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31/01/2011

Les mystères de la Fosse aux Lions

terre-des-affranchis.jpgLiliana Lazar

Terre des affranchis
Gaïa, 2009

Réédition Actes Sud (Babel), février 2011

Il se passe d’étranges choses entre le village de Slobozia (dont le nom évoque la liberté, la libération) et la Fosse aux Lions (naguère « La Fosse aux Turcs », en souvenir des victoires d’Etienne le Grand contre les Ottomans) : des crimes, des disparitions mystérieuses, des apparitions de « moroï » ou morts vivants… Nous sommes à la fois dans la Roumanie ancestrale, au plus profond de la province de Moldavie où les légendes ont la vie dure, et dans la Roumanie d’aujourd’hui, celle qui a vu les méfaits de la dictature, la chute de Ceausescu etroman,francophone,roumanie,liliana lazar,jean-pierre longre,gaia-éditions l’accession au pouvoir et aux richesses de nouveaux maîtres – pas si nouveaux que cela pourtant.

Victor Luca recèle en lui les paradoxes d’un corps robuste et d’une âme fragile – la violence irrépressible et la volonté de se racheter, la soif de liberté et l’enfermement dans la solitude – et les personnages qui l’entourent (sa mère, sa sœur, Ilie le prêtre, Ismaïl le Tsigane, Gabriel l’ermite) tenteront jusqu’au bout de le protéger des autres et surtout de le sauver de lui-même. A lui seul il synthétise les contradictions d’un pays et de ses habitants : l’indéfectible fidélité à des mythes païens mêlés de religion chrétienne et l’adaptation plus ou moins consentie aux apports de la modernité, la quête d’un bonheur illusoire et la morbide réalité des relations humaines ; plus généralement encore, dans une atmosphère qui peut faire penser à celle des romans de Virgil Gheorghiu (voir Les noirs chevaux des Carpates), Victor synthétise les paradoxes humains, le mensonge des apparences et la brutalité du réel (en matière politique et religieuse par exemple, mais pas seulement).

Liliana Lazar connaît bien la localité appelée Slobozia, sa forêt et ses collines, puisqu’elle y a vécu son enfance, nous dit-on. Après son installation en France, son premier roman (écrit en français), aux frontières du fantastique, de la poésie et du réalisme, donne la mesure d’un vrai talent littéraire appuyé sur une culture traditionnelle et populaire. A suivre…

Jean-Pierre Longre

www.gaia-editions.com

www.actes-sud.fr

28/01/2011

The Black Herald

2011-01-13 13.34.03.jpgLiterary magazine – Revue de littérature

Issue #1 January 2011 – Janvier 2011
160×220 – 148 pages - 13.90 €
ISBN 978-2-919582-02-0

Poetry, short fiction, essays, translations.
Poésie, fiction courte, essais, traductions.

The first issue can now be ordered
Le premier numéro est désormais disponible

Texts by / Textes de : Laurence Werner David • John Taylor • Valeria Melchioretto • Tabish Khair • Émile Verhaeren • Will Stone • Philippe Rahmy • Rosemary Lloyd • Osip Mandelstam • Alistair Noon • Onno Kosters • Willem Groenewegen • Sandeep Parmar • Georges Rodenbach • Andrew O’Donnell • Khun San • Sylvie Gracia • Georg Trakl • Anne-Sylvie Salzman • James Byrne • Claro • Brian Evenson • Siddhartha Bose • Romain Verger • Yahia Lababidi • Sébastien Doubinsky • José Mena Abrantes • Cécile Lombard • Darran Anderson • Anne-Françoise Kavauvea • Emil Cioran • Nicolas Cavaillès • Mark Wilson • Zachary Bos • Paul Stubbs • Blandine Longre. Images: Emily Richardson • Romain Verger • Will Stone. Design: Sandrine Duvillier.

