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29/05/2020

Des nouvelles sur la Table

Sylvia Plath, Mary Ventura & le neuvième royaume, traduit de l’anglais (États-Unis) par Anouk Neuhoff. Emma Cline, Los Angeles, traduit de l’anglais (États-Unis) par Jean Esch. La Table Ronde, « La nonpareille », 2019.

Nouvelle, anglophone Sylvia Plath, Anouk Neuhoff, Emma Cline Jean Esch, La Table Ronde, La nonpareille, Jean-Pierre LongrePour leur récente collection de petits ouvrages contenant chacun une seule nouvelle, les éditions La Table Ronde ont choisi le nom de l’un des plus petits corps typographiques, ce qui sied tout à fait à la dimension et aux caractéristiques des textes ainsi publiés : concision, concentration.

Prenons pour exemples deux des nouvelles dernièrement parues. Mary Ventura & le neuvième royaume, de Sylvia Plath, raconte un drôle de voyage en train que Mary fait malgré elle. « Tu n’as aucune raison de t’inquiéter, susurra la mère de Mary, absolument aucune raison ». L’insistance de ses parents est pourtant bien inquiétante, comme le reste : destination inconnue, « vers le nord », avec des rencontres étranges, des stations bizarres dans des « royaumes » numérotés… et une arrivée dans un monde inattendu. Bonheur ou malheur ?

Nouvelle, anglophone Sylvia Plath, Anouk Neuhoff, Emma Cline Jean Esch, La Table Ronde, La nonpareille, Jean-Pierre LongreLos Angeles, d’Emma Cline, a toutes les apparences du réalisme. Alice a été embauchée comme vendeuse de vêtements féminins de marque, et se laisse séduire par les activités marginales et illégales d’une jeune collègue, avec une facilité déconcertante mais des conséquences risquées : « Alice était à ce moment de la vie où, quand il se produit un événement triste, bizarre ou sordide, on peut se consoler avec cette promesse indulgente : ça va passer. Vu sous cet angle, le pétrin dans lequel elle se trouvait semblait déjà entériné ». Et le récit reste en suspens sur le danger…

Deux récits précieux dont la brièveté formelle suscite des prolongements et abandonne le lecteur à ses supputations et à ses songes.

Jean-Pierre Longre

www.editionslatableronde.fr/Catalogue/la-nonpareille

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03/11/2019

Une trilogie en petits morceaux

Nouvelle, francophone, Pierre Autin-Grenier, Gallimard, L’arpenteur, Folio, Jean-Pierre LongreLire, relire...

 

Pierre Autin-Grenier, Je ne suis pas un héros suivi de Toute une vie bien ratée et de L'éternité est inutile, La Table ronde, Petite vermillon, 2019

 

Toute une vie bien ratée, Gallimard, 1997. Folio, 1999

 

Pierre Autin-Grenier, né à Lyon il y a quelques dizaines d’’années, décédé en 2014,  circulait entre les mots comme il circulait entre les lieux (imaginaires ou réels, Lyon ou la Provence…) et entre les années (lointaines ou immédiates), avec une délicieuse nonchalance et une émouvante incertitude.

 

Les textes de Toute une vie bien ratée sont écrits comme en marge, notes laissées au hasard de l’humeur, aux lisières, aux limites : limite des genres (nouvelles, journal intime, souvenirs ?), limite des registres (du réalisme au fantastique, du minimalisme au lyrisme, du comique au tragique), et certains titres à eux seuls annoncent tout un programme : « Je n’ai pas grand-chose à dire en ce moment » ; « Des nouvelles du temps » ; « Rêver à Romorantin » ; « Toute une vie bien ratée » ; « Tant de choses nous échappent ! » ; « On ne sait pas vraiment où l’on va » ; « Souvent je préfère parler tout seul » ; « Je suis bien nulle part » ; « Inutile et tranquille, définitivement »… On sent bien que la fausse désinvolture cache de vraies angoisses, des « questions de plomberie existentielle », les grands problèmes que les hommes se posent entre naissance et mort, avec la (trompeuse ?) consolation de ne pas dramatiser la situation : « Quoi de plus sain, en effet, que de regarder tranquillement le temps passer sans la moindre prétention à vouloir le rattraper ? », et de rester « inutile et tranquille, définitivement ».

