographie, musique, Glenn Gould, Sandrine Revel, Dargaud, Jean-Pierre LongreSandrine Revel, Glenn Gould. Une vie à contretemps, Dargaud, 2015

Est-il possible de percer « le mystère Glenn Gould » (disons plutôt les mystères, tant le personnage paraît complexe)? Pas vraiment. Mais l’album graphique de Sandrine Revel fournit des approches à la fois esthétiquement séduisantes et intellectuellement convaincantes. Il est rare qu’une biographie de célébrité pénètre à ce point dans la personnalité, dans les secrets même de son protagoniste. L’auteure, dans cette perspective, utilise avec à-propos et talent les ressources de la bande dessinée.

La narration ne se contente pas de raconter. Ou si elle le fait, c’est dans un constant va-et-vient entre les différentes périodes (enfance, concerts, enregistrements, voyages, accidents de santé, relations amicales et amoureuses, fuites, retours…), entre la vie réelle avec ses vicissitudes et ses instants de bonheur, et la vie rêvée avec ses illusions et ses cauchemars, entre les interviews du musicien et les témoignages de ses proches. Ainsi, l’essentiel est dit, à la fois dans le texte écrit et dans le silence des dessins.

Car l’avantage du genre bien exploité est de faire passer par l’image ce que les mots ne peuvent pas exprimer : les visions, les délires, les souvenirs, l’hypocondrie, l’isolement (qu’accompagnent l’amour des animaux, le goût pour les immensités, « l’aspect nordique de l’être humain » et « les ciels nuageux »). Surtout – et ce peut être considéré comme une gageure – l’image (traits, dessins, couleurs, dimensions) réussit à montrer la musique : attitudes physiques du pianiste dans toute leur originalité, expressivité du visage, mouvements des mains sur le clavier (des planches entières montrent les différentes positions des doigts, si bien observées, si bien reproduites), sans parler de l’exigence absolue de Glenn Gould dans le choix de son piano, de son siège, des appareils d’enregistrement…

Pas d’explications rationnelles, pas de détails superflus, pas de descriptions gratuites, pas de récit linéaire. Mais l’album suggère parfaitement cette « vie à contretemps » d’un être pour qui la perfection musicale est un idéal, une passion, voire une obsession vers lesquels tendent tous les instants de son existence, jusqu’à l’effacement. Et l’ultime but, qu’il définit lui-même : « La musique pour l’auditeur comme pour l’interprète doit amener à la contemplation. ».

Jean-Pierre Longre

www.dargaud.com

 www.sandrinerevelbd.com   

30/10/2015

Le philosophe et « Le Chant des Muses »

Essai, philosophie, musique, francophone, Philippe Lacoue-Labarthe, Christian Bourgois éditeur, Jean-Pierre LongrePhilippe Lacoue-Labarthe, Pour n’en pas finir, écrits sur la musique, édition établie et présentée par Aristide Bianchi et Leonid Kharmalov, Christian Bourgois éditeur, 2015 

La notoriété de Philippe Lacoue-Labarthe ne doit rien à des éclats médiatiques, mais à un vrai travail philosophique qui se marie harmonieusement avec ses talents d’écrivain. La preuve : plusieurs années après sa mort en 2007, il y a encore de quoi publier. Ses « écrits sur la musique », rassemblés sous le titre de l’un d’entre eux, Pour n’en pas finir, donnent un bel exemple de la réflexion et de l’écriture d’un penseur qui s’est toujours interrogé sur les langages, en particulier sur celui de la musique, un art qui fut pour lui non seulement une préoccupation, mais une passion.

L’ouvrage est construit sur une chronologie inversée – des textes récents aux plus anciens –, ordre qui ne relève pas d’une gymnastique gratuite, mais qui permet de cheminer « d’un commencement à l’autre ». « Le Chant des Muses » (2005) reprend le texte d’une conférence « pour enfants », très pédagogique donc, qui définit clairement les notions de philosophie, de poésie et, bien sûr, de musique, « art de l’émotion », avec toutes ses composantes, et qui répond avec grande sincérité aux questions que tout un chacun peut se poser. Suivent des écrits de la période 1992-2002, où le motif musical permet d’aborder les concepts de « moderne » et de « progrès » dans l’art, de développer des propos sur le jazz, de transcrire un dialogue radiophonique inédit avec Pascal Dusapin, d’évoquer « l’antithèse ironique » de Nietzsche, qui disait préférer Bizet à Wagner… « L’écho du sujet » (1979) étudie longuement et précisément le rapport entre autobiographie et musique, en de belles pages qui rappellent entre autres et à juste titre « l’essence répétitive de la musique ». Les deux dernières sections sont consacrées à des inédits des années 1960, « Théâtre (ou : Opéra – ou : le simulacre – ou : le subterfuge) », projet qui met pour ainsi dire en scène « le combat de la musique contre le texte » ; enfin « L’allégorie (Première version) » laisse percevoir les talents d’écrivain et de poète du philosophe.

Un bref compte rendu ne peut analyser la teneur, la profondeur, l’unité d’un tel rassemblement de textes auquel les références à d’autres auteurs ajoutent des ramifications multiples. On laissera la conclusion à Aristide Bianchi et Leonid Kharmalov : « Au fond, c’est l’importance même du motif de la musique dans l’œuvre de Philippe Lacoue-Labarthe qui a commandé la publication de ces esquisses et requis une attention à ce à quoi elles étaient destinées : faire Œuvre, faire Livre ».

Jean-Pierre Longre

Essai, philosophie, musique, francophone, Philippe Lacoue-Labarthe, Christian Bourgois éditeur, Jean-Pierre LongreP. S. : Les éditions Christian Bourgois ont eu l’excellente idée de publier en même temps, au format de poche, du même Philippe Lacoue-Labarthe, La poésie comme expérience, paru initialement en 1997, ouvrage qui, à partir de la lecture de deux poèmes de Paul Celan, s’interroge sur la « tâche » et la « destination » de la poésie contemporaine.

www.christianbourgois-editeur.com

10/08/2015

Amateurs et musiciens

: Essai, Musique, Jazz, Alain Gerber, Alter ego éditions, Jean-Pierre Longre

Alain Gerber, Bu, Bud, Bird, Mingus, Martial et autres fauteurs de trouble, Alter Ego Éditions, 2014 

Il ne sera pas fait ici l’éloge d’Alain Gerber ni de son inimitable style. Ce serait superflu. On se contentera de signaler aussi bien aux amateurs qu’aux musiciens (attention, distinguons bien les deux catégories : « le musicien est un homme qui écoute la musique […]. L’amateur n’écoute rien. Il imagine. », et ailleurs : « Il y a des gens que des musiques déjà réelles font rêver : on les appelle des amateurs. Il en est d’autres pour rêver des musiques qui n’existent pas encore : ce sont des musiciens ; parfois leurs rêves deviennent réalités. »), on signalera donc que Bu, Bud, Bird, Mingus, Martial et autres fauteurs de trouble est un abécédaire non balbutiant du jazz dans tous ses états, et qui joue toutes sortes d’airs en partant de Henry « Red » Allen pour arriver à Kenny Werner.

Reprenant des textes publiés çà et là en revues, volumes et magazines divers, y ajoutant quelques inédits, Alain Gerber décline les genres, les compositions, les interprètes, ne se refusant pas au passage à quelques confidences ou pensées personnelles, de même qu’à quelques digressions nécessaires (il peut être question du Facteur Cheval, de Picasso, des buffets de gare, de la mondialisation, de souvenirs personnels – mais c’est toujours, en définitive, pour parler de la musique, de ses mystères et des désirs qu’elle suscite).

