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07/10/2026

À lire et à écouter

Nouvelle, francophone, musique, Paul Fournel, L’Arbre vengeur, Jean-Pierre LongrePaul Fournel, S’accorder, L’Arbre vengeur, 2026

Paul Fournel connaît bien la musique, et il nous en donne des nouvelles. La musique ? Les musiques, plutôt, rock, jazz, classique, chanson populaire… et les musiciens de toutes sortes, amateurs ou professionnels, apprentis ou confirmés. C’est l’un des charmes de ce recueil que de nous balader entre les notes et les mots, entre les cordes et les cuivres, entre les solistes et les orchestres. L’écriture elle-même est musique, et la lecture se fait en rythme, au rythme des phrases, comme dans ce « Troisième concerto brandebourgeois » qui, en clôture du recueil, nous fait suivre une jeune fille marchant d’un pas « rythmé par la musique » écoutée par l’écrivain pour aller retrouver son amoureux.

Le rythme est partout, allant au train d’histoires aussi diverses que plaisantes, émouvantes qu’humoristiques, dans lesquelles Paul Fournel manifeste son sens de la formule imagée pour évoquer, par exemple, certains instruments : « La clarinette est libre, rien d’autre que la main, pas de suspension, pas de bretelle, pas de bandoulière. Tout dans la pogne, comme le stylo de l’écrivain, comme le pinceau du peintre. » Et encore : « Le trombone c’est le violon des cuivres, le musicien fabrique sa note à la coulisse, fabrique son juste et son faux. » Et au train de personnages pittoresques et originaux, comme cet émule involontaire de Raymond Queneau qui invente un instrument infini, le PACF (« Production Automatique de Chansons Françaises »), ce trompettiste qui apparaît sans crier gare et disparaît à sa guise, cette Claudine Ferrachat (une « grosse rêveuse », celle-là !) qui s’imagine pouvoir, comme cela se faisait autrefois, chanter dans les cours, alors que celles-ci sont protégées par des grilles à digicode depuis belle lurette, ce brave travailleur qui n’en peut plus de subir la musique tapageuse des voisins, ou ce rappeur qui compose sans le vouloir « une chanson con » « avec des paroles imbéciles et une musique facile » devenue un tube universel qui le fait passer maintes fois à la télé et le pousse à se présenter aux élections présidentielles…

On avance dans S’accorder comme dans un oratorio (profane, certes) composé d’airs, de récitatifs, de chœurs, voire de ballets, dans une belle variété d'instrumentations, de sonorités et de tonalités. On avance et on revient, on écoute et réécoute sans se lasser, décelant au fil de la partition ce qu’il y a de poésie, de malice, de satire, de beauté, de sourire, et surtout d’amour pour la musique et ceux qui la font.

Jean-Pierre Longre

www.arbre-vengeur.fr

http://jplongre.hautetfort.com/tag/paul+fournel

06/08/2016

Prémonitions

Nouvelles, anglophone, Rhoda Broughton, Patrick Reumaux, Frédéric Bézian, Henri Beugras, L’arbre vengeur, Jean-Pierre LongreRhoda Broughton, Rêves cruels, traduit de l’anglais par Patrick Reumaux, illustrations de Frédéric Bézian, L’arbre vengeur, 2014  

Les rêves peuvent-ils être prémonitoires ? Les trois nouvelles tragiques qui composent ce livre tendent à nous en persuader. En tout cas si nous les considérons comme des relations fidèles de la réalité – ce que les descriptions, les portraits, la couleur locale, l’atmosphère, les péripéties, l’écriture contribuent à nous laisser croire.

Trois nouvelles, donc, qui mettent en scène (expression particulièrement appropriée à la première) des personnages de la société anglaise aisée (affichant avec naturel leur savoir-vivre et leur mépris pour les petites gens) au tournant des XIXe et XXe siècles. C’est le premier point commun. Le second – la thématique principale –, ce sont les rêves annonçant d’horribles meurtres. Une mère de famille décide, malgré les remontrances de ses filles et les rigueurs de l’hiver, de partir voir une quasi-inconnue pour l’avertir du cauchemar qu’elle a fait à son sujet. Le second rêve, celui d’une jeune femme en visite chez une amie, laisse présager un dénouement tout aussi « cruel ». Dans le troisième récit, le rêve énigmatique d’une sœur montrera qu’il n’annonçait rien de bon pour son frère adoré militaire aux Indes…

Même si l’on s’attend, au moins en substance, aux dénouements de ces nouvelles, leur construction laisse planer mystère et suspense, entretenus par un sens aigu de la narration, l’art de camper des personnages, de les faire parler, le tout accentué par les gravures inquiétantes de Frédéric Bézian. De quoi s’effrayer délicieusement.

Jean-Pierre Longre

Nouvelles, anglophone, Rhoda Broughton, Patrick Reumaux, Frédéric Bézian, Henri Beugras, L’arbre vengeur, Jean-Pierre LongreÀ lire, dans une autre veine mais toujours dans l’esprit qui guide les éditions de l’Arbre vengeur, Le brouillard de Henri Beugras (avec des illustrations d’Alfred) (2013). Une belle et terrible fable fantastique à caractère social et universel.

 

www.arbre-vengeur.fr