 

nouvelle,francophone,pierre autin-grenier,gallimard,l’arpenteur,folio,jean-pierre longreMais il y a aussi et surtout la question de l’écriture : « Aujourd’hui me voici à l’âge des bilans ; je m’interroge, la nuit, pour savoir ce qui a bien pu m’entraîner dans cette activité de perdant : aligner des mots à la queue leu leu sur une page blanche dans l’espoir insensé d’en faire des phrases ! » À lire Autin-Grenier, on s’aperçoit pourtant vite que les mots ne sont pas alignés au petit bonheur la chance, et que l’oisiveté revendiquée est plutôt une disponibilité, celle du véritable écrivain qui travaille avec passion et acharnement à laisser venir et prendre corps le seul matériau dont il dispose : les mots. Et ces mots, agencés plutôt qu’alignés, prennent une épaisseur telle que remplissant les pages, ils réalisent l’espoir insensé non seulement de faire des phrases, mais, au-delà des incertitudes génériques, de faire chanter la poésie.

                                                                          

 

L’éternité est inutile, Gallimard, « L’arpenteur », 2002.

 

Un jour, Pierre Autin-Grenier, après avoir tâté de différents métiers auxquels seule une destinée mesquine semblait le vouer, et avoir finalement opté pour le métier d’auteur de « chronique douce-amère des saisons et des jours », Pierre Autin-Grenier donc (ou en tout cas celui qui, sous sa plume, parle de soi à la première personne) eut l’idée de posséder un beau bureau, instrument et emblème de sa vocation. Le Centre national du livre, sollicité, eut la « générosité » de financer l’exécution de cette « pièce unique », ce pourquoi l’auteur lui adresse en toutes lettres sa reconnaissance.

 

Faisons-le nous aussi. Car c’est de ce bureau, vraisemblablement, que nous sont envoyés les 17 récits de L’éternité est inutile. Des matins cafardeux inaugurant des journées qui se traînent, entre une campagne sans horizon et une société marchande sans perspective, aux vastes rêves qui chamboulent l’univers et ses habitants, qui révolutionnent le passé et l’avenir – et pourquoi pas le présent – , en passant par les petits gestes qui fendillent ne serait-ce qu’un instant le brouillard de la vie quotidienne, nous suivons les méandres d’une existence où le poids du réel s’accroche aux ailes de l’imaginaire : « Jour et nuit depuis, d’une planète l’autre, ainsi s’évade et s’invente ma vie, tantôt pour de vrai, tantôt pour de rire, comme au théâtre ».

 

Nous entrons dans un monde où la proclamation récurrente de l’inutilité de l’éternité, comme de la vanité de la bourse de New York ou de Tokyo, du CAC 40 et de l’indice Nikkei, ponctue des promenades à la fois grandioses et modestes entre rêves, doutes et souvenirs, entre exploits à la Blériot, moments d’amour et ambition d’insecte : « C’est comme ça que mettant un pied devant l’autre et encore bizarrement d’aplomb sur mes deux jambes, j’en viens parfois tout doucement à me demander au cours de mes rêveries par quel étrange phénomène je me suis trouvé involontairement mêlé à l’aventure humaine, ce que je suis venu faire parmi vous, si brillants d’esprit et de grâce si distinguée, sachant accorder à merveille les participes passés et cuisiner pareillement la lotte à l’américaine, moi qui n’ai même pas les yeux bleus ni même un petit je ne sais quoi du charme de la coccinelle ».