Et il y en a pour tous les goûts ; goûts musicaux, oui, mais aussi goûts littéraires : de l’essai au récit, de la critique au poème, du monologue au témoignage, les phrases déroulent les mots comme les mélodies déroulent les notes, et l’on peut se promener dans les pages du livre comme dans les plages d’un disque. On y dénichera toujours quelques-uns des « troubles » dont il est question dans le titre. « Chaque musique, comme chaque individu, est le produit et l’agent d’une mentalité. Dans ces conditions, la rencontre, disons, d’un Français avec le blues et le jazz évoque l’union pittoresque de la carpe et du lapin. Elle repose, en particulier, sur une puissante conjuration de malentendus. Malentendus que les mots dissimulent et dénoncent. Que les mots traduisent et trahissent. Qu’ils sapent et qu’ils renforcent, parfois d’un même mouvement. ». À chacun de rêver sa musique et ses mots.

 

Jean-Pierre Longre


https://leseditionsalterego.wordpress.com

07/12/2014

Jusqu’à la mer, dernière étape

Amélie les Crayons (+ Frédéric Bobin) au Transbordeur, Lyon

Dimanche 16 décembre 2014 à 16h

Musique, chanson, Amélie-les-Crayons, Néomme, Le TransbordeurPrésentation :

« 2001. Amélie termine ses études de théâtre à Lyon et commence à écrire des petites chansons pour ses amis, des anniversaires ou occasions spéciales. "Ch'veu Blanc", "Mademoiselle Poux", "Jasmin Tea" datent de cette époque.

Ils finissent sur un petit disque fait maison qui se retrouve entre les mains d'Olivier Longre, musicien rencontré sur une péniche des bords du Rhône. À son tour, il passe le disque à un ami, Bruno Cariou qui vient de fonder le label Neômme à Lyon.

Les événements s'enchainent très vite : des concerts, un 6-titres : "Le Chant des Coquelicots" (2002), des concerts encore, des tremplins, des prix, une sélection au Printemps de Bourges, les deux prix du festival Alors Chante de Montauban, d'autres concerts puis un album entier : "Et Pourquoi les Crayons?" (2004) et une réputation qui commence à faire le tour de France et de Navarre. Le spectacle et son piano où poussent des fleurs va même jusqu'en Finlande, puis au Québec.

Près de 200 concerts et un DVD plus tard, une courte pause (fin 2006) et un nouvel album pour la rentrée 2007 : "La Porte Plume" reçoit un accueil dithyrambique, le Grand Prix Charles Cros, et sera suivi de deux nouvelles années de tournée et d'un second DVD. Fin 2009, Amélie-les-crayons s'est forgé une réputation sur scène et sur disque qu'un nombre de fans impressionnant est prêt à défendre partout où elle passe. ».

http://www.transbordeur.fr/agenda/amelie-les-crayons

http://www.amelielescrayons.com

www.telerama.fr/musiques/jusqu-a-la-mer,88773.php

26/11/2014

« Une histoire d’amour à l’aube de la grande guerre »

Correspondance, images, musique, Olivier Longre, NéômmeJeanne & Francis, Blog : http://jeanneetfrancis.tumblr.com   « Une histoire d’amour à l’aube de la grande guerre, une correspondance retrouvée un siècle après, un voyage musical par l’arrière-petit-fils d’un poilu.  Lyon. Eté 2013. En farfouillant dans les affaires de son grand père, Olivier Longre découvre une petite boite en métal qui lui semble bien antique ! A l’intérieur, tout une série de cartes postales et lettres. Certaines signées Jeanne, d’autres Francis.  Francis est l’arrière grand-père d’Olivier. En juin 1914, il est jardinier au Parc de la Tête d’Or, à Lyon, où il s’occupe du bon entretien des arbres et plantes. Il est marié avec Jeanne depuis 1907, avec qui il a un fils : Etienne, dit « Coco » qui a 2 ans.  Le 02 aout 1914, la mobilisation générale est annoncée et Francis doit rejoindre le 31ème Bataillon de Chasseurs à Pieds. Malgré la censure et la lenteur de l’acheminement du courrier, Francis et Jeanne vont s’écrire très régulièrement. » http://jeanneetfrancis.tumblr.com   https://www.facebook.com/jeanneetfrancis  http://www.neomme.com  http://www.olivierlongre.com Jeanne & Francis, Blog.

http://jeanneetfrancis.tumblr.com

« Une histoire d’amour à l’aube de la grande guerre, une correspondance retrouvée un siècle après, un voyage musical par l’arrière-petit-fils d’un poilu.

Lyon. Eté 2013. En farfouillant dans les affaires de son grand père, Olivier Longre découvre une petite boite en métal qui lui semble bien antique ! A l’intérieur, toute une série de cartes postales et lettres. Certaines signées Jeanne, d’autres Francis.

Francis est l’arrière grand-père d’Olivier. En juin 1914, il est jardinier au Parc de la Tête d’Or, où il s’occupe du bon entretien des arbres et plantes. Il est marié avec Jeanne depuis 1907, avec qui il a un fils : Etienne, dit « Coco » qui a 2 ans.

Correspondance, images, musique, Olivier Longre, NéômmeJeanne & Francis, Blog : http://jeanneetfrancis.tumblr.com   « Une histoire d’amour à l’aube de la grande guerre, une correspondance retrouvée un siècle après, un voyage musical par l’arrière-petit-fils d’un poilu.  Lyon. Eté 2013. En farfouillant dans les affaires de son grand père, Olivier Longre découvre une petite boite en métal qui lui semble bien antique ! A l’intérieur, tout une série de cartes postales et lettres. Certaines signées Jeanne, d’autres Francis.  Francis est l’arrière grand-père d’Olivier. En juin 1914, il est jardinier au Parc de la Tête d’Or, à Lyon, où il s’occupe du bon entretien des arbres et plantes. Il est marié avec Jeanne depuis 1907, avec qui il a un fils : Etienne, dit « Coco » qui a 2 ans.  Le 02 aout 1914, la mobilisation générale est annoncée et Francis doit rejoindre le 31ème Bataillon de Chasseurs à Pieds. Malgré la censure et la lenteur de l’acheminement du courrier, Francis et Jeanne vont s’écrire très régulièrement. » http://jeanneetfrancis.tumblr.com   https://www.facebook.com/jeanneetfrancis  http://www.neomme.com  http://www.olivierlongre.com Le 02 aout 1914, la mobilisation générale est annoncée et Francis doit rejoindre le 31ème Bataillon de Chasseurs à Pieds. Malgré la censure et la lenteur de l’acheminement du courrier, Francis et Jeanne vont s’écrire très régulièrement. »

 

 

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25/08/2014

Festivals estivaux

Théâtre, musique, Avignon off, Opéra Studio de Genève, Jean-Marie Curti, Jean-Pierre LongreFestival Off 2014, Avignon

Académie « Europa Musa » 2014, Samoëns

Au hasard de cheminements à travers la France, se multiplient les occasions de rencontres et découvertes artistiques, théâtrales, musicales, les possibilités de fréquenter des lieux où, avec simplicité, sans apparat, se manifestent et s’échangent les talents de toutes sortes. (Et là, on se dit que les « intermittents du spectacle » - qui en réalité ont à cœur de travailler sans intermittence – ont  bien raison de vouloir préserver un statut qui, pour spécifique qu’il soit, permet de maintenir – voire, si on le veut bien, de développer – cette « exception culturelle française » dont souvent se gargarisent les élites, mais qui risque à tout moment de n’avoir plus rien d’exceptionnel. Un statut qui permet justement ces rencontres et découvertes artistiques, théâtrales, musicales… Bref, si on veut de la « culture », il faut la mériter). Festivals estivaux… On n’en finirait pas de les énumérer, et c’est tant mieux. Contentons-nous de deux d’entre eux.