More about the contributors / les contributeurs

Co-edited by Blandine Longre and Paul Stubbs, the magazine’s only aim is to publish original world writers, not necessarily linked in any way by ‘theme’ or ‘style’. Writing that we deem can withstand the test of time and might resist popularization – the dangers of instant literature for instant consumption. Writing that seems capable of escaping the vacuum of the epoch. Where the rupture of alternative mindscapes and nationalities exists, so too will The Black Herald.

L’objectif premier de la revue, coéditée par Blandine Longre et Paul Stubbs, est de publier des textes originaux d’auteurs du monde entier, sans qu’un « thème » ou un « style » les unissent nécessairement. Des textes et des écritures capables, selon nous, de résister à l’épreuve du temps, à la vulgarisation et aux dangers d’une littérature écrite et lue comme un produit de consommation immédiate. Des textes et des écritures refusant de composer avec la vacuité de l’époque, quelle qu’elle soit. Éclatement des codes, des frontières nationales et textuelles, exploration de paysages mentaux en rupture avec le temps : c’est sur ces failles que l’on trouvera le Black Herald.

The Black Herald is edited by Paul Stubbs and Blandine Longre

Comité de Rédaction : Paul Stubbs et Blandine Longre

blackheraldpress@gmail.com

http://blackheraldpress.wordpress.com

24/01/2011

Un théâtre bien vivant

Alt. th..jpegAlternatives théâtrales n° 106-107, « La scène roumaine. Les défis de la liberté », 4e trimestre 2010

Depuis vingt ans, la vie intellectuelle et artistique roumaine s’est évidemment libérée, animée, étendue, diversifiée. Rien de tel que les arts du spectacle, notamment le théâtre, pour illustrer ce phénomène. Forte de ce constat, la revue belge Alternatives théâtrales consacre son dernier numéro à « la scène roumaine », sous l’égide de Georges Banu et Mirella Patureau, très bien placés pour cela, puisque leur point de vue est à la fois extérieur et intérieur (respectivement professeur à la Sorbonne Nouvelle et chercheur au CNRS, ils vivent en France tout en étant fortement impliqués dans l’univers théâtral roumain).

Il était sans doute nécessaire de rappeler au public d’Europe occidentale, aux « lecteurs d’ailleurs », qu’en Roumanie le théâtre est bien vivant, et qu’en ce qui concerne le répertoire « la scène roumaine se montre nettement plus ouverte que la scène française » ! Si la censure, jusqu’en 1989, a imposé un cadre rigide à la création scénique (comme à toute création), elle n’a pas interdit le théâtre, et l’éclatement libérateur des années 1990 n’est pas une rupture complète, mais une métamorphose dans la continuité. C’est en tout cas ce qu’explique Georges Banu dans son introduction, en analysant les différentes formes du spectacle théâtral qui s’élabore depuis, dans un « archipel des solitudes » s’épanouissant sans conflit mais dans une infinité d’identités, en dépit des contraintes économiques entraînant des restrictions budgétaires.

Les deux grandes parties de ce numéro (« Repères pour un paysage théâtral », « Paroles et portraits d’artistes ») permettent un tour d’horizon, sinon exhaustif, du moins très détaillé, de ce qui se fait en matière de réalisation et d’écriture scéniques à Bucarest et dans les grandes métropoles culturelles du pays. Le répertoire dans toute sa variété – de la tragédie antique à la jeune avant-garde, des pièces roumaines aux œuvres internationales, de la tradition à la provocation – est passé en revue par les critiques ou par les acteurs (au sens général), et les grands événements évoqués montrent l’étendue géographique du renouveau : Festival national de théâtre de Bucarest, Festival de Sibiu, Festival Shakespeare de Craiova, Théâtre Ariel de Târgu-Mureş… Le tour d’horizon est largement complété, à bon escient, par des réflexions en profondeur sur des phénomènes marquants : l’enseignement du théâtre, qui tend à multiplier le nombre de comédiens diplômés ; la fameuse « ostalgie », dont les jeunes dramaturges se dégagent pour faire porter leurs critiques non seulement sur le passé communiste, mais aussi sur le présent capitaliste ; l’expérimentation originale souffrant du « synchronisme », c’est-à-dire du désir d’adaptation aux modes européennes ; l’importance du rôle joué par le groupe du « dramAcum », sous la houlette de Nicolae Mandea… Il était primordial, en outre, de donner la parole aux grands créateurs, metteurs en scène et dramaturges, directement ou sous la forme d’entretiens. Cette parole tient une place révélatrice d’un état des lieux et d’une dynamique. Le tout se termine par un bref panorama du cinéma roumain, plusieurs fois récompensé, et qui pose des questions, en tout cas qui « entame avec nous un dialogue ».

