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31/08/2011

The Black Herald n°2 arrive

Black Herald.jpgLiterary magazine –Revue de littérature

The Black Herald  issue #2 – September 2011 - Septembre 2011
162 pages - 13.90 € – ISBN 978-2-919582-03-7

Poetry, short fiction, prose, essays, translations.
Poésie, fiction courte, prose, essais, traductions.

With / avec W.S Graham, Danielle Winterton, Dumitru Tsepeneag, Clayton Eshleman, Pierre Cendors, Onno Kosters, Alistair Noon, Anne-Sylvie Salzman, Róbert Gál, Andrew Fentham, Hart Crane, Delphine Grass, Jacques Sicard, Iain Britton, Jos Roy, Michael Lee Rattigan, Georges Perros, Laurence Werner David, John Taylor, Sudeep Sen, César Vallejo, Cécile Lombard, Michaela Freeman, Gary J. Shipley, Lisa Thatcher, Dimíter Ánguelov, Robert McGowan, Jean-Baptiste Monat, Khun San, André Rougier, Rosemary Lloyd, Hugh Rayment-Pickard, Sherry Macdonald, Will Stone, Patrick Camiller, Paul Stubbs, Blandine Longre. and essays about / et des essais sur Arthur Rimbaud, Tristan Corbière, Jacques Derrida. Images : Romain Verger, Jean-François Mariotti. Design: Sandrine Duvillier.

The Black Herald is edited by Paul Stubbs and Blandine Longre
Comité de rédaction : Paul Stubbs et Blandine Longre

http://blackheraldpress.wordpress.com/magazine/the-black-herald-issue-2/

Where to find the magazine and our books / Où trouver la revue et nos publications :

http://blackheraldpressbookshop.blogspot.com/p/add-to-cart-ajouter-au-panier.html

And soon in bookshops listed here / et bientôt dans les librairies suivantes:http://blackheraldpress.wordpress.com/buy-our-titles/

 

Black Herald Press : http://blackheraldpress.wordpress.com/

Blog : http://blackheraldpress.tumblr.com

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& Twitter : http://twitter.com/Blackheraldpres

blackheraldpress@gmail.com

Submission guidelines

Co-edited by Blandine Longre and Paul Stubbs, the magazine’s only aim is to publish original world writers, not necessarily linked in any way by ‘theme’ or ‘style’. Writing that we deem can withstand the test of time and might resist popularization – the dangers of instant literature for instant consumption. Writing that seems capable of escaping the vacuum of the epoch. Where the rupture of alternative mindscapes and nationalities exists, so too will The Black Herald.

L’objectif premier de la revue, coéditée par Blandine Longre et Paul Stubbs, est de publier des textes originaux d’auteurs du monde entier, sans qu’un « thème » ou un « style » les unissent nécessairement. Des textes et des écritures capables, selon nous, de résister à l’épreuve du temps, à la vulgarisation et aux dangers d’une littérature écrite et lue comme un produit de consommation immédiate. Des textes et des écritures refusant de composer avec la vacuité de l’époque, quelle qu’elle soit. Éclatement des codes, des frontières nationales et textuelles, exploration de paysages mentaux en rupture avec le temps : c’est sur ces failles que l’on trouvera le Black Herald.

“Black Herald Press is an outstanding new imprint – physically and stylistically their books are a delight.” — Paul Sutton, Stride magazine, 10/2010.

« La ligne éditoriale de la revue s’attache avant tout à établir un horizon élargi et diversifié de genres, de langues et de styles. Aucun thème ni mouvement commun, simplement (et c’est là que se trouve tout le sel de ces pages) l’articulation d’hémisphères, quelques terres inconnues reliées les unes aux autres pour que le style, justement, de la revue, ce soit ce point de convergence des textes entre eux. » – Guillaume Vissac, 04/2011

“Its publication feels like an event, in terms of quality and scope (it’s bi-lingual and has its sights, like Blast long before it, on the more visionary and European aspects of poetry).” – Darran Anderson, 02/2011

« Aux commandes de ce navire de pirates, Paul Stubbs et Blandine Longre, dont on avait déjà loué ici la sauvage poésie d’expression anglaise. Tous deux ont eu l’audace d’offrir à leurs contributeurs cette étrange arène où la langue, par le système d’échos qu’ils ont construit, ne peut être que remise en cause. Lecture jamais confortable, jamais contentée, donc, que celle du Black Herald, où chaque page, chaque texte, dans sa version originale et / ou dans sa traduction est source d’inquiétude. On attend avec une impatience certaine la deuxième livraison (automne 2011, nous dit-on) de ce super-héraut. » – Le Visage Vert, 01/2011

 

23/08/2011

Brisures et vérités

roman,francophone,nancy huston,actes-sud,leméac,j'ai luNancy Huston, Lignes de faille, Actes Sud / Leméac, « Un endroit où aller », 2006. J'ai lu, 2011. Prix Fémina 2006.