Théâtre, musique, Avignon off, Opéra Studio de Genève, Jean-Marie Curti, Jean-Pierre LongreD’abord, Avignon, le Off (non que le In ne mérite pas une belle mention, mais on ne peut tout voir…)*. Le Off, donc, « le plus grand théâtre du monde », comme l’annonce la brochure. Il y a la chaude (oui) ambiance de la ville, et il y a le choix des spectacles. Du bon, du mauvais, du solide, du douteux, de l’enfantin, de l’abscons, du traditionnel, du nouveau. Voyons donc (un infini pourcentage du nombre de propositions). Dans les petites salles intimes, le face à face d’un comédien unique avec les spectateurs tient à la fois du rapport confidentiel et du spectacle textuel. En l’espèce, il y a la douloureuse et bouleversante Lettre à ma mère de Georges Simenon, interprétée par un Robert Benoït empli de son texte et de son personnage (Compagnie Pic’Art Théâtre, Présence Pasteur). Ou encore La petite fille de Monsieur Linh, récit simple et terrible de Philippe Claudel, fidèlement restitué dans sa tonalité par Sylvie Dorliat (Compagnie La Clique, Espace Roseau). Dans un style radicalement différent, Darina Al Joundi donne un spectacle à caractère autobiographique, engagé, satirique, Ma Marseillaise, avec autant de force de conviction que de distance humoristique (Acte 2, 3 Soleils). Cela dit, les espaces ont beau être restreints, les comédiens ont aussi l’art de s’y mouvoir en troupe, recréant un monde complet, sur scène et hors scène (les décors, costumes et autres accessoires, évidents ou suggérés, n’y sont pas pour rien). C’est le cas dans Trois nuits avec Madox de Matéi Visniec, où l’attente d’un mystérieux étranger (que, contrairement à Godot, chacun dit bien connaître) agite jusqu’à la fébrilité un petit groupe pittoresque et atypique (Compagnie Théâtre Municipal « Fani Tardini », Galaţi, Roumanie ; Théâtre de l’Atelier 44). Fébrilité aussi, d’une autre sorte, avec Les règles du Savoir-Vivre dans la société moderne de Jean-Luc Lagarce : humour (noir), satire (féroce), absurde (imparable), chansons (loufoques)… Les trois comédiennes s’en donnent à cœur joie, suivies par des spectateurs conquis (Collectif Lophophore, Salle Roquille).

Théâtre, musique, Avignon off, Opéra Studio de Genève, Jean-Marie Curti, Jean-Pierre LongreLieu relativement proche (toujours le sud-est), genres relativement voisins (le spectacle est, cette fois, musical) : comme chaque été, l’Académie Europa Musa « Opéra d’été », sous la direction toujours aussi dynamique et entraînante de Jean-Marie Curti, a fait résonner les montagnes du Haut-Giffre de ses accents pluriels. Après le spectacle d’ouverture (L’histoire du soldat, musique d’Igor Stravinsky sur un texte du célèbre voisin Charles-Ferdinand Ramuz), chaque journée, chaque soirée furent une fête musicale, théâtrale et littéraire, autour de deux pôles : musiques du Nord, avec comme pièce principale le drame poétique, musical et existentiel Peer Gynt, d’Henrik Ibsen et Edvard Grieg, somptueusement interprété par l’orchestre et les solistes de l’Académie, les chœurs de Samoëns et de Sixt, ainsi que par des comédiens donnant vie au texte en investissant la salle entière. Autre pôle, la Renaissance en Italie (le Carnaval à Florence, des pièces de Palestrina, Victoria, Gesualdo, Grandi – on en passe), avec la belle idée d’accompagner certains concerts de projections de tableaux : œuvres de Rouault, toiles de la pinacothèque de Bergame... Pour restituer le foisonnement de cette deuxième quinzaine de juillet, il faudrait citer encore les « Concerts découvertes », toujours de belles surprises, les ateliers ouverts au public (arts plastiques, photos, technique vocale, cafés littéraires). Bref, une organisation hors pair pour un programme de haute tenue artistique – et ainsi, là comme ailleurs, l’attente de l’été renouvelle chaque année le plaisir. À suivre…

Jean-Pierre Longre

 *Signalons qu’un numéro spécial de la revue roumaine Infinitezimal fait un lien intéressant entre deux grands festivals européens de théâtre : celui de Sibiu et celui d’Avignon.               Voir: http://rhone.roumanie.free.fr/rhone-roumanie/index.php?op...

 

Liens utiles :

www.avignonleoff.com

www.pic-art-theatre.fr       www.theatre-espôir.fr

www.la-clique.org    espaceroseau@wanadoo.fr

http://www.acte2.fr www.les3soleils.fr

www.visniec.com     www.latelier44.org

http://www.lophophore.fr   www.theatreroquille.com

 

www.operastudiogeneve.ch

www.samoens.com

02/04/2014

Atmosphères musicales et cinématographiques

Musique, film, disques, dvd, Atmosphères, LyonUn nouvel espace culturel audio et vidéo à Lyon Croix-Rousse 

Proposés à la vente par des spécialistes: CD, DVD, disques vinyle, le tout de grande qualité et à des prix raisonnables. Accueil chaleureux!

Atmosphères, 10 rue Dumont, 69004 Lyon

Tél. 04 78 28 47 58

Ouvert du lundi au dimanche de 14h à 20h

Plus d’informations: http://www.atmospheresvideo.com/infoplan4.html

14/01/2014

« La mélancolie partagée »

Musique, image, essai, histoire, Balkans, Jordi Savall, Montserrat Figueras, AliaVox, Jean-Pierre Longre

Bal.Kan, Miel et Sang, Les Cycles de la Vie, Voix de la Mémoire. Hesperion XXI, Jordi Savall. Livre-disque, AliaVox, 2013

La péninsule balkanique, on le sait, est un puzzle dont les fragments qui au cours de l’histoire se sont formés, déformés, reformés s’emboîtent plus ou moins bien selon les époques, en fonction des options politiques, religieuses, linguistiques, culturelles. Cette diversité, qui tout récemment encore fut ferment de tragédies, est aussi un atout que l’objet esthétique intitulé Bal.kan, Miel et Sang met magistralement en valeur.

Sur une idée originale que Montserrat Figueras put présenter et développer avant sa disparition en novembre 2011, Jordi Savall a réuni des musiciens de tous les pays de la région interprétant des morceaux venant eux aussi de tous horizons (Macédoine, Hongrie, Serbie, Roumanie, Grèce, Bosnie, Turquie, Arménie, sans oublier les musiques tsiganes et sépharades). Voix et instruments traditionnels se mêlent, se succèdent, suscitant larmes et rires, rêveries et danses, une harmonie singulière et indéfinissable dont l’unité est inséparable de la diversité sonore, entre Orient et Méditerranée.

