2669

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

26/02/2016

L’Histoire et le Roman

Roman, Histoire, Italie, Milena Agus, Luciana Castellina, Marianne Faurobert et Marguerite Pozzoli, Liana Levi, Jean-Pierre LongreMilena Agus, Luciana Castellina, Prends garde, traduit de l’italien par Marianne Faurobert et Marguerite Pozzoli, Liana Levi, 2015, Liana Levi Piccolo, mars 2016.

Prix Méditerranée étranger 2015 

L’histoire des Pouilles entre 1943 et 1946 est tourmentée, complexe, violente. Histoire politique (le sort de l’Italie après la chute de Mussolini et le débarquement des alliés), histoire sociale (la misère des ouvriers agricoles et leurs révoltes contre les propriétaires terriens). Le mérite de Luciana Castellina, écrivaine et journaliste engagée à gauche, est de retracer d’une manière vivante, détaillée, claire, ces épisodes d’un passé trop vite oublié. Cela à partir d’un événement survenu le 7 mars 1946 sur la place principale de la ville d’Andria, entre Foggia et Bari, où des milliers de personnes s’étaient rassemblées pour écouter le discours du fameux syndicaliste Giuseppe Di Vittorio : un ou deux coups de feu furent tirés depuis la riche demeure des sœurs Porro, issues d’une grande famille locale. Les pages qui suivent décrivent donc le contexte historique, local et national,  situant les faits.

Roman, Histoire, Italie, Milena Agus, Luciana Castellina, Marianne Faurobert et Marguerite Pozzoli, Liana Levi, Jean-Pierre LongreRetournons le livre. Même illustration, mais cette fois le titre Prends garde est précédé d’un autre nom : Milena Agus. La romancière sarde, devenue célèbre avec son Mal de pierres (2007), est partie du même épisode, les coups de feu tirés sur la place d’Andria. Symétriquement à la relation fidèle de la réalité historique, la fiction romanesque nous fait pénétrer dans la demeure toujours fermée des sœurs Porro, vieilles héritières d’une tradition composée de piété, de charité, de gestes routiniers, de non-dits, de conservatisme. Celle qui nous y emmène et qui nous les fait connaître de l’intérieur est du même monde qu’elles, mais plus ouverte, révoltée, extravagante (du moins aux yeux de ses semblables) : « Gracieuses, raides et efflanquées, elles l’accueillaient, elle, pataude et replète, qui, assise sur le sofa avec les jambes trop écartées, faisait la révolution. Elles l’écoutaient, prenaient peur, et riaient en se cachant la bouche. ».

Roman, Histoire, Italie, Milena Agus, Luciana Castellina, Marianne Faurobert et Marguerite Pozzoli, Liana Levi, Jean-Pierre LongreLes deux points de vue, historique et romanesque, prolétarien et possédant, renvoient l’un à l’autre, et font saisir la profondeur des choses et des gens. D’un côté le drame collectif de toute une région, voire d’un pays ; de l’autre « la tragédie des sœurs Porro », d’une famille riche en fin de parcours. D’un côté les foules et leurs luttes pour une société plus juste, de l’autre les individus et leur psychologie, leurs sentiments plus ou moins cachés, leurs combats intérieurs. L’imaginaire et le réel, loin de s’opposer, se complètent parfaitement pour faire saisir, en tout cas approcher la vérité humaine dans toute sa complexité.

Jean-Pierre Longre

www.lianalevi.fr  

22/02/2016

Rêves d’Italie

Roman, humour, russe, Moldavie, Vladimir Lortchenkov, Raphaëlle Pache, Mirobole éditions, Jean-Pierre LongreVladimir Lortchenkov, Des mille et une façons de quitter la Moldavie, traduit du russe par Raphaëlle Pache, Mirobole éditions, 2014, Pocket 2015 

Les habitants de Larga, pauvre village de la pauvre Moldavie, ont une obsession : s’exiler vers l’Italie, où chacun trouvera, c’est sûr, un travail – n’importe lequel, car il sera dans tous les cas plus lucratif que l’oisiveté forcée ! S’y exiler, et y rester. Comme le dit un vieux paysan : « Ceux qui partent pour notre Italie en reviennent jamais ! Les gens qui ont atterri là-bas s’en plaignent pas. En fait, c’est comme s’ils étaient morts, parce que l’Italie, au final, c’est le paradis. Et à celui qui y accède, point de retour en arrière. ».