 

Quatre récits, quatre enfants de six ans différents et réunis par une ligne dont les brisures s’ouvrent peu à peu aux yeux du lecteur. Avec Sol (« Solly, Solomon »), petit garçon américain à part entière, rêvant sur Internet de puissance et d’éternité, imaginant qu’il « contrôle et possède chaque parcelle du monde », commence le parcours généalogique ascendant d’une famille reliée par quelques points d’ancrage – un grain de beauté, une poupée que se disputent violemment deux femmes âgées redevenues petites, un « vieux nounours tout râpé »…

 

L’exploration se poursuit avec Randall, le père de Sol, que l’on retrouve à six ans entre un père dramaturge au creux de son inspiration et une mère obsédée par ses recherches sur le Mal et les « fontaines de vie », lieux où les nazis concentraient pour les « germaniser » des enfants volés dans les pays occupés. Celle-ci, Sadie, est passée à l’âge de six ans du « parfum de tristesse » quotidien ressenti entre ses grands-parents à l’agitation réjouissante et désordonnée de la vie d’artiste menée par sa jeune mère. Finalement, c’est cette dernière, Erra (ou Kristina ou AGM), héroïne du quatrième récit, qui imprime sa marque sur tous les épisodes, en pointillés incisifs puis par la découverte de ses propres origines, donc de celles de la famille entière.


Itinéraire temporel sur plus d’un demi-siècle de bouleversements et de conflits entre 2004 et 1944, Lignes de faille est aussi un itinéraire spatial entre l’Amérique moderne et l’ancienne Europe, en passant par Israël. A travers des récits de vie individuels et familiaux, c’est la destinée du monde d’aujourd’hui qui est le véritable enjeu de la narration. C’est l’Histoire vécue de l’intérieur, dans la tension d’un mouvement chronologique inversé, à la recherche d’une authenticité dont seuls les enfants, dans leur lucide naïveté, semblent capables : « En les écoutant je repense à cette idée de théâtre et me demande si au fond le gens ne passent pas leur temps à jouer des rôles, non seulement lors des mariages mais tout au long de leur existence : peut-être qu’en conseillant ses fous grand-papa joue le rôle d’un psychiatre et en me frappant avec la règle Mlle Kelly joue le rôle d’une méchante prof de piano ; peut-être qu’au fond d’eux-mêmes ils sont tous quelqu’un d’autre mais, ayant appris leurs répliques et décroché leurs diplômes, ils traversent la vie en jouant ces rôles et il s’y habituent tellement qu’ils ne peuvent plus s’arrêter ».

Ce que se dit la petite Sadie, c’est souvent ce qu’on se dit non seulement à la lecture d’un roman, mais aussi à l’observation de la société des hommes. Lignes de faille est un roman qui, au-delà de l’habileté de la construction, de l’expressivité des soliloques enfantins, de la cruauté de certains passages, de la tendresse de certains autres, tente de mettre au jour les vérités nichées au plus profond des âmes et des corps.

Jean-Pierre Longre

www.jailu.com

www.actes-sud.fr

www.lemeac.com

08/08/2011

Le défi de la langue

 

autobiograhie,francophone,agota kristof,Éditions zoéLe 27 juillet 2011, à l'âge de 75 ans, mourait Agota Kristof. Née en Hongrie, réfugiée en Suisse, elle est devenue peu à peu un grand écrivain de langue française, l'un des meilleurs représentants de la littérature "francophone".

 

 

 

Agota Kristof, L’analphabète, récit autobiographique. Éditions Zoé, 2004.

Dans Le grand cahier, premier volume de sa trilogie romanesque composée aussi de La preuve et Le troisième mensonge, Agota Kristof fait écrire aux deux jumeaux, narrateurs et protagonistes se donnant à eux-mêmes des leçons de « composition » : « Pour décider si c’est "Bien" ou "Pas bien", nous avons une règle très simple : la composition doit être vraie. Nous devons décrire ce qui est, ce que nous voyons, ce que nous entendons, ce que nous faisons ». Et quelques lignes plus loin : « Les mots qui définissent les sentiments sont très vagues, il vaut mieux éviter leur emploi et s’en tenir à la description des objets, des êtres humains et de soi-même, c’est-à-dire à la description fidèle des faits ».