En trois CD de haute qualité, six chapitres musicaux suivent un cheminement temporel fidèle à la succession des saisons (Création : univers, rencontres et désirs. Printemps : naissance, rêves et célébrations. Été : rencontres, amour et mariage. Automne : mémoire, maturité et voyage. Hiver : spiritualité, sacrifice, exil et mort. (Ré)conciliation). Un découpage qui n’a rien de hasardeux, rien d’artificiel, puisqu’il correspond aux cycles de la vie, obéissant aux « voix de la mémoire » dont Jordi Savall, dans son introduction, développe l’idée en insistant sur les portées humaine, civilisatrice, créatrice de la musique, de cette musique qui, ici, sonne sur tous les registres : joyeux, nostalgique, tendre, rebelle, pathétique, violent, doux…

Il y a la musique et, pour l’occasion, il y a le livre (en français, anglais, castillan, catalan, allemand, italien, bulgare, grec, hongrois, roumain, serbe, turc), dont les textes de Jordi Savall, Manuel Forcano, Tatjana Marcović, Jean-Arnault Dérens, Paolo Rumiz et Sergi Grau Torras dressent un panorama historique, géographique, artistique, humain de ces Balkans aux multiples cultures, où coulent « le miel et le sang » (puisque ces deux mots traduisent la double signification du nom Bal/Kan). Le tout est complété par de belles illustrations (cartes historiques, portraits des musiciens, images anciennes), par une chronologie précise du passé mouvementé de la région, par les paroles des chants… Bref, nous avons bien affaire à un objet esthétique complet, dominé certes par la présence essentielle de la musique, mais qui parle à l’être entier, aux sens, à l’âme, à l’esprit, dans cette « mélancolie partagée » poétiquement évoquée par Paolo Rumiz. « Et vous ne pouvez rien comprendre véritablement aux Balkans si vous ne voyez pas la petite lumière qui vous appelle, cette lumière perdue au bout du monde, lumière unique restant immobile dans les trafics des bateaux, des poissons, des hommes et des mouettes. ».

Jean-Pierre Longre

www.alia-vox.com

www.jordisavall.es 

07/12/2013

La maigrelette poursuit son vol

Musique, chanson, Amélie les Crayons, NeommeMéli-mélo, le nouvel album d’Amélie les Crayons, arrive début décembre !

« Amélie-les-crayons a pris l’habitude de chouchouter son public à l’approche de Noël. Cette année, c’est tout simplement un nouvel album qui sort sans prévenir ! Un CD en édition limitée de plus d’une heure de musique ! 18 titres revisités, certains en concert, d’autres remodelés à la maison, remontés, réenregistrés, rechantés !

Retrouvez La Maigrelette, son Gros Costaud, Elizabeth, la P’tite Flamme, le Docteur, Les Filles des Forges, le Danseur de Lune, le P’tit Caillou et bien d’autres dans des versions toute nouvelles ainsi qu’un somptueux duo avec Anne Sylvestre et un autre – revisité aussi – avec Aldebert ! Un petit trésor pour les fans et un joli tour d’horizon pour ceux qui découvriraient ».

Sortie : 10 Décembre 2013 
textes & musiques : amélie-les-crayons
 
amélie-les-crayons : piano, chant
 
olivier longre : guitares, mandoline, flute, percussions, harmonica, clarinette, concertina, lyre, basse
 
antoine amigues : banjo
 
nicolas allemand : batterie
 
bruz : drums, bass, tuba
 
michel caroline : accordéon
 
christophe darlot : accordéon, piano
 
guillaume clary : flutes
 
yann-gaël poncet : violon
 
hubert harel : piano
 
illustrations : samuel ribeyron
 
photographies : aurélie raidron
 
mastering : fabien andré
 

Commandes sur:

http://shop.neomme.com/product/meli-melo

04/12/2013

La Roumanie musicale

Musique, Roumanie, Nicolas Gabaron, Clémence Cartade, Kangkang Sun, Rémi Geoffroy, Rhône Roumanie, Jean-Pierre LongreConcert de musique de chambre roumaine, Nicolas Gabaron, Clémence Cartade, Kangkang Sun, Rémi Geoffroy. Salle Eugène Brouillard, Mairie du 3e arrondissement de Lyon, 29 novembre 2013

De la musique roumaine ? À cette évocation, la pensée vagabonde volontiers du côté du folklore, des danses populaires, des Tarafs avec violon qui pleure, accordéon qui chante et cymbalum qui résonne, avec tuniques colorées, bottes altières et jupes tournoyantes – ce qui n’est jamais pour déplaire… À la rigueur, on évoque les Danses roumaines de Béla Bartók, les œuvres de Georges Enesco et le jeu pianistique de Dinu Lipatti ou de Radu Lupu. Ce que l’on sait moins, c’est que depuis la deuxième moitié du XIXe siècle (période de naissance du pays actuel) jusqu’à nos jours, s’est épanouie en Roumanie une musique « classique » dont la richesse et la beauté ne méritent pas l’ignorance dans laquelle on la confine – du moins en Europe occidentale.

Cette richesse et cette beauté, quatre jeunes musiciens lyonnais viennent d’en donner un échantillon exceptionnel, mettant au service de cette musique méconnue non seulement leur talent et leur virtuosité, mais aussi leur extrême sensibilité.

Pour son vingtième anniversaire, l’association Rhône Roumanie avait demandé à Nicolas Gabaron, flûtiste, Clémence Cartade, flûtiste, Kangkang Sun, altiste et Rémi Geoffroy, pianiste de donner un répertoire de musique de chambre, ce qui nécessita de leur part un travail méticuleux de recherche (œuvres et partitions), puis, bien sûr, de répétitions, pour aboutir à ce genre de moment où l’élaboration musicale n’enraye pas – bien au contraire – l’émotion sincère, où les mouvements du cœur sont inséparables du plaisir esthétique, que ce soit, pour l’occasion et successivement, avec Stan Golestan, Georges Enesco, Sigismund Toduţă, Ciprian Porumbescu ou Franz Doppler.

Le public en redemandait, en redemande toujours… Souhaitons donc que ce concert, qui mérite d’être donné à d’autres occasions, soit le point de départ d’une connaissance élargie et approfondie d’une musique qui, tout en s’insérant dans le patrimoine européen, conserve souvent, ouvertement ou en filigrane, les traces de ses origines et de son histoire, et qui en cela garde une véritable originalité.

Jean-Pierre Longre

http://rhone.roumanie.free.fr 

10/11/2013

La Roumanie à Lyon

histoire,cinéma,littérature,art populaire,musique,roumanieDu 21 au 29 novembre 2013, l’association Rhône Roumanie fête ses vingt ans. Manifestations culturelles à volonté, à Lyon et Villeurbanne :


 

Conférence : Repères d’histoire sur les rives roumaines du Danube, par André Paléologue.

Cinéma : Au diable Staline, vive les mariés !, de Horatiu Malaele. Séance suivie d’une discussion.

Ateliers d’arts populaires (œufs peints, peinture sur bois et sur verre…).

Rencontre littéraire avec Matéi Visniec, dramaturge, romancier, poète.

Concert de musique de chambre roumaine (flûtes, piano, alto).

Cocktail

Programme complet et précisions ici

http://rhone.roumanie.free.fr

19/08/2013

Musiques aux sommets

Europa Musa, Académie d’Opéra d’été, Opéra-Studio de Genève, Samoëns 2013. Musiques en Écrins, Festival d’été 2013

Musique, Europa Musa, Opéra Studio de Genève, Jean-Marie Curti, Musiques en Ecrins, Samoëns, Vallouise, Jean-Pierre LongreDepuis quelques années, les montagnes du Giffre, au mois de Juillet, résonnent de musiques de différents styles et de haute qualité, offertes (gratuitement, précisons-le) par Europa Musa, Académie d’été organisée par l’Opéra-Studio de Genève, sous la houlette de Jean-Marie Curti, toujours sur la brèche, à la fois directeur artistique, chef  d’orchestre et de chœur, présentateur loquace, organisateur hors pair…