Les textes fouillés, les synthèses, les témoignages, tous signés de critiques avertis, d’universitaires, de metteurs en scène, de comédiens, d’écrivains, sont ponctués de belles et larges photos de mises en scène, pour la plupart proposées par Mihaela Marin, spécialisée dans les arts du spectacle. Cette combinaison du textuel et du visuel compose un très bel ensemble, complété, signalons-le, par un dossier sur le norvégien Jon Fosse, et par un article de Bernard Debroux, codirecteur de la revue avec Georges Banu, sur « les langues d’Europe » examinées dans la perspective théâtrale.

Ce numéro dévoile les richesses et les potentialités de la « scène roumaine » actuelle dans toutes ses dimensions, avec ses paradoxes, ses enjeux, ses héritages, son esprit créateur, ses expériences, ses mutations… Un ensemble indispensable à l’exploration du paysage théâtral et artistique européen.

Jean-Pierre Longre

www.alternativestheatrales.be

 

18/01/2011

« L’oiseau bicéphale »

couvrevue13.jpgIci é là, revue de la Maison de la Poésie de Saint-Quentin-en-Yvelines, n° 13, 2010

Ici é là, revue publiée sous la responsabilité, entre autres, de Jacques Fournier, se signale d’abord par son format original, sa mise en page soignée, ses coloris variés, et le choix des textes qu’elle propose, dans une présentation séduisante. Un bel objet poétique.

Le n° 13, dédié à Arlette Albert-Birot, disparue l’été dernier, tient les promesses de son intitulé. Dans ses quatre sections, de la création, des articles de fond, des notes et recensions diverses, et, tout particulièrement, un dossier (« si près é si loin ») consacré aux « poètes roumains d’expression française ». Dans une introduction qui fait la part belle à un historique des relations entre la Roumanie et la langue française, Linda Maria Baros décrit « l’oiseau bicéphale », image forte qui figure pour elle la poésie roumaine francophone, dans une série d’aller-retour entre « ici » et « là », au cours desquels se croisent et se mêlent les cultures.

Successivement, les poèmes de Horia Badescu, Sebastian Reichmann, Valeriu Stancu, Marlena Braester, Matéi Visniec, Rodica Draghincescu et Linda Maria Baros elle-même offrent des exemples de la diversité verbale et prosodique d'auteurs dont les préoccupations passent par une singulière maîtrise de la langue française, cette langue qu’ils ont délibérément choisie sans renier leurs origines. Comme leurs prédécesseurs, ils n’hésitent pas à se confronter à la difficulté ; ainsi que l’écrit Matéi Visniec, « il y a des jours où les mots ne veulent plus sortir / il y a des jours où les mots se replient au fond de nous-mêmes / dégoûtés de nous et surtout de nous-mêmes » ; mais lorsqu’ils veulent bien venir, ils nourrissent des textes dont la forme et la teneur ne sont ni roumaines ni françaises, mais les deux à la fois et, tout compte fait, universelles. « On ne naît pas une langue collée au front », écrit encore Linda Maria Baros.

Tout en fournissant de belles lectures dans un cadre esthétique harmonieux, ici é là incite à aller plus loin, chercher d’autres auteurs, d’autres textes, suivre des chemins nouveaux, trouver « l’écriture en images » (Rodica Draghincescu), franchir des « portes obscures » (Horia Badescu) vers des « traînées de lumière » (Marlena Braester). 