Ce « paradis », on cherche à y accéder par tous les moyens et certains sont spécialistes en la matière. Séraphim Botezatu, notamment, n’hésite pas à entraîner ses camarades dans des expéditions aussi ambitieuses que farfelues : s’envoler sur un tracteur, partir dans un sous-marin fabriqué avec le même tracteur… Inutile de dire que chaque essai se solde par un échec retentissant, et qu’on se retrouve non à Rome mais à Chişinau, non sur les côtes italiennes mais sur les rives du Dniestr… Le pope Païssïï lui-même se laisse gagner par la contagion et organise deux « croisades », entraînant des milliers, voire des dizaines de milliers d’ouailles dans une procession guerrière qui, évidemment, ne pourra franchir les frontières. Le président du pays en personne, par la voie des airs et en usant de ruses inouïes, parviendra-t-il à ses fins ?

Roman, humour, russe, Moldavie, Vladimir Lortchenkov, Raphaëlle Pache, Mirobole éditions, Jean-Pierre LongreDes mille et une façons de quitter la Moldavie est un livre drôle et tragique, d’un humour farce et noir, qui met à nu, par la caricature et le burlesque, le désir désespéré d’un avenir meilleur, d’un autre monde. D’un humour satirique aussi, qui n’épargne personne : ni les « Moldaves », petits ou grands, épinglés par l’un des leurs, ni les peuples voisins, ni l’Union Européenne – ni le genre humain en général. On rit beaucoup mais parfois jaune à la lecture de ces aventures cruelles, on compatit, et on en arrive à sympathiser avec ces personnages en perpétuelle quête d’une autre vie. Une autre vie en Italie ? La vérité, elle est sans doute encore détenue par le vieux Tudor (dont les villageois n’auront pourtant aucune pitié) : « À partir d’aujourd’hui, je deviens le pope du village. Et je déclare que le culte de l’Italie est une hérésie ! Parce que la véritable Italie se trouve en chacun de nous ! Et à partir d’aujourd’hui, telle doit être notre unique croyance. ».

Jean-Pierre Longre

16/02/2016

« Un poète français qui écrit en anglais »

Poésie, anglophone, surréalisme, David Gascoyne, Blandine Longre, Wille Stone, Black Herald PressDavid Gascoyne, La vie de l’homme est cette viande, Black Herald Press éditions, janvier 2016, recueil bilingue traduit de l’anglais par Blandine Longre, avec des autotraductions de David Gascoyne
Postface de Will Stone

Man’s Life Is This Meat
bilingual book
Afterword by Will Stone

Pour commander l’ouvrage : https://blackheraldpress.wordpress.com/buy-our-titles

*

David Gascoyne (1916-2001), l’un des grands poètes britanniques du XXe siècle, est l’auteur de plusieurs recueils – dont Roman Balcony, le premier, paraît alors qu’il n’est âgé que de 16 ans. Il lit très tôt Rimbaud et les surréalistes, puis, à partir de 1933, lors de ses séjours en France, fréquente de nombreux artistes et écrivains (dont Breton, Dalí, Ernst, Éluard…) avant de lier amitié avec Benjamin Fondane, qui lui fera découvrir la philosophie de Léon Chestov, et avec Pierre Jean Jouve, dont l’œuvre le marquera durablement et à laquelle il devra la découverte de Hölderlin. D’abord influencé par le surréalisme (on lui doit le premier ouvrage en anglais consacré au surréalisme français ainsi que le « Premier Manifeste Anglais du Surréalisme »), Gascoyne s’en détache dès la fin des années 1930 pour se consacrer à une poésie à tendance humaniste et spirituelle (Breton lui-même, jugeant ses écrits trop « catholiques », l’« excommuniera » du groupe des surréalistes en 1947). Le recueil Man’s Life Is This Meat, publié en mai 1936 et proposé pour la première fois en français dans son intégralité (le complète un choix de poèmes écrits à la même époque, dont certains traduits par Gascoyne lui-même), appartient bien à la période surréaliste de David Gascoyne, mais témoigne déjà d’une originalité saisissante et d’une imagination hors du commun : marqué par une profonde angoisse existentielle, il comprend des poèmes sculpturaux, crépusculaires, empreints d’un mysticisme prophétique et tourmenté qui participe de l’œuvre visionnaire à venir.