En deux semaines, pas moins de vingt-six concerts, spectacles ou récitals donnés par des artistes confirmés venus d’un peu partout. Le public de la vallée n’avait que l’embarras d’un choix dont, en cet été 2013, Mozart était la note dominante. Entre un spectacle d’ouverture présentant le Concerto pour piano n° 9 « Jeunehomme » ainsi qu’une savoureuse comédie, Le directeur de théâtre, et Cosi fan tutte, non moins savoureux opéra monté en 10 jours et parfaitement représenté (malgré le remplacement au pied levé de l’une des chanteuses, malade), les concerts se sont succédé à un rythme époustouflant : Requiem (toujours Mozart), chants de la Renaissance (programme profane, et « Psaumes en vers mesurés » aussi austères qu’élaborés), auditions diverses, ateliers, « concerts découverte » ménageant des programmes inattendus, conférence brillante et savante d’Olivier Bettens sur la Pléiade et Théodore de Bèze, le tout ponctué de « récitals poétiques dans un arbre »…

Musique, Europa Musa, Opéra Studio de Genève, Jean-Marie Curti, Musiques en Ecrins, Samoëns, Vallouise, Jean-Pierre LongreLa multiplicité des activités et des représentations, la sympathie des rencontres, le sérieux du travail artistique, le résultat esthétiquement parfait aux oreilles et aux yeux du public, tout cela profite évidemment d’un environnement naturel grandiose (montagnes et forêts) et de lieux architecturaux propices (églises, chapelles, salles de spectacle), ainsi que de l’aide efficace des collectivités locales et de donateurs privés. Belle surprise pour les non initiés, rendez-vous attendu par les habitués, souhaitons qu’Europa Musica se renouvelle encore pendant de nombreuses années.

*

Musique, Europa Musa, Opéra Studio de Genève, Jean-Marie Curti, Musiques en Ecrins, Samoëns, Vallouise, Jean-Pierre LongreEn été, les festivals de toutes sortes fleurissent aux quatre coins de l’Hexagone… Restons dans les montagnes, et descendons de la Haute-Savoie vers le massif de l’Oisans, pour signaler une autre quinzaine musicale de haute qualité, Musiques en Écrins, qui a lieu du 1er au 16 août. Cette année (à l’occasion du vingtième anniversaire du festival), les églises et chapelles de la Vallouise ont accueilli les artistes fondateurs (Christophe Beau et Laurent Boukobza), quelques autres « anciens », ainsi que des nouveaux venus, comme la pianiste Edna Stern et le trio Fenix.

Duos, trios, quatuors, sextuors, musiques baroque, classique, romantique, mais aussi jazz manouche, randonnée musicale au rythme de musiques brésiliennes… Comme le dit le Président Jean-François Moreau, « cette musique s’inscrit dans l’espace du Pays des Écrins avec ses villages, ses forêts et alpages et son environnement de torrents et de hauts sommets ». Là encore, espérons que les montagnes résonnent encore longtemps de la virtuosité de musiciens venus de tous horizons faire partager leur enthousiasme et leur sensibilité.

Jean-Pierre Longre

www.operastudiogeneve.ch

http://www.samoens.com

www.musiques-en-ecrins.com

26/06/2013

« Tissages sonores »

Musique, CD, Olivier Longre, Fabien André, Neômme, Jean-Pierre LongreOlivier Longre, Antique Melodies, Neomme, juin 2013

 « Compositeur, multi-instrumentiste et arrangeur (Grand Prix Charles Cros pour l'album La Porte Plume d'Amélie-les-crayons, ffff Télérama), Olivier Longre étonne à chaque fois par la diversité et la coloration de ses compositions. Multi instrumentiste, il compose pour l'image, le théâtre, le documentaire ou la fiction et est également producteur de ses œuvres qu'il enregistre et mixe dans son studio. En 2012 il réalise Jusqu'à la Mer, le dernier album d'Amélie-Les-Crayons (ffff Télérama) qu'il accompagne sur scène depuis 2007) ».

Antique Melodies propose dix morceaux aux sonorités rares et variées, sur des instruments tels que guitares, clarinette, glockenspiel, sanza, lyre, harmonica, piano, contrebasse, vibraphone, flûte à coulisse, tambour et percussions diverses…

Antique Melodies
CD Digipak 2 volets

Composé, enregistré et mixé par Olivier Longre, masterisé par Fabien André
Livret 8 pages
Photographies et notes de l'auteur
+ carte dédicacée !

Pour écouter des extraits et commander l’album Antique Melodies :

http://www.neomme.com/shop.htm                          

Le site du compositeur :

http://olivierlongre.com

Et toujours : http://www.amelielescrayons.com

03/05/2013

Dans l’intimité du Cantor

Roman, journal, musique, francophone, Jean-Sébastien Bach, Jean Miniac, Fondencre, Jean-Pierre LongreJean Miniac, Et ta main fermera mes yeux… Bach, journal intime, Fondencre, 2013

Le rayonnement de Jean-Sébastien Bach est tel que, souvent, on voudrait percer les secrets de son génie. Vœu irréalisable, bien sûr. Nous sommes voués à écouter (ou à jouer) sa musique, à nous laisser prendre par elle, tout en ayant conscience que jamais nous ne pourrons en mesurer la profondeur.

Percer les secrets du génie, non. L’imaginer dans ses réflexions, ses méditations, ses souvenirs, oui. Pour cela, il fallait un poète qui soit aussi un musicien (ou l’inverse). Jean Miniac, organiste et auteur de plusieurs recueils poétiques, réussit à plonger le lecteur dans l’intimité du Cantor – sans prétendre ni à l’exhaustivité ni à la vérité absolue, bien heureusement.

Et ta main fermera mes yeux… est donc le « journal intime » que Bach aurait pu écrire durant les derniers mois de sa vie. Il aurait pu tenter d’expliquer, par exemple, « pourquoi [il est] devenu musicien », se rappelant un air de son enfance qui le poursuit toujours et avouant sa « manie de la résolution » qui lui fait détester l’inachèvement. Il aurait pu écrire des pages sur le jeu de l’organiste, sur le contrepoint et les voix « mises en dialogue », sur l’univers clos du choral, sur la composition de la fugue, sur les fondements sacrés de sa musique… Il aurait pu évoquer avec pudeur et émotion la mort de Maria Barbara, sa première femme, ou la rencontre de la seconde, Anna Magdalena (en n’hésitant pas, pour l’occasion, à se décrire lui-même sur le mode burlesque).

Jean Miniac tient en quelque sorte la plume du compositeur, en connaisseur et en écrivain. La poésie et la musique fondent ces pages, comme elles fondent l’existence de Jean-Sébastien Bach. Qu’on en juge tout simplement par ces quelques lignes : « J’aime l’eau lustrale qui baigne les accords épanchés du fond du cœur. J’aime leur intense vibration parcourant les cordes qui relient le cœur à la structure même du clavier – et presque nonchalamment – déjà entaché de cette même vibration (les pleurs aussi la ravivent) ; j’aime tout ce qui nous fait bruire, sentir, résonner, palpiter, ondoyer, j’aime les pleurs de l’eau (ou ses murmures), la caresse du vent (ou sa colère), la fureur de l’océan (ou son apaisement) – tous ces excellents maîtres qu’enfant déjà j’aimais appeler : « Mes instituteurs sauvages ». Je leur dois la vie, comme à Dieu même ; tout le reste n’est que broutilles et poussière, acharnement de niais, conquête du vide ».