Jean-Pierre Longre

03/01/2011

Champions de la forme fixe

Unmetierdhomme.jpgOuLiPo, C’est un métier d’homme, Mille et une nuits, 2010

La contrainte et l’invention font bon ménage. C’est ce que, depuis cinquante ans, l’Oulipo vérifie et met en pratique, selon l’une de ses options, « la tendance analytique [qui] travaille sur les œuvres du passé pour y rechercher des possibilités qui dépassent souvent ce que les auteurs avaient soupçonné » (François Le Lionnais, « La Lipo (Le premier Manifeste) »). 

Dans C’est un métier d’homme, l’œuvre du passé (tout est relatif…) est « Autoportrait du descendeur », texte liminaire du recueil Les athlètes dans leur tête de Paul Fournel. Cet autoportrait est celui d’un skieur qui se voit en champion médaillé d’or, bourreau de travail, toujours à l’entraînement, soignant le moindre détail, mais prévoyant aussi la faute infime qui lui apportera « le seul moment de vrai repos ». Cette nouvelle en contient une autre (sinon plusieurs) en filigrane : le descendeur est aussi le nouvelliste, aussi soigneux dans son labeur, aussi soucieux de sa tâche que le descendeur.

Sur ce modèle, Hervé Le Tellier a composé un « autoportrait du séducteur », qui s’adonne à son activité avec autant de scrupules et de méticulosité que le descendeur ; puis d’autres ont emprunté le moule pour y couler leur prose et sculpter leurs « autoportraits d’hommes et de femmes au repos » : outre les deux premiers, Jacques Jouet, Frédéric Forte, Michelle Grangaud, Marcel Bénabou, Ian Monk, Michèle Audin, Daniel Levin Becker, Olivier Salon, tous Oulipiens, créent ainsi une nouvelle forme fixe et une possibilité de variations à l’infini, dont ces prototypes ont tout pour plaire, pour faire réfléchir, voire pour faire peur de la chute finale. Les métiers (puisqu’il faut les appeler ainsi) les plus divers sont ici présentés en situation, aussi bien le ressusciteur que le tyran, la fourmilière que la toupie, le philosophe télévisuel que le Président, le buveur que la femme en quiétude… j’en passe. Preuve est faite que la contrainte est source d’ouverture, la forme fixe de trouvailles, la matrice immuable des tonalités les plus variées, parmi lesquelles l’humour et la satire ne sont pas les plus rares, mais sont à prendre au sérieux.

L’un des avantages de ce genre de publication, c’est que chaque lecteur sent poindre en lui des potentialités littéraires que sans cela il aurait gardées enfouies au plus profond de son cerveau. Certes, pour devenir réalité, une potentialité doit faire l’objet, comme ici, de la plus extrême attention, de la préparation la plus pointilleuse, de la volonté la plus acharnée, de la « concentration » la plus « totale ». Un vrai travail de chroniqueur littéraire.

Jean-Pierre Longre

www.1001nuits.com

 

www.oulipo.net  

 

et pour lire çà et là quelques notes éparses, quelques chroniques en pointillés qui ont quelque chose à voir avec l’Ouvroir de Littérature Potentielle, voir :

http://jplongre.hautetfort.com/archives/tag/oulipo.html

02/01/2011

Le train de la mémoire

Orlea.gifOana Orlea, Les hommes d’Alexandra, Éditions La Bruyère, 2010

Oana Orlea (Maria-Ioana Cantacuzino), née en Roumanie en 1936, a connu dès 1952 les geôles et les camps de travail de la dictature communiste, puis les petits métiers auxquels étaient voués les intellectuels rétifs et les rejetons de familles naguère trop en vue (elle était de la famille de Georges Enesco, et son père avait été un grand aviateur). Après avoir publié plusieurs ouvrages dans les années de relative ouverture (60-70), elle s’installe en France à partir de 1980 et se signale par des parutions en français : Un sosie en cavale (Le Seuil, 1986), Les années volées (Le Seuil, 1991), Rencontres sur le fil du rasoir (L’Arpenteur, 2007).