 

Voilà qui nous vaut des instants délectables de lecture, promis par des titres alléchants (au hasard : « Le cri inutile de la crevette », « L’intranquillité par le presse-agrumes électrique », « La campagne, les marchands de machins et les adventistes du septième jour », « Une entrecôte drôlement politisée », « Loin des cannibales »...), le tout à se mettre en bouche lentement, à savourer comme un latricières-chambertin bien décanté en pichet ou comme un ris de veau en cassolette et, tout compte fait, comme un objet artistique qui, bouleversant nos vues, peut nous faire dire à la manière de ceux qui « font la nique à l’ordre établi » : « Nous croyons en nos rêves ». Car l’écriture est là, le mot choisi et choyé, la phrase peaufinée, le paragraphe ample, l’image à la fois précise et inattendue, parlante et étincelante, qui guette le lecteur au coin des pages, le surprend et le séduit.

 

Après d’autres œuvres poétiques et narratives, après la trilogie – à paraître bientôt, paraît-il, en Folio – composée de Je ne suis pas un héros, Toute une vie bien ratée et L’éternité est inutile, espérons avec l’impatience des enfants d’autres histoires de cet acabit qui pourront continuer à titiller notre imagination. L’auteur nous le promet : « Je raconterai tout cela dans mon prochain livre ».

 

 

Je ne suis pas un héros, Gallimard, 1993, Folio, décembre 2002

 

A peine paru L’éternité est inutile, troisième volume d’une trilogie dont l’unité réside en particulier dans la tonalité mi-figue mi-raisin de textes brefs à la première personne et que d’aucuns font entrer dans le genre de « l’autofiction », à peine donc avons-nous éprouvé avec Pierre Autin-Grenier l’inutilité des illusions humaines, que nous avons la possibilité de remonter le temps. Je ne suis pas un héros, premier volume de ladite trilogie, après Toute une vie bien ratée qui pourtant n’était que le deuxième (décidément, un beau désordre qui nous fait naviguer à vue), existe en « Folio ».

 

Heureuse réédition, mettant à la portée du plus grand nombre les histoires généreuses et désespérées d’un écrivain qui, sans qu’on sache vraiment quand il parle de lui et quand « je » est un autre, nous parle finalement de nous, les lecteurs qui pour la plupart ne sommes pas non plus des héros.

 

Sous des traits humoristiques qui tentent d’occulter une vraie pudeur, sous une pseudo-tranquillité et une fausse oisiveté qui cachent et laissent entrevoir la révolte et le désespoir, on retrouve avec les délices de l’appréhension et le plaisir d’un léger masochisme les motifs révélateurs d’une écriture malicieuse et décapante. Pierre Autin-Grenier n’hésite d’ailleurs pas à avouer les affres et les rêves de l’écrivain, qui se compare volontiers et en toute autodérision à Marcel Proust et, cherchant parfois avec difficulté à « dénicher le mot qui, d’un tour de clef, [lui] eût ouvert une phrase », ne dévoile pas volontiers ses secrets, les gardant « bien au froid sous [son] cœur de pierre ». On renoue volontiers avec ce non-héros (pas vraiment un anti-héros) qui est content quand, le soir, « les monstres arrivent », qui, « après avoir rêvé à une littérature grandiose, [se] retrouve sur le coup des onze heures écossant des petits pois dans une bassine en plastique sans avoir pu tirer une seule ligne », et qui n’hésite pas à opposer à l’uniformité accablante du monde les rêves les plus débridés.

 

Sous l’égide du « rire panique » dessiné par Topor et illustrant la couverture de cette réédition, on découvre ce qu’on n’avait pas assez vu il y a dix ans, lors de la première parution de Je ne suis pas un héros : la prose de Pierre Autin-Grenier, la suite le confirme, c’est de la poésie.

 

 

Jean-Pierre Longre

 

https://www.editionslatableronde.fr/Domaine/La-Petite-Ver...