Jean-Pierre Longre

www.fondencre.fr

09/04/2013

Silence et da capo

Roman, musique, francophone, Gaëlle Josse, Autrement., Jean-Pierre LongreGaëlle Josse, Nos vies désaccordées, Autrement / Littérature, 2012, J'ai Lu, 2013

« Sophie était donc chez les dingues, dans un lieu dont j’ignorais jusqu’à l’existence, et c’était là-bas que je devais aller la chercher ». François Vallier, pianiste de renom, a connu Sophie, l’amour de sa vie, chez Zev, vieux luthier autrefois échappé du ghetto d’Odessa. Elle est peintre, belle, solitaire, fragile, passionnée; lui est embarqué un peu sans le vouloir, mais sans déplaisir, dans le tourbillon des tournées internationales et des applaudissements. Lucide sur lui-même et sur les autres, mais pas suffisamment pour se rendre compte du mal qu’il fait à Sophie en l’abandonnant à un moment tragique pour honorer un engagement au Japon. Il ne retrouvera sa trace que bien plus tard, peut-être trop tard.

Délaissant les succès clinquants et la belle Cristina et ses bijoux, au grand dam de son agent, il quitte tout pour reprendre un contact difficile et aléatoire avec Sophie, son mutisme, son enfermement obstiné, et pour découvrir qu’elle est doublement victime, de lui, François, mais aussi d’une famille sans scrupules.

roman,musique,francophone,gaëlle josse,autrement.,jean-pierre longreCela, c’est l’histoire, une suite d’événements qui composent un beau roman d’amour et de peine, sensible et prenant. Seulement un de plus, s’il n’y avait l’écriture, la tonalité – ou plutôt les tonalités, épousant les contours de la narration, comme dans une symphonie. Ce peut être allègre (avec des touches de savoureuse satire sociale), mélancolique, grave, c’est toujours en harmonie avec le contexte… Et chaque chapitre se termine par un élargissement évocateur d’autres récits, mythiques ou historiques : Orphée cherchant Eurydice aux Enfers, Clara Schuman perpétuant la musique de son mari qui a perdu la raison…

Les références rattachent Nos vies désaccordées aux drames qui parsèment l’histoire et la légende de l’humanité, liant intimement l’amour et la musique. Celle-ci est, bien sûr, le fil conducteur du roman, qui n’oublie pas non plus la peinture et, disons, l’art en général. Création esthétique et délicatesse des sentiments se combinent en subtiles résonances, comme dans le premier roman de Gaëlle Josse, Les heures silencieuses.

Jean-Pierre Longre

www.autrement.com   

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07/02/2013

Honneur aux méconnus

Essai, Musique, jazz, francophone, Alain Gerber, Michel Arcens, Jean-Pierre Moussaron, Alter ego éditions, Jean-Pierre LongreAlain Gerber, Petit Dictionnaire Incomplet des Incompris, Alter Ego Éditions, 2012

« Ils ont fait l’Histoire, mais l’Histoire ne leur a pas fait de cadeaux. Car l’Histoire est ingrate, quelquefois : des hommes l’écrivent, mais elle rechigne pourtant à inscrire leurs noms sur ses monuments. Le musicien sous-estimé n’est pas une denrée rare dans le jazz. Il est encore plus répandu que le musicien surestimé, ce qui n’est pas peu dire ». Alain Gerber y remédie à sa manière, en mettant son érudition jazzistique au service des « méconnus », des « invisibles », des « transparents », des anonymes, de ceux qui ne sont qu’une « silhouette furtive » empruntant des « chemins de traverse », de ceux qui se mettent « à contre-courant », des solitaires, des malchanceux… Bref, de Dolorez Alexandria Nelson, dite Lorez Alexandria, à Attila Zoler, l’auteur passe en revue les « incompris » ou (ce qui est encore autre chose) les « non compris ».

« Incomplet », ce dictionnaire ? Peut-être, puisqu’il le dit – impossible d’en juger. En tout cas, fort documenté : en matière d’histoire du jazz, on ne fait pas plus précis, pas plus affectueux, non plus, pour ces figures que la plupart du temps on n’aperçoit que de profil – si jamais on les aperçoit. Il y a aussi ceux dont la malédiction n’est pas celle de l’anonymat, mais celle de la réputation : « déclarés sulfureux », alcooliques, violents, la plume d’Alain Gerber les tire de l’enfer ou de l’oubli – même si, selon lui, « il n’est pas impossible qu’au bout du compte, ce déficit de notoriété ne soit pas préférable à la gloire trop brutale à laquelle d’autres furent confrontés ». Il y a ceux, aussi, qui ratent jusqu’à leur échec, comme « Jelly Roll » Morton, ou dont « l’apport inestimable reste trop largement méconnu », bien que leur prestige soit « universel », comme Martial Solal.

Un dictionnaire, certes, dans l’ordre alphabétique, avec un index des musiciens et des instruments, mais un dictionnaire qui ne se contente pas de la savante sécheresse des ouvrages spécialisés. Cette recension, pour méthodique qu’elle soit, baigne dans la prose poétique d’Alain Gerber. Qu’on lise, par exemple, les débuts de l’article sur Robert Leo « Bobby » Hackett, évoquant les « hommes du bord de mer, nés dans des villes lointaines… », ou du texte sur Eli Thompson, dit « Lucky », ne s’en laissant pas conter par « les mots errants, [qui] traînent à travers le monde, et parfois se collent à nous ». Sans oublier ce sens de la formule synthétique et de l’image savoureuse dont ou voudrait donner de multiples échantillons, du genre « Il y a des musiciens d’escabeau, des musiciens trônant sur des taupinières, mais que l’on a portés aux nues, non sans parfois de grandes contorsions » ; ou encore « Un géant peut en cacher un autre » ; ou encore… Ce « petit » dictionnaire est un grand ouvrage, qui a le mérite non seulement de réhabiliter les « incompris », mais encore de se lire comme un recueil de nouvelles que l’on peut parcourir à grandes enjambées ou déguster à petites doses, selon l’humeur.

Jean-Pierre Longre

 

Essai, Musique, jazz, francophone, Alain Gerber, Michel Arcens, Jean-Pierre Moussaron, Alter ego éditions, Jean-Pierre Longre
Dans la collection « Jazz Impression » des éditions Alter Ego, n’oublions pas deux ouvrages récemment parus :

 

 - Les Blessures du Désir, Pulsions et Puissances en Jazz, de Jean-Pierre Moussaron (tout récemment décédé, en octobre 2012), série de « portraits » et « esquisses » d’autant plus émouvants qu’ils sont très personnels.

 

 essai,musique,jazz,francophone,alain gerber,michel arcens,jean-pierre moussaron,alter ego éditions,jean-pierre longre- John Coltrane, La musique sans raison, de Michel Arcens, « Esquisses d’une philosophie imaginaire » et « Essai pour une phénoménologie du jazz », ouvrage qui dépasse Coltrane, sans le contourner, pour construire une véritable esthétique musicale.

 

 

 

 

Alter Ego Editions

3, rue Elie Danflous

66400 Céret

http://leseditionsalterego.wordpress.com

alteregoeditions@yahoo.fr

 

http://michelarcens.unblog.fr

05/02/2013

Amélie à Paris

 musique,poésie,amélie-les-crayons,olivier longre,nicolas allemand,antoine amigues,neomme,le radiant-bellevueAmélie-Les-Crayons, Jusqu’à la mer, nouvel album, nouveau spectacle.