Dans Les hommes d’Alexandra, les souvenirs se succèdent au rythme d’un trajet en train auquel des événements déconcertants et des rencontres inattendues donnent une dimension quasiment fantastique. Périodiquement, un grand cheval aubère galope le long de la voie ferrée, comme s’il faisait signe à l’héroïne d’avancer avec lui ; une étrange femme aux cheveux rouges vient la harceler, comme pour la faire renoncer à poursuivre le voyage ; un jeune homme obèse, une jambe dans le plâtre, semble vouloir la protéger… Un par un se déclenchent les souvenirs des hommes qu’elle a connus, aimés brièvement ou longuement, superficiellement ou profondément, et qui viennent hanter sa mémoire vagabonde.

Les deux couches principales du récit (Alexandra à la troisième personne dans son wagon, Alexandra à la première personne dans les scènes d’autrefois) permettent l’évocation des sentiments intimes, de la diversité des amours ; elles permettent aussi celle du passé sociopolitique dans un pays en proie au totalitarisme, à la misère, au travail forcé, aux brimades, et malgré tout celle des petits plaisirs et des grandes émotions, des espoirs et des révoltes. L’atmosphère d’antan, les ambiances contrastées peuplent une mémoire saturée : « D’autres images s’avancent, coquillages flottant à la dérive dans la galaxie de la mémoire, s’entrechoquent, explosent, volent en éclats, se dispersent en mille morceaux qui jamais ne retrouveront une cohérence ». Les hommes d’Alexandra est un roman riche de l’expérience d’une vie plurielle, un roman qui, dans son foisonnement, en contient plusieurs.

Jean-Pierre Longre

www.labruyere.fr

01/01/2011

« Allumer des flambeaux pour les esprits »

220_____Hugo-couverture_74.jpgVictor Hugo, Du péril de l’ignorance, préface de Marie-Noël Rio, Les Éditions du Sonneur, 2010

 

En 1848, Victor Hugo n’est pas encore un homme de gauche : élu le 4 juin à l’Assemblée constituante, il siège parmi les monarchistes du parti de l’Ordre. Et pourtant… Comme le rappelle Marie-Noël Rio dans sa préface, depuis toujours préoccupé par le sort du peuple et des petits, « il se bat contre la médiocrité, la lâcheté et la bêtise ». À partir de ce moment, il se rapprochera de plus en plus de la gauche.

 

Parmi les discours qu’il prononce cette année-là, la « Question des encouragements aux lettres et aux arts » (10 novembre 1848), que Les Éditions du Sonneur publient avec à-propos sans leur « petite collection », sous le titre plus ouvert de Du péril de l’ignorance. Le budget de ce qu’on appelle aujourd’hui le ministère de la Culture était alors le « budget spécial des lettres, des sciences et des arts », géré par deux ministères, l’Instruction publique et l’Intérieur. Il fallait (déjà) faire des économies ; sur quoi ? Sur (déjà) la culture… Comment ? En supprimant (déjà) des emplois… L’argumentation et la rhétorique du poète, défendant l’intelligence au nom de la morale, fustigeant l’ignorance au nom de la conscience, sont implacables, sans concessions : « Quoi ! D’un côté la barbarie dans la rue, et de l’autre le vandalisme dans le gouvernement ! ». C’est du grand Hugo, pour qui la gloire de la France ne peut aller sans l’intelligence, pour qui le développement matériel ne peut aller sans celui de l’esprit, du grand Hugo reconnaissable à son inimitable sens de la formule : « À côté du pain de vie je veux le pain de la pensée, qui est le pain de la vie ».

 

Toutes les époques ne sont pas égales. Depuis 1848, beaucoup de choses ont évidemment changé, et il faut éviter de confondre les contextes. Mais ce discours – auquel s’ajoute, prononcé en avril 1849, le « Secours aux artistes » qui nous fait découvrir le sculpteur romantique Antonin Moine, mort de ne pas avoir été secouru par l’État – concerne en bien des points aussi notre actualité. Qu’on se le dise !

 

Jean-Pierre Longre

www.editionsdusonneur.com