*

Poésie, anglophone, surréalisme, David Gascoyne, Blandine Longre, Wille Stone, Black Herald PressDavid Gascoyne (1916-2001), one of the great British poets of the 20th century, is the author of several collections—the first one, Roman Balcony, was published when he was only 16 years old; still in his teens, he began to read Rimbaud and the Surrealists, then, from 1933 onwards, while staying in France, he met a number of artists and writers (Breton, Dali, Ernst, Éluard…) before befriending Benjamin Fondane (through whom he discovered the philosophy of Léon Chestov) and the French poet Pierre Jean Jouve, whose work made a deep impression on him—thanks to this writer, Gascoyne discovered Hölderlin’s work. At first influenced by Surrealism (he wrote the first book in English dedicated to this French movement and the “First Manifesto of English Surrealism”), Gascoyne moved away from it by the late 1930s to write a more humanistic and spiritual poetry (Breton himself, judging his writings too “catholic”, “excommunicated” him from the surrealist group in 1947). Man’s Life Is This Meat, a collection published in May 1936 and presented here for the first time in French in its entirety (in addition with a selection of other poems that Gascoyne self-translated), certainly belongs to his surrealist period, but also bears testimony to his already startling originality and rare imagination: marked by a deep existential angst, it includes sculptural and crepuscular poems, fraught with a prophetic, tormented mysticism which heralds his future visionary work.

*

Beyond that savage pretence of knowledge
Beyond that posture of oblivious dream
Into the divided terrain of anguish
Where one walks with bound hands
Where one walks with knotted hair
With eyes searching the zenith
Where one walks like Sebastian

(«Purified Disgust»)

Au-delà de ce simulacre sauvage du savoir
Au-delà de cette posture de rêve oublieux
Dans le terrain morcelé de l’angoisse
Où l’on marche les mains liées
Où l’on marche les cheveux emmêlés
En fouillant des yeux le zénith
Où l’on marche comme Sébastien

(« Dégoût Purifié » 1935)

But the last head is safe in its vegetable dome:
The last head is wrapped in its oiled silk sheath,
While the pale tepid flame of its ichorous brain
Consumes all its body’s dry shells.

(«The Last Head»)

Mais la dernière tête est à l’abri dans son dôme végétal :
La dernière tête est enveloppée dans son fourreau de soie huilée,
Tandis que la flamme tiède et pâle de son cerveau ichoreux
Consume toutes les coquilles sèches de son corps.

(« La Dernière Tête » 1936)

*

« David is not an English poet, he is a French poet writing in English. »
Philippe Soupault about David Gascoyne (in conversation with Kathleen Raine)

« David n’est pas un poète anglais, mais un poète français qui écrit en anglais. »
Philippe Soupault à propos de David Gascoyne (lors d’une conversation avec Kathleen Raine)

« Une histoire d’amour à l’aube de la grande guerre », en musique

Olivier Longre, Lettre à Jeanne, CD - Digipak 11 titres + livret 20 pages couleur et - pour les 50 premiers - une carte dédicacée par l'auteur 

 

Musique, Histoire, Olivier Longre, Néômme

01. Tête d'Or 
02. Jeanne 
03. Songe 
04. Par le Sentier 
05. Eden Bar 
06. Vers le Nord 
07. Des Plaines 
08. Brûle-novembre 
09. Terre Muette 
10. Ce qui Reste 
11. Lettre à Francis (Amélie les Crayons)

Lettre à Jeanne est le deuxième album d'Olivier Longre. Il est entièrement inspiré par la découverte d'un carton chez ses grand-parents. À l'intérieur, plus d'une centaine de cartes postales et lettres: la correspondance de son arrière-grand-mère (Jeanne) et de son arrière-grand-père (Francis) du temps de leur rencontre, jusqu'au moment où Francis est envoyé au front en 1914 et ensuite…

Site d'Olivier Longre: ICI

Tout le matériel graphique (cartes, lettres) est consultable sur le blog: http://jeanneetfrancis.tumblr.com

et sur la page facebook: www.facebook.com/jeanneetfrancis

Pour commander : http://shop.neomme.com/product/lettre-a-jeanne

© 2016 neômme/olivier longre

13/02/2016

Matéi Visniec à Lyon

Invité par le Consulat Général de Roumanie à Lyon, en partenariat avec l’Institut Culturel Roumain de Paris et TVR Iaşi, Matéi Visniec sera à Lyon  en février 2016:

- au cinéma La Fourmi le 16 février à 19h (avec le film Visniec roi du Off à Avignon)

affiche_visniec_roi_off_lyon.jpg

- à la Maison de l’Europe et des Européens le 17 à 19h (avec le film Le Paris de Matéi). 

affiche_le_paris_de_matei_lyon.jpg

Pour toutes précisions, cliquer ici et

Autres liens: 

www.visniec.com   

http://lyon.mae.ro/fr

http://cinema-la-fourmi.com  

http://maison-europe-et-europeens.eu