 

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Fureur et nostalgie

Autin-G.gifLire, relire... Pierre Autin-Grenier, Friterie-bar Brunetti, Gallimard, L’arpenteur, 2005, La Table ronde, Petite vermillon, 2019

 

Les souvenirs conduisent Pierre Autin-Grenier dans le quartier de la Guillotière, à Lyon, où dans les années 1960 se côtoient la fine fleur du populaire et de jeunes apprentis poètes préparant la révolution. Il y a là, dans la Friterie-bar « fondée en 1906 au 9 de la rue Moncey et aujourd’hui disparue », Madame Loulou qui réchauffe les cœurs et les corps de son « marin », de son « ancien commis aux Halles » ou de son « banquier » ; le grand Raymond fort en gueule et en muscles ; Domi qui a eu bien des malheurs, dont la vocation policière de son fils n’est pas le moindre ; Ginette qui, ayant passé sa vie en mal d’amour à servir les autres, trouve maintenant refuge aux bons soins de Renée et du père Joseph ; le narrateur, grand lecteur de fond de salle, fourbissant ses armes d’écrivain…

 

roman,francophone,pierre autin-grenier,gallimard,l’arpenteurLa Friterie Brunetti, c’est un peu le « vieux bistrot » de Brassens, les zincs de Prévert, ces lieux où l’on ne fabrique pas une convivialité aseptisée, mais où l’amitié bonhomme est naturelle, dans les vapeurs d’anarchie et de gros rouge, dans la brume des fumées de tabac fort. Atmosphère assurée, et quand on en sort on en profite pour parcourir la ville, de la « Fosse-aux-ours » (récemment devenue chantier) à Saint-Paul, en passant par la « passerelle du Palais » et le quai Romain-Rolland. C’est la nostalgie du Lyon de naguère, du temps où l’on ne se perdait pas encore entre les parkings et les tours de verre et de béton (comme celle qui fait maintenant barrière entre la place du Pont et la rue Moncey).

 

Nostalgie, mais aussi révolte radicale et salutaires envolées contre l’ordre établi. Celui d’alors (« On sentait bien qu’aux relents de graillon qui souvent imprégnaient jusqu’à nos chaussures venaient se mêler, à nous étourdir, de forts parfums d’insurrection »), et surtout celui d’aujourd’hui, assuré par « les bourgeois, les beaufs, les banques et les charognards de l’immobilier », celui qui a supprimé les « vrais bistrots » au profit des cafétérias et des Mac Do. L’auteur s’en donne à cœur joie, à rage ouverte, à bile déversée, dans cet adieu désespéré aux « petits Rimbaud » des « bouis-bouis de banlieue », aux « gentils pochards en perpétuel manque de piccolo », à ces « havres de grâce tombés dans les filets d’aigrefins de la finance ».

 

Du désespoir, vraiment ? Un peu, mâtiné de colère roborative. Il y a surtout un hymne à ces hauts lieux d’humanité que sont les cafés, les vrais, ceux qui, selon George Steiner cité en postface, « caractérisent l’Europe ». Et l’on sait bien que Lyon est une ville européenne.

 

Jean-Pierre Longre

 

www.gallimard.fr

 

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02/05/2016

Shanghai transit

 

Essai, récit, francophone, Suisse, Chine, Philippe Rahmy, La Table Ronde, Jean-Pierre Longre

Philippe Rahmy, Béton armé, La Table Ronde, 2013, Folio 2015

« Ce n’est pas une ville que voit celui qui débarque à Shanghai, mais un symbole incandescent de l’humanité ». Le livre de Philippe Rahmy évoque, certes, le séjour que l’auteur a accompli en résidence, invité par l’Association des écrivains de Shanghai, mais c’est bien de l’humanité, à travers certains de ses échantillons, qu’il s’agit d’une manière plus générale. Celle de la Chine, celle du monde littéraire, celle qui peuple les souvenirs du narrateur/personnage (sa famille, son enfance), et aussi son existence propre, fragilisée par la maladie des os de verre, ainsi d’autant plus précautionneuse et attentive au moindre instant de vie.

essai,récit,francophone,suisse,chine,philippe rahmy,la table ronde,jean-pierre longreBéton armé est, en quelque sorte, un livre d’images puisées dans le présent et le passé de l’auteur ; une « traversée de la nuit, entrecoupée de flashs ». Il y a, par exemple, les lectures de l’Ancien Testament que lui faisait sa mère lorsque, « couvert de fractures », il restait au lit, de même que tous les livres qui ont empli son enfance. Il y a l’histoire familiale, entre Égypte et Allemagne. Il y a le peuple de Shanghai, la foule, le bruit, une masse remuante ou figée, compacte ou éparpillée, mêlant la tradition et l’avant-garde, l’ordre et le désordre, la révolte et la soumission… Sous la forme de la relation quotidienne, du journal occasionnel, c’est une vision complexe, tendre et sans concessions, qui est donnée de la vie chinoise actuelle.

Or il n’est pas question ici de pittoresque et d’exotisme, mais de tentative d’appréhension de la réalité par l’écriture, entre « ce qu’on voit avec les yeux du corps et ce que regarde l’esprit ». C’est en cela que l’évocation de la société humaine (avec des pages impayables décrivant sur le mode satirique les réceptions académiques et les discours officiels, ou brossant le portrait de certaines personnalités du monde des arts et des lettres) ne va pas sans la réflexion sur soi et sur les autres, sans l’exploration des mondes intérieurs qui, sinon, resteraient silencieux. « L’écriture n’a d’autre but que de briser le silence ». Béton armé témoigne de la dimension humaine de la littérature, et aussi des sentiments  profonds qui lient les hommes entre eux, collectivement et individuellement, au-delà de la mort.

Jean-Pierre Longre

 

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01/07/2011

Drôle ou morbide ?

Essai, récits, humour, francophone, Patrick Rambaud, La Table Ronde, Folio, Jean-Pierre LongrePatrick Rambaud, Comment se tuer sans en avoir l’air, La Table Ronde, 1986, rééd. Folio, 2011

L’un des propres de l’homme est « le suicide individuel » : les animaux, à part quelques exceptions circonstancielles et généralement collectives, ne prennent pas ce genre d’initiative. C’est en tout cas ce qu’explique Patrick Rambaud en introduisant son « Manuel d’élégance à l’usage des mal partis avec des ruses, des méthodes et des principes expliqués par l’exemple ». Comme un autre propre de l’homme est, selon Rabelais, le rire, il semble que Rambaud ait décidé de développer l’un en s’aidant de l’autre (et inversement).

Cela nous vaut quatorze moyens d’en finir sans honte et en préservant son amour-propre. Il n’est pas question de les énumérer ici, mais on saura que les quatorze chapitres qui les abordent ne sont ni vulgairement pédagogiques ni abstraitement théoriques. Tout passe par des anecdotes aussi tragi-comiques que convaincantes. Les personnages dont l’auteur nous narre le trépas volontaire, nous les connaissons, nous les côtoyons, c’est nous, en plus malheureux, en plus désespérés, en plus obstinés. Les circonstances de la vie les ont poussés à interrompre celle-ci « sans en avoir l’air » : il leur faut trouver un moyen de maquiller leur suicide en accident, en meurtre, en geste héroïque (et « con »), en infarctus, en maladie mortelle… et ils le trouvent.

Tout cela est fort drôle, même s’il nous arrive de rire jaune, tant le genre humain dans son entier est mis à rude épreuve et tend à la morbidité. Le style allant, allusif, expéditif parfois, imagé souvent n’est pas pour rien dans le plaisir que l’on prend à lire dans les pensées des personnages, à les accompagner dans leur cheminement souvent complexe, toujours fatal. Et il faut aller jusqu’au bout : dans sa conclusion, Patrick Rambaud rappelle que le suicide ne date pas d’aujourd’hui, loin s’en faut, et termine tout de même par un bel hymne à la vie.

Jean-Pierre Longre

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