La Cigale, Paris, 7 février 2013

 

L’album

 

« 13 chansons et un nouveau grand voyage à travers l'imagination d'Amélie-les-crayons ! Comme pour "La Porte Plume", c'est Olivier Longre qui réalise les arrangements avec Amélie et l'intervention de quelques collègues dont Antoine Amigues (banjo), Bruz (basse, batterie), Yann-Gaël Poncet (violon), Loic Joucla (uileann pipes). On notera aussi la présence d'instruments non homologués tels que le cymbalum, la basse japonaise, le moineau frétillant et un choeur de femmes échevelées tout-à-fait incongru. L'ensemble est proposé dans un joyeux emballage particulièrement seyant et plein de surprises... »

Musique, poésie, Amélie-les-crayons, Olivier Longre, Nicolas Allemand, Antoine Amigues, Neomme, Le Radiant-BellevueLa critique de Télérama du 31/10/2012

(http://www.telerama.fr/musiques/jusqu-a-la-mer,88773.php):

« Tellement classique qu'elle en devient osée. Classique, ou plutôt hors d'âge. Antimode, antibuzz, exquise et aiguisée. Dix ans après un premier disque, Amélie-les-Crayons est l'une des dernières à assumer une chanson à la fois simple et poétique. Quoique... L'honnêteté nous pousserait à avouer le contraire : des disques de cette famille-ci, on en reçoit quelques brassées par semaine. Sauf que la plupart nous donnent envie de pleurer, ou de rire. Ce type d'expression ne supporte pas la médiocrité ; par la place singulière qu'elles accordent aux textes et à la voix, ces chansons-là ne peuvent faire illusion, se planquer derrière une production en trompe l'oeil.

Musique, poésie, Amélie-les-crayons, Olivier Longre, Nicolas Allemand, Antoine Amigues, Neomme, Le Radiant-BellevueOr les siennes, qui se donnent sans filet, sont infiniment touchantes. Dépouillées, mais pas à la manière d'un Boogaerts, chez qui le minimalisme est une esthétique sophistiquée. Elles se rapprocheraient plutôt de celles d'une Anne Sylvestre, d'une Michèle Bernard ou d'une Jeanne Cherhal (époque L'Eau). Le chant y est solaire et les mots y coulent comme un flux poétique et naturel, qui ne cherche pas à épater, mais à cerner la vérité. A l'écouter, on songe à la tradition des trouvères. Aux airs populaires d'antan, qui rythmaient la vie des gens et les travaux des champs. Aux ritournelles traditionnelles de sa Bretagne d'adoption — les paysages venteux, les côtes découpées et l'appel de la mer sont omniprésents. Chansons sur le fil, à l'équilibre gracile. Et merveilleusement gracieux. »

 

Musique, poésie, Amélie-les-crayons, Olivier Longre, Nicolas Allemand, Antoine Amigues, Neomme, Le Radiant-BellevueLe spectacle

« Amélie-les-crayons a toujours été appréciée pour sa poésie légère, son humour irrésistible et la qualité de ses spectacles. 2 albums, 2 dvd et des centaines de concerts plus tard, la voici qui revient avec des histoires de voyage. Dans les bois, sur la mer ou à flanc de montagne, les chansons du nouveau spectacle Jusqu’à la Mer sont autant de petits galets à suivre sur cette route cousue par une artiste nomade, insaisissable, imprévisible. Avec elle sur scène, son comparse de toujours : Olivier Longre, multi-instrumentiste excentrique et attachant affublé d’objets sonores aussi étranges que variés, un binôme qui pourrait être son double : Nicolas Allemand, lui aussi multi-instrumentiste, percussionniste et danseur de claquettes, et son pianiste : Antoine Amigues. À quatre sur scène donc, rassemblés autour d’un piano dissimulant, comme à chaque spectacle d’Amélie-les-crayons, d’innombrables secrets qui apparaitront tout au long du voyage. »

 

La Cigale, 120, Boulevard de Rochechouart - 75018 Paris.

01 55 79 10 10

7 février 2013

 

Toutes les dates sur http://www.amelielescrayons.com/show.htm

http://www.amelielescrayons.com/alc_mer.htm

http://www.lacigale.fr

04/10/2011

Perspectives intimes

Roman, musique, peinture, francophone, Gaëlle Josse, Editions Autrement, Jean-Pierre LongreGaëlle Josse, Les heures silencieuses, Autrement / Littératures, 2011. J'ai lu, 2012

La contemplation d’un tableau requiert par nature le mutisme, et si mots il y a, ils ne peuvent naître que de l’œuvre même. Dans Les heures silencieuses, Gaëlle Josse fait surgir du silence les secrets de l’image, en donnant la parole au personnage que l’on y distingue sans pouvoir en rien le reconnaître.

D’abord l’œuvre picturale, reproduite sur la couverture du livre : un tableau d’Emmanuel De Witte, tout en profondeur, où « l’ombre qui tombe à terre en dévorant les couleurs et en assourdissant les formes » est parsemée des taches de « la lumière du soleil montant ». Dans l’enfilade des pièces de cet intérieur hollandais, la première est occupée par une femme vue de dos, jouant de l’épinette. C’est elle, Magdalena, épouse de Pieter Van Beyeren, qui tient ici son journal, par le truchement de la plume subtile et retenue de Gaëlle Josse.

À Delft, au XVIIe siècle, dans le milieu des riches négociants et des navigateurs audacieux, une épouse et mère, même si elle a la fibre commerçante, doit avant tout tenir sa maison avec la discrétion et l’efficacité requises. Alors Magdalena, qui ne doit rien laisser paraître, apaise les souvenirs cuisants, les accidents de la vie, les aspirations déçues, les tristesses durables, les souffrances passagères en suivant par l’écriture les méandres de son intimité. Il y a aussi de fugitifs moments de joie, des bonheurs artistiques (on croise avec plaisir, à l’occasion, Vermeer ou Sweelinck), et l’amour porté à ses enfants, qui n’occulte pas la perte de ceux qu’elle a perdus.

roman,musique,peinture,francophone,gaëlle josse,editions autrement,jean-pierre longreLe dévoilement esquissé des secrets de l’âme et du corps, à l’image de ce que laisse deviner le tableau de De Witte, s’accompagne de détails précis sur la vie quotidienne, les relations familiales et amicales, locales et internationales, la solidarité même : « Nos provinces offrent l’asile à ceux qui ne peuvent vivre en paix dans leur pays. Juifs, catholiques ou réformés demeurent ici en bonne intelligence, et chacun apporte sa pierre à l’édifice commun ». Avec cela, sagesse et lucidité soutiennent la réflexion : « Chaque jour qui passe me rappelle, si besoin était, que la conduite d’une vie n’est en rien semblable à celle d’un stock d’épices ou de porcelaine. Ce que nous tentons de bâtir autour de nous ressemble aux digues que les hommes construisent pour empêcher la mer de nous submerger. Ce sont des édifices fragiles dont se jouent les éléments. Elles restent toujours à consolider ou à refaire. Le cœur des hommes est d’une moindre résistance, je le crains ».

Le silence est bien la condition de la mise au jour de la vie, un silence ponctué par la musique : « C’est une grâce de se laisser toucher par elle. Je crois volontiers qu’elle adoucit nos cœurs et nos humeurs ». Ainsi ce roman, mélancolique journal intime, est-il non seulement un témoignage biographique et historique, la mise en perspective d’une quête morale et sentimentale, mais aussi une somme esthétique : la peinture, l’écriture, la musique s’unissent pour dresser, dans une atmosphère tout en nuances, le portrait d’une femme qui, au-delà de circonstances particulières, (se) pose les questions les plus humaines qui soient.

Jean-Pierre Longre

www.autrement.com

www.jailu.com

http://gaellejosse.kazeo.com

28/06/2011

Cinq musiciens et leurs secrets

Récits, musique, Allemagne, E. W. Heine, Élisabeth Willenz, Les Éditions du Sonneur, Jean-Pierre LongreE. W. Heine, Qui a assassiné Mozart ? et autres énigmes musicales, traduit de l’allemand par Élisabeth Willenz, Les Éditions du Sonneur, 2011

Voilà quelques histoires étranges qui ont au moins deux caractéristiques communes : elles s’appuient sur des faits véridiques, et elles ont trait à la musique. Cinq grands noms des siècles passés, cinq enquêtes sur des énigmes qui ont marqué la vie et/ou la mort (la mort surtout…) de personnages illustres.