Kristof.jpg

Dans L’analphabète, Agota Kristof semble appliquer à son écriture autobiographique les règles qu’elle a imposées à ses personnages fictifs : tout y est « vrai », c’est-à-dire, à coup sûr, conforme à la réalité telle que la mémoire peut la restituer, mais aussi indemne de toutes les déformations que l’expression de la sensibilité personnelle et de l’autoanalyse provoquent généralement dans le jeu des souvenirs. Suivant la structure adoptée dans ses romans – une marqueterie de courts chapitres reproduisant de petites scènes significatives – , l’auteur raconte sans fioritures, sans états d’âme apparents (ce qui n’exclut nullement, au contraire, les non-dits intimes du scripteur et l’émotion secrète du lecteur), les étapes importantes de sa vie, surtout de sa vie en littérature : la découverte de la lecture, de la parole, de l’écriture par la petite fille écoutant les leçons données aux plus grands par son père instituteur, les premiers poèmes, la fuite et l’exil en Suisse, le travail en usine, la maternité, la rivalité des héros (Staline contre Thomas Bernhard), la rivalité des langues (le hongrois contre les « langues ennemies », singulièrement le français – finalement adopté pour la création littéraire), les débuts d’une « carrière » d’écrivain…

Un écrivain « analphabète » ? Le titre paradoxal annonce la fin même du récit, où se pose la question taraudant sans doute tous ceux qui écrivent dans une langue non « maternelle ». Les dernières lignes, avec les mots de l’évidence, l’énoncent clairement :

 « Je sais que je n’écrirai jamais le français comme l’écrivent les écrivains français de naissance, mais je l’écrirai comme je le peux, du mieux que je le peux. […]

   Écrire en français, j’y suis obligée. C’est un défi.

   Le défi d’une analphabète. »

Agota Kristof, avec sa lucidité modeste et l’économie de ses moyens, dans son style implacable, est de ces écrivains venus d’ailleurs, rongés par le doute littéraire, qui donnent inlassablement force et nouveauté à la littérature de langue française.

 

Jean-Pierre Longre

 

http://www.editionszoe.ch

02/08/2011

Avignon, voix off

Théâtre, danse, Festival Off d’Avignon, Attore Actor Acteur Catherine Alias, Scène et public, Centre Culturel de Taïwan à Paris, Compagnie Les Trois Temps, Cie Ubwigenge, Compagnie Fracasse, Jean-Pierre LongreFestival Off d’Avignon, juillet 2011

Chaque année, en juillet, Avignon résonne de voix innombrables. Celles du Festival In, l’officiel, le populaire-élitiste, suivant une évolution que Jean Vilar ne peut plus maîtriser. Celles du Off, qui depuis 1966 a pris une dimension populaire-bon enfant et dans le foisonnement duquel le public a un mal délicieux à faire son choix. Que l’on en juge pour l’année 2011 : 1143 spectacles (nous dit l’épaisse brochure), 6000 artistes, 969 compagnies et, pour les styles, tout ce qui peut se montrer sur scène, de la lecture à la danse, du cirque au drame, du boulevard à l’expérimental, du conte à la comédie musicale – avec tout de même beaucoup de théâtre, au sens générique du terme. Sans parler de la rue et de ses parades, jongleries, boniments, réclames, terrasses, foule, sacs à dos…

Alors comment choisir ? Car il y a, forcément, à prendre et à laisser. Auteurs, comédiens,  troupes, critiques, bouche-à-oreille, arguments, tous les critères comptent, mais le hasard joue aussi son rôle, bien ou mal. Quelques exemples peuvent représenter, peu ou prou, l’éclectisme du Off.

Théâtre, danse, Festival Off d’Avignon, Attore Actor Acteur Catherine Alias, Scène et public, Centre Culturel de Taïwan à Paris, Compagnie Les Trois Temps, Cie Ubwigenge, Compagnie Fracasse, Jean-Pierre LongreAu musée Vouland, belle demeure où l’on peut découvrir, avant ou après la représentation, meubles, objets et tableaux précieux, Voltaire et la Marquise du Deffand dialoguent avec la vivacité, l’esprit, l’érudition, l’intelligence que ces deux êtres ont en partage. Suivant le rythme d’une conversation brillante, Catherine Alias et Christine Bernier, disant et jouant des extraits de correspondance, nous rappellent combien Voltaire était drôle et lucide, méchant et généreux, épris de justice et sans concessions, combien sa grande amie Madame du Deffand était sensible, spirituelle, pessimiste, moderne dans sa pensée, combien tous deux savaient mêler le ton intime et les raisonnements philosophiques, les considérations sur la vie quotidienne et les concepts universels. De ce Cher Voltaire, on sort la mémoire et l’esprit rafraîchis.