On commence (à tout seigneur tout honneur, et dans le respect de la chronologie) par le « meurtre » mystérieux de Mozart, intimement lié à la composition du Requiem. N’en disons pas plus là-dessus, pour ne rien déflorer. Joseph Haydn, lui, mourut à un âge beaucoup plus avancé, sans mystère apparent ; mais ce sont les tribulations tragi-comiques de sa tête qui nous sont révélées. Quant à Paganini, « l’un des hommes les plus extraordinaires ayant jamais vécu », avait-il fait de la prison pour avoir assassiné sa maîtresse ? L’homme, sur ce point comme sur d’autres, reste obstinément silencieux. Traînant derrière lui une solide réputation d’avarice, le virtuose, un jour, fit pourtant don à Berlioz de vingt-mille francs : quelle en fut la véritable raison ? Le dernier récit relate le destin tragique de Tchaïkovski, mort d’avoir été obligé de garder en lui le secret de ses inclinations.

Certes, le côté énigmatique de ces histoires en fait la saveur ; mais aussi la manière dont elles sont menées, en vraies nouvelles policières, dans lesquelles l’enquête méthodique aboutit à des conclusions d’une logique imparable. En outre, on en apprend encore sur la biographie, les mœurs, le tempérament, l’entourage, les conditions de travail et d’existence de cinq artistes qui ont profondément marqué la vie culturelle européenne, et qui malgré leur notoriété ont conservé par devers eux les secrets les plus intimes de leur art.

Jean-Pierre Longre

www.editionsdusonneur.com  

 

05/06/2011

Les parenthèses de l’existence

Alain Gerber, Longueur du temps, Alter ego éditions, 2011 roman, autobiographie, poésie, musique, francophone, Alain Gerber, Alter ego éditions, Jean-Pierre Longre

Alain Gerber et la musique, c’est tout un roman ; une somme de romans. Et malgré les apparences, Longueur du temps ne déroge pas : comme dans les livres précédents, il y a la matière biographique, la narration menée sur fond d’images fortes, l’invention verbale, les thématiques musicales (avec les silhouettes de fameux jazzmen passant à l’arrière-plan, parfois même jusque sur le devant de la scène), l’évocation de pays lointains et de rues toutes proches, Bavilliers et Ouagadougou, Paris et Montréal, Belfort et Corfou, le beau pays d’« Enfrance » et le légendaire Mexique – odyssées dans l’espace et dans le temps.

À part cela, il faut bien distinguer : la matière biographique est tout ce qu’il y a de personnel, même si, mettant à contribution le couple et l’univers environnant, elle ne doit rien à l’égotisme ; et la narration est versifiée – comme Chêne et chien, « roman en vers » dans lequel Raymond Queneau se raconte sans fards. La comparaison n’est pas hasardeuse : chez l’un comme chez l’autre les vers sont la composante nécessaire de la forme romanesque ; ils lui donnent sa ponctuation, son rythme, ses mesures, ses syncopes… Syntagmes sonores, phrases coupées, listes, inventaires, mots martelés, l’écriture au plus fondamental de sa composition est musicale, à la recherche de

« la formule cinglante / le sésame /qui lève l’écrou et brise les scellés / du Temps »,                                                                                                                                            

le temps, incessant leitmotiv, qui donne leur « tempo » aux souvenirs.

Si la musique est partout, n’oublions pas que tout passe par la littérature. Ce sont les mots, combinés entre eux, qui tentent de lever les voiles de la mémoire, « ce lac sourd plein de rumeurs », et de « l’imaginaire incarné ». Et, comme celles des jazzmen, on voit passer tout près les silhouettes des romans de jadis, La couleur orange, Le plaisir des sens, Le faubourg des coups-de-trique, Une sorte de bleu…

Plutôt que de gloser, le commentateur ne rêve que de céder la place au soliste, pour quelques chorus bien sentis :

« Il est faux que l’on naisse mortel / on le devient seulement après quelques années ».

« Il y aura dès lors / un temps pour écrire / un temps pour voir le monde / comme si c’était un roman / qu’on lit en se déchiffrant soi-même ».

« Sur son propre compte / l’existence nous en dit plus dans ses parenthèses / et notes anodines au bas de la page / que dans les périodes les tropes / sourates sorites et tapageurs épichérèmes /qu’elle nous jette au visage ».

« Le but ultime des voyages est / qu’en passant / la vie va vous frôler / au lieu de vous passer à travers ».

Le reste à l’avenant, au rythme des mots, de la lecture et de la vie.

Jean-Pierre Longre

14/04/2011

Sur les traces d’Emmet Ray

Roman, musique, francophone, Emmet Ray, Alain Gerber, Editions Fayard, Jean-Pierre LongreAlain Gerber, Je te verrai dans mes rêves, Fayard, 2011

 

On se souvient du film de Woody Allen Accords et désaccords, dans lequel Sean Penn incarne un jazzman hors du commun, le génial guitariste Emmet Ray, que personne ne peut se targuer d’avoir vu, entendu, rencontré, puisque la réalité ne daigne pas le faire apparaître sous ses propres traits.

Pourtant, Alain Gerber nous raconte comment il s’est acharné à le chercher jusqu’à ce qu’il en retrouve la trace. Après une entrevue vénitienne avec Woody Allen lui-même, il mène l’enquête, au risque de se fourvoyer, à partir d’une mystérieuse cassette et du témoignage d’un étrange personnage, Jean-Charles Gracieux, digne (comme le pavillon où il habite) des meilleurs contes fantastiques. C’est ainsi que l’on parvient à côtoyer cet Emmet Ray, « né Amintore Repeto », à la fois fasciné et effrayé par Django Reinhardt dont il est présenté comme le rival, bien qu’il se soit produit dans des lieux suffisamment discrets pour que le souvenir de sa virtuosité se soit effacé des mémoires les plus fiables… C’est ainsi que l’on voyage avec Alain Gerber entre la France et l’Amérique, entre le passé et le présent, jusqu’à la modeste bourgade de Bottleneck (ce nom désigne, faut-il le préciser, le tube métallique qui permet de jouer en « slide » sur les cordes de la guitare), où nous passons un long moment avec Lorette roman,musique,francophone,emmet ray,alain gerber,editions fayard,jean-pierre longreracontant son déconcertant compagnon, ses heures flamboyantes et son entrée dans l’ombre, son glissando de fin… C’est ainsi que l’on assiste, aux côtés d’Emmet, à des scènes d’anthologie, telle cette rencontre, au comptoir d’un établissement new-yorkais, entre  Marcel Cerdan, Django Reinhardt et Igor Stravinski – excusez du peu !

« Longtemps, l’histoire du jazz s’est appuyée sur la tradition orale, ce qui n’a pas toujours permis de distinguer les événements des rumeurs, la réalité et le mythe ». Tandis que certains auteurs ne peuvent écrire qu’en vampirisant l’intimité de personnes réelles, au risque de la mort, Alain Gerber, qui a, lui, redonné l’épaisseur de l’existence à des musiciens devenus légendes (Charlie Parker, Chet Baker, Billie Holiday, Louis Armstrong, Paul Desmond, Frank Sinatra, Miles Davis, Django Reinhardt…), insuffle ici la vie à des êtres de papier ou de pellicule. Je te verrai dans mes rêves est le récit d’une rencontre pleine de vérité : celle d’un écrivain épris de jazz et d’un être essentiellement musical grâce auquel est tenue la promesse du titre.

Jean-Pierre Longre

www.fayard.fr   

En bonus, quelques rappels: Le jazz littéraire d'Alain Gerber.pdf