Théâtre, danse, Festival Off d’Avignon, Attore Actor Acteur Catherine Alias, Scène et public, Centre Culturel de Taïwan à Paris, Compagnie Les Trois Temps, Cie Ubwigenge, Compagnie Fracasse, Jean-Pierre LongreLorsque commence L’affaire Dussaert (Théâtre Les trois soleils), on croit assister au début d’une conférence sur un peintre « contemporain » (leitmotiv du spectacle) qui aurait défrayé la chronique dans les années 1980. Jacques Mougenot, auteur et interprète unique de la pièce, sous les apparences trompeuses d’un conférencier bien ordinaire, se livre à une satire savoureuse des excès, voire des supercheries de certains artistes et de leurs promoteurs. C’est d’un réalisme convaincant qui nous confirme dans nos propres soupçons, dans nos propres interrogations, et d’une drôlerie (im)pertinente (qui gagnerait parfois à être moins insistante, plus suggestive). Sur le fond, il a raison, Jacques Mougenot. Qu’il continue, en nous faisant rire, à pointer d’un doigt ironique les abus du négoce pseudo-artistique !

Théâtre, danse, Festival Off d’Avignon, Attore Actor Acteur Catherine Alias, Scène et public, Centre Culturel de Taïwan à Paris, Compagnie Les Trois Temps, Cie Ubwigenge, Compagnie Fracasse, Jean-Pierre LongreAutre forme, autre monde : la danse (qui d’année en année prend de plus en plus de place, dans le In comme dans le Off – ce qui n’est pas pour déplaire) venue de Taïwan. Voilà six ans que le Centre culturel de Taïwan à Paris participe avec plusieurs spectacles de théâtre et de danse au rayonnement international du Off. La compagnie WCdance, créée par Lin Wen-Chung, présente cette année Small Puzzles (Condition des soies). Une heure de mouvements à l’état pur : dans un espace scénique changeant sans cesse d’architecture au gré des positionnements des pièces blanches du puzzle, cinq danseurs à la souplesse et à la vigueur étonnantes évoluent d’une manière à la fois acrobatique et sobre, au rythme du Clavier bien tempéré de Bach (choix judicieux, dans le même esprit acrobatique et sobre). Tout est harmonie, tout satisfait à la fois l’imaginaire et le sens esthétique.

Théâtre, danse, Festival Off d’Avignon, Attore Actor Acteur Catherine Alias, Scène et public, Centre Culturel de Taïwan à Paris, Compagnie Les Trois Temps, Cie Ubwigenge, Compagnie Fracasse, Jean-Pierre LongreDans Les nuages retournent à la maison (Théâtre des Béliers), le texte de Laura Forti, pleinement engagé à la fois dans des questions spécifiques à notre époque et dans des dilemmes intrinsèquement humains (assurer sa survie ou sa liberté, assumer sa solitude ou se mesurer aux autres ?...), met en scène la rencontre d’une femme de chambre occasionnelle et d’une prostituée albanaise. Les deux comédiennes, Stéphanie Colonna et Federica Martucci (qui est aussi l’auteur de la traduction parue chez Actes Sud-Papiers), dirigées par Justine Heynemann, incarnent parfaitement deux jeunes femmes si différentes et pourtant réunies par une similaire solitude, deux jeunes femmes qui, chacune selon son tempérament tourmenté, s’affrontent, s’observent, se comprennent peu à peu, se surprennent à s’aimer avec une tendresse muette, et percent finalement les secrets dramatiques que révèle leur confrontation. Émouvant et terrible.

Théâtre, danse, Festival Off d’Avignon, Attore Actor Acteur Catherine Alias, Scène et public, Centre Culturel de Taïwan à Paris, Compagnie Les Trois Temps, Cie Ubwigenge, Compagnie Fracasse, Jean-Pierre LongreLes pièces de Jean-Luc Lagarce ont notablement enrichi et renouvelé, s’il en était besoin, le langage théâtral contemporain. Son succès actuel, quinze ans après sa mort, est largement justifié, et il n’est pas étonnant que plusieurs compagnie du Off se soient courageusement attelées à ses textes. J’étais dans ma maison et j’attendais que la pluie vienne (Espace Roseau) tient, du point de vue esthétique, la promesse de son titre. La belle et sobre mise en scène de Catherine Decastel, les gestes, les pas, les attitudes, les mots des cinq comédiennes (C. Decastel, Florence Wagner, Anaïs Pénélope Boissonnet, Maïlis Jeunese, Typhaine Duch), vestales évoquant la fuite, la longue absence et le retour du frère et fils (Grégory Oliver), tout concourt à servir un texte dense, ressassant, incantatoire, qui creuse profondément les sillons de la violence, du désir, de l’amour, de la haine, du désespoir, de l’appétit de vivre, et qui sème dans le cœur et l’esprit du spectateur les émotions contradictoires et durables propres au grand théâtre.

Théâtre, danse, Festival Off d’Avignon, Attore Actor Acteur Catherine Alias, Scène et public, Centre Culturel de Taïwan à Paris, Compagnie Les Trois Temps, Cie Ubwigenge, Compagnie Fracasse, Jean-Pierre LongreLe Collège de la Salle est à lui seul un vaste reflet du Festival Off : plus de 60 spectacles pour tous les goûts, tous les publics, de tous les styles, de toutes les dimensions. La papesse américaine (titre plaisant dans un établissement catholique) est de ceux qui ne peuvent laisser indifférent. Anticipation : en 2040, une papesse s’apprête à régner sur ce qu’il reste de catholiques dans le monde (22 millions). Nathalie Mann se prête à merveille au one woman show télévisé, entrecoupé de séquences publicitaires, de la « Sainte Mère ». Le texte d’Esther Vilar brasse à foison des idées dérangeantes, démolit sans vergogne nombre de préjugés (et parfois, il faut le dire, enfonce quelques portes ouvertes) ; et si ce pamphlet n’est pas d’abord écrit pour le théâtre, l’adaptation de Robert Poudérou, la mise en scène de Thierry Harcourt et le jeu pétillant de la comédienne lui font bien passer la rampe. Un spectacle iconoclaste qui dépasse les questions purement religieuses et, paradoxalement et cyniquement, replace les icônes sur leur piédestal.

De Voltaire à Lagarce, tout montre que la littérature est une composante primordiale du langage théâtral. Auraient ici leur place d’autres écrivains notoires qui assurent la dimension littéraire du Festival Off comme du Festival In (distinguons-les, puisque depuis longtemps tous deux se plaisent à se côtoyer en s’ignorant mutuellement) : Ionesco, Beckett, Brecht, Koltès, Visniec, Dario Fo, Valère Novarina et, bien sûr, Molière ou Shakespeare… Mais le langage théâtral n’est pas uniquement verbal, loin s’en faut : musique, danse, arts plastiques font du théâtre un genre complexe et complet. Au mois de juillet, à Avignon, tout nous le rappelle.

Jean-Pierre Longre

Coordonnées et liens :

Cher Voltaire : Musée Louis Vouland, 17, rue Victor Hugo, 84000 Avignon. Attore Actor Acteur Catherine Alias, BP 112 – 7bis, chemin de la Justice, 30401 Villeneuve-lez-Avignon, cie.attore.actor.acteur@wanadoo.fr

L’affaire Dussaert : Les 3 soleils, 4, rue Buffon, 84000 Avignon, www.les3soleils.fr . Spectacle SNES, www.spectacle-snes.org . Scène et public, www.scene-public.fr

Small Puzzles : Condition des soies, 13, rue de la Croix, 84000 Avignon, laconditiondessoies@live.fr , www.laconditiondessoies.com . Centre Culturel de Taïwan à Paris, www.ccacctp.org

Les nuages retournent à la maison : Théâtre des Béliers, 53, rue du Portail Magnanen, 84000 Avignon. www.theatredesbeliers.com . Compagnie Les Trois Temps et Soy Creation, www.soycreation.org

J’étais dans ma maison et j’attendais que la pluie vienne : Espace Roseau, 8, rue Pétramale, 84000 Avignon, http://www.avignonalfa.org/theatres_alfa/espace_roseau.htm . Cie Ubwigenge, 27, avenus de Flandre, 75019 Paris. www.ubwigenge.com

La papesse américaine : Collège de la Salle, 1, place Pasteur, 84000 Avignon. Compagnie Fracasse, 8, rue du midi 93100 - Montreuil sous Bois. fracasse@